ENTREVUE DE PER0XXE
avouable de plainte contre Charles. De plus, les succès de celui-ci rendaient vain tout espoir de le supplanter, Dès la fin de Tannée, vers octobre, les négociations reprirent entre les trois frères. Elles aboutirent rapidement. Louis intercéda auprès de Lothaire en faveur de Gilbert. L'empereur, sollicité également par le pape, pardonna et consentit à l'union des coupables l. Enfin, au début de 849, Lothaire vint luimême trouver Charles à Péronne. « Là, usant de plus sages conseils les deux souverains firent la paix et revinrent à une concorde fraternelle. » Ils se séparèrent dans les meilleurs termes après avoir échangé des présents 2. Comme gage de ses bonnes dispositions envers son jeune frère l'empereur expulsa Charles, frère cadet de Pépin II, lequel avait cherché un refuge auprès de lui 3.
novembre. C'est visiblement à ce passage qu'ont été empruntées les indications chronologiques qui précédent, avec une erreur dans le calcul des nones (4 au lieu de 5 novembre). Cette mention est donc de nulle valeur.
1. Annales Fiddenses, p. 37: « 848... circa kalendas autem octobris générale placitum habuit apud Mogontiacum, in quo legatos fratrum suorum et Nord-
mannorum Sciavcrumque suscepit, audivit et absolvit legatos suos ad fratrem
suum Hlutharium, inTheodonis villa placitum habentem pro Gisalberhto quieodem anno ad fidem ejus venerat, reconciliationis gratia direxit. t> Il est probable que « circa kalendas octobris » est un lapsus pour « novembris » car des diplômes signalant la présence respective de Louis à Mayence et de Lothaire à Thionville, sont datés des 10 et 11 novembre 848 (Vlùhlbacher, Beg., 2e éd. t. I, nps 1135 et 1 389, p. 467-468, 584>. La lettre du pape Léon IV n'est connue par une allusion d'une lettre de Nicolas 1" à Charles le Chauve, lors d'une affaire analogue (Migne, Patrol. lat., t. CXIX, col. 833). — Gilbert fut gratifié par l'empereur du pagus Barnaus (Namur) sur la Meuse. Il est l'ancêtre de la dynastie des Reniers (au Long-Col) et des Gilbert, qui donnèrent tant de soucis par leur turbulence et leurs rébellions aux souverains, allemands ou français, de la Lotharingie au xe siècle. Voy. Parisot, op. cit., p. 40, note 3, 419-420,540; Vanderkindere, Formation territoriale des principautés belges, t. II, p. 10-17, 473.
2. Ann. Bertin., p. 36 : « 849. Hlotharius et Karolus, sanioribus usi consiliis, in pacem germanamque concordiam redeunt »; Chron. Fontanell. : « 849... mense ianuario Clotharius et dominus Carolus rex ad Peronam palatium accedunt, ibique jure amicitia sese constringentes, datis invicem muneribus, unusquisque in proprium sibi regnum ingressus est d (Duchesne, Hist. Francor. Script., t. II, p. 388).
3. Telle est, du moins, l'hypothèse, très vraisemblable de Wenck (p. 163 note 2), suivi par Diimmler (I, 339), Parisot (p. 41), Calmette'(p. 17). Prudence nous montre, en eflet, le jeune Charles, fait prisonnier au début de 849 par les fidèles de son oncle et homonyme au momentoù, ayant quitté Lothaire, il veut rejoindre son frère Pépin II errant en Aquitaine. — On ne sait au juste à quelle époque Charles avait trouvé un refuge auprès de Lothaire : en 847 selon Diimmler (I, 303), vers 846 selon M. É. Bourgeois (dans Mélanges Paul Fabre, p. 94), en 848 selon M. Parisot (p. 41, note 1) : a Tant que Pépin II était maître de l'Aquitaine, c'est-à-dire jusqu'en 848, il n'y avait aucune raison pour que son lïère cherchât un refuge auprès de Lothaire ; il n'a dû demander à ce prince un asile qu'après la révolution qui renversa Pépin. » Mais il est possible que le jeune Charles ait été élevé à la cour de son oncle
[849] SYNODE DE QUIERZY 199
De Péronne, Charles revint sur l'Oise. Pendant trois ou quatre mois, de février à mai 849 S on le voit au palais de Quierzy.
A la fin de mars et au début d'avril, un important concile, tenu sous ses yeux, s'y prononça sur le problème de la prédestination et du libre arbitre, qui recommençait à troubler les esprits et agitait les cœurs plus que les préoccupations matérielles ou politiques, si graves fussent-elles. L'instigateur du mouvement était Gottschalk.
Fils du comte saxon Bern, Gottschalk, qui pouvait alors être âgé de quarante ans environ, n'avait cessé de mener une vie errante et agitée. Soumis contre son gré à la règle monastique dans le monastère de Fulda, puis transféré, sur sa demande, au monastère d'Orbais, il n'avait pas tardé à sortir du cloître pour aller de pays en pays prêcher ses doctrines. On l'avait vu ainsi successivement parcourir la Lombardie, le Frioul, la Dalmatie, la Pannonie, le Norique et enfin la Germanie, où il était venu défier son ancien maître, l'archevêque de Mayence Raban Maur, celui-là même qui, comme abbé de Fulda, l'avait de force plié à la règle monastique et dont les dénonciations l'avaient poursuivi à travers ses voyages 2.
Au fond, les doctrines de Gottschalk n'étaient pas nouvelles3. Elles
et homonyme, auquel cas sa fuite en Lotharingie peut se placer déjà vers la fin de S^ô.
