EXPÉDITION CONTRE LES NORMANDS
Il pousse jusqu'à la frontière de la Gascogne1. Sur la Dordogne il s'empare de neuf navires normands, mais il est incapable de délivrer Bordeaux, qui, laissé à ses propres forces, est emporté de nuit par les Danois, « grâce à la trahison des juifs >r, pillé et livré aux flammes. Quant au duc des Gascons, Guillaume, qui s'était enfermé dans sa capitale, il fut fait prisonnier2.
Charles, en somme, avait échoué. Mais il avait tenté un effort, tandis que Pépin, soit incapacité, soit manque de ressources :î, n'avait rien fait. Les Aquitains découragés l'abandonnèrent et se tournèrent vers son oncle 4. Une grande assemblée se réunit à Limoges dans les
1. L'itinéraire de Charles, pendant l'année 848, qu'a dressé M. Levillain {Bibliothèque de VÉcole des chartes, 1903, p. 36, note 3) contient des omissions et une grave inexactitude : le 31 mars le roi serait à Autun. Ce détour par la Bourgogne serait incompréhensible. En réalité, l'acte invoqué à l'appui, un diplôme (suspect) en faveur de Saint-Andoche d' Autun publié par H. Géraud (dans la Bibliothèque de VÉcole des chartes, t. I, 1839, p. 208-212), n'est pas de Charles le Chauve mais de Charles le Simple. Cf. Historiens de France, t. IX, p. 487, note a.
2. Annales Bertiniani, p. 35-36 : « 848, : Karolus Nordmannorum Burdegalam oppugnantium partem adgressus viriliter superat. Exercitus Hlotharii contra Saracenos Beneventum obtinentes dimicans victor efficitur. Dani Burdegalam Aquitaniae, Judaeis prodentibus, captam depopulatamque incendunt ». — Chronicon Fontanellense : « Anno DCCCXLVI1I. Carolus rex cum Francis Aquitaniam îngressus super fluvium Dordonia novem naves Danorum cepit, interfectis piratis earum,in diebus quadragesimae [12 février-25 mars]. Eodem anno Nortmanni Burdegalim urbeni ceperuntet ducem ejusdem Guillelmum noctu » (A. Duchesne, Hist., Francorum Script., t. II, p. 388). Chronicon Aquitanicum : a DCCCXLVIU. Burdigala a Nortmannis capitur et concrematur. » Id., Chronicon Engolis>nense (dans J. Lair, Études critiques, t. II, p. 114). Un certain intervalle de temps s'est écoulé entre la démonstration de Charles sur la Dordogne et la prise de Bordeaux, mais lequel, c'est ce qu'il est impossible de déterminer. Ce n'est que par hypothèse que nous plaçons la prise de Bordeaux avant l'assemblée de Limoges (cf. p. suiv., note 1) — Est-il besoin d'avertir que la « trahison des juifs » est une plaisante invention de Prudence qui, comme presque tous ses collègues en épiscopat, exécrait les juifs. En 852 encore, il leur attribuera la prise de Barcelone par les Musulmans. — On ne sait ce que devint le duc de Gascogne, s'il fut mis à mort ou racheté à prix d'argent. C'est sans doute vers cette époque que les abbayes de la région, dont La Réole, périrent dans les flammes. Cf. Aimoin, Vita sancti Abbonis, éditée par Mabillon, Acta sanct.ord. S. Bened., saec. VI, part. I, 49, cf. Mabillon, Annales Bened., t. III, p. 644.
3. Il n'y a, naturellement, aucune raison d'accepter comme expression de la vérité l'assertion de Prudence (note suiv.). La psychologie de Pépin II nous est" totalement inconnue. Le concile de Soissons de 853, à la dévotion du vainqueur, affirme que sous le gouvernement de Pépin l'Aquitaine était en pleine anarchie : «optinente Pippino... Aquitaniam... ecclesiastica disciplina et militari soluta eadem regio a suis indigenis valde vastata est et multi illic impune illicita perpetrarunt [Capitularia, éd. Krause, t. il, p. 265, c. 5).
4. 11 semble bien qu'en 847-848 un certain nombre d'Aquitains, dépris de Pépin II