1. Trois diplômes sont datés de Quierzy-sur-Oise. Par le premier, en date du 23 février, Charles confirme l'affectation par son oncle maternel Raoul, « recteur » de Saint-Pierre de Jumièges, d'un grand nombre de villae (une trentaine) de la mense abbatiale à l'entretien des religieux de ce monastère, à la a. porte » et à l'hospitalité des pauvres {Historiens de France, t. VIII, p. 498, n° 81, « ex veteri apographo » conservé aux Archives dép. de la Seine-Inférieure; l'archiviste, M. Jules Yernier, a bien voulu nous en transmettre une photographie). — Par le second, en date du 13 mars, il fait don à l'égide Notre-Dame, dépendance de Saint-Martin de Tours, affectée à la sépulture des pauvres, d'un certain nombre de pièces de terres et de vignes lui appartenant, situées dans le Sellentois à Balagny (Oise, arr. Senlis) à Bray (Oise), etc. {Historiens de France, t. VI II, p. 499, n° 82; Mabille, Pancarte noire, n° xxxm). — Par le troisième, en date du lti avril (ou du 1er mai), Charles, qui s'intitulerait ici « rex Francorum et Aquitanorum », confirme la donation faite par le « très fidèle » Vivien de la villa d'Antoigné (Maine-et-Loire, arr. Saumur, cant. Monfreuil-Bellayï, dont le revenu sera affecté au vestiaire des religieux de Saint-Martin de Tours, à condition que leur nombre ne dépasse point 200 {Historiens de France, t. VIII, p. 500, n» 83; Mabille, Pancarte noire, n° xiii).
2. Voir Diimmler, op. cit., t. I, p. 327-334; Schrfirs, Hinkmar, Erzbischof von Reims, p. 90-103 ; Traube, introduction aux poésies de Gottschalk dans les Mon. Germ., Poetae lat. aevi carol., t. III, p. 707-712.
3. Sur les doctrines de Gottschalk, consulter l'ouvrage de Schrôrs cité à la noie
200 SYNODE DE QUIERZY [849]
se ramenaient à cette affirmation que chaque homme, au moment de sa naissance, est prédestiné, quoi qu'il puisse faire, au bien ou au mal, au salut ou à la damnation. Sans la grâce divine, point de salut ; et la grâce ne s'acquiert pas : en son omnipotence, Dieu a d'avance décidé quels seraient les hommes auxquels il l'accorderait, et c'est seulement pour les justes, pour ceux qui sont prédestinés à la vie éternelle, que Jésus est venu verser son sang ici-bas.
Déclaré hérétique dans un concile tenu à Mayence dans les premiers jours d'octobre 848, Gottschalk avait été renvoyé par les évêques de Germanie devant son supérieur, l'archevêque de Reims Hincmar, qui, après avoir pris conseil de Raban Maur et avoir à son tour interrogé l'accusé, s'était empressé de le traduire devant une nouvelle assemblée de prélats l.
Outre Hincmar, on comptait à Quierzy trois archevêques, ceux de Sens, de Tours et de Lyon, l'évêque de Langres et les neuf évêques suffragants de Reims, les chorévêgues de Reims et de Cambrai, les abbés de Corbie, d'Orbais et de Haulvilliers et de nombreux clercs de tous ordres -. Que se passa-t-il exactement ? On ne peut le dire avec précision, les actes du concile ayant disparu. On sait seulement que Gottschalk se montra irréductible et que l'assemblée ne fut pas unanime à réprouver toutes ses doctrines''. Gottschalk n'en fut pas moins déclaré hérétique, dégradé de la prêtrise, qui lui avait été indûment conférée par Riboud, archevêque de Reims, alors que, moine d'Orbais, il relevait de l'évêque de Soissons, condamné à la flagellation, à l'emprisonnement dans un monastère et au silence perpétuel, enfin, comme
précédente (surtout les p. 480-490) et Joseph Turmel, la Controverse prédestinatienne au IXe siècle, dans la Revue d'histoire et de littérature religieuse, t. X, 1905. p. 47-69. On trouvera, en outre, en tête de la notice de Traube (citée à la note précédente) l'indication des principaux ouvrages relatifs à Gottschalk, parus à la date de 1896.
1. Voir Duramler, op. cit.y t. I, 335-336; Schrôrs, op. c/t.,p. 103-104.
2. Nous tenons ces renseignements d'Hincmar lui-même, qui fit. en 859 ou 860, l'historique de l'affaire Gottschalk dans son deuxième traité De praedestinatione, chap. 2 (M igné, Patrol. lat., t. CXXV, col. 85). Parmi les autres clercs présents à Quierzy, Hincmar mentionne encore trois futurs dignitaires de l'Eglise: Guenelon, qui devint archevêque de Rouen; le notaire royal Enée, qui devint évèque de Paris, le diacre Isaac, qui devint évèque de Langres.
3. Hincmar le reconnaît. Dans une lettre justificative qu'il écrivit en 864 au pape Nicolas Itr, il explique que, s'il a fait enfermer Gottschalk dans un monastère de son diocèse et non dans un monastère du diocèse de Soissons, c'est que l'évêque de cette cité, Rothadus, était plutôt favorable aux doctrines condamnées : « quoniam Rothadus, de cujus parochia crat, i 11 i nesciebat resistere et, novitates amans, timebatur a nobis ne disceret prava sentire qui noluit discere recta docere »
Migne, Patrol. lat., t. CXXVI, col. 43).