L849| ENTREVUE DE CHARLES ET DE LOUIS
il refusait de se soumettre, contraint à brûler séance tenante ses livres de sa propre main l.
Charles, après la tenue du concile de Quierzy, se résolut à tenter un grand eflbrt, la conquête de l'Aquitaine. Pépin, abandonné, par ses vassaux, au nord et au centre de cette grande région, était encore reconnu dans le marquisat de Toulouse. Mais, avant de partir pour cette expédition lointaine, Charles, rassuré du côté de Lothaire, crut prudent d'avoir une conférence avec Louis le Germanique. L'entrevue des deux frères eut lieu vers mai, en une localité inconnue, peut-être Quierzy ou bien Attigny 2. Jamais la « charité fraternelle » ne parut
1. Ces détails nous sont connus par trois séries de textes : 1° la sentence prononcée contre Gottscha'k; 2° divers écrits d'Hincmar; 3° le Liber de tribus epistolis composé entre 849 et 853 pour protester en laveur Je Gottschalk On trouvera le premier de ces textes notamment dans Mansi, Concil., t. XIV, p. 921, et dans la notice biographique consacrée à Gottschalk par Traube au tome III des Poe tac lat. aevi carol., p. 713 (cf., sur l'authenticité du texte, Schrôrs, op. cit., p. 490-494) : il n'y est question que de la perte de la prêtrise, de la flagellation et de l'emprisonnement dans un monastère, avec obligation de silence perpétuel, ce qui indique oien que la contrainte imposée à Gottschalk de jeter lui-même au feu ses livres fut une punition supplémentaire. — Hincmar a eu l'occasion à plusieurs reprises de revenir sur le récit de ces événements. Dans son deuxième traité De praedesti natione , chap. 2, i! résume ainsi le jugement : « In quorum praesentia idem Gothescalcus, sicut et in Moguntina civitate, inventus haereticus atque incorrigibilis, honore praesbyterali, quem per Rigboldum Remorum chorespicopum, cum esset Suessonicae parochiae monachus, inscio civitatis suae episcopo usurpaverat potius quam acceperat, abjectus et pro sua irrevocabili contumacia, secundum leges et Agathenses canones ac regulam sancti Benedicti ut improbus virgis caesus, sicut lecreverant Germaniae provinciae episcopi, ne aliis noceret qui sibi prodesse noleoat, ergastulo est reclusus » (Migne, Patrol. lat., t. CXXV, col. 85). Hincmar fait encore très brièvement allusion aux mêmes faits en 864 dans une lettre adressée à Nicolas I,r (Tbid., t. CXXVI, col. 43). Enfin il est vraisemblable que c'est à l'archevêque de Reims qu'il faut attribuer le passage des Annales Bertiniani (éd. AVaitz, p. 37), où l'affaire est résumée en ces termes: « Publiée flagellatus librosque suarum adsertionum igni cremare compulsus est. » — Quant à l'auteur du Liber de tribus epistolis, il a consacré deux chapitres (chap. 24 et 25, dans Migne, Patrol. lat., t. CXXI, col. 1027-1030) à attaquer la procédure suivie lors du concile de Quierzy. Il mentionne la flagellation, la condamnation à l'internement et flétrit enfin la cruauté avec laquelle « ille miserabilis flagris et caedibus trucidatus est donec (sicut narraverunt nobis qui praesentes aderant) accenso coram se igni libellum in quo sententias scripturarum sive sanctorum patrum sibi collegerat, quas in concilio offerret, coactus est jam pêne emoriens suis manibus in flammam projicere atque incendio concremare. »
2. Charles ne quitte pas Quierzy de février à avril (voy. p. 199, note 1). On propose aussi Attigny, parce que d'habitude les souverains se rencontraient non
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plus touchante : on se serait cru revenu aux beaux jours de Strasbourg, sept ans auparavant. Charles et Louis confièrent mutuellement à celui des deux qui survivrait son royaume, sa femme, ses enfants. Ce fut un engagement solennel, pris en public, qui se fit par une mutuelle investiture par le bâton1.
Pépin était abandonné par Lothaire et Louis à son malheureux sort. Charles, cette fois, ne prit pour entrer en Aquitaine ni la voie de la Bourgogne ni celle d'Orléans. Passant par Paris 2, il indiqua pour lieu de rendez-vous du plaid général une localité de la Neustrie, Oisonville ou Auzainville, non loin de Chartres3. Un premier succès, avant même l'entrée en campagne, fut la capture du jeune Charles, frère de Pépin. Depuis qu'il avait été expulsé par Lothaire, le jeune prince errait en Aquitaine, cherchant à rejoindre son frère et à lui amener
loin de la frontière de leurs états et que cette localité a maintes fois servi à des conférences de ce genre. Louis le Germanique, à Ratisbonne le 8 mars, apparaît le 6 juin à Trebur (grand duché de Hesse, à ô kil. de Gross Geran). On doit, semble-t-il, avec Mùhlbacher (Regest, 29 éd., p. 585-586), placer son entrevue avec Charles entre ces deux dates, plus près de la seconde, donc vers mai.
1. Annales Bertiniani, p. 37 : a 849... Hlodowicus et Karolus germana caritate convenientes, tanto amoris fraterni vinculo devincti patuerunt ut alter alteri baculos publiée tribuendo regnum, uxoreni et liberos superstiti commenJaret. » Sur le bâton symbole de tradition et d'investiture, voy. Jacob Grimni, Deutsche Redits- Altertûmer, 4e éd., 1899, t. I, p. 184.
2. Cet itinéraire peut s'autoriser non seulement de la direction générale qui de Quierzy menait le roi dans le pays Chartrain, mais de la remarque suivante : nous savons par la Translatio sancti Germani (Analecta Bollandiana, t. II, p. 83) que le comte saxon Cobbo, allant en pèlerinage à Saint-Martin de Tours, passa par Paris et Saint-Germain- des-Prés. Il avait été en mai -juin 842 un des trois plénipotentiaires chargés des négociations préliminaires de la paix entre les trois fils de Louis le Pieux (Nithard, 1. IV, c. 3). C'était un des personnages les plus en vue du royaume de Louis le Germanique et il avait été envoyé en ambassade pendant l'été de 845 auprès du roi des Danois Horic (Ann. Bert., Ann. Xant.) A son passage à Paris, c'est lui qui renseigna les religieux de Saint-Germain-des-Prés sur la fin tragique de Ragnar Lodbrok (cf. plus haut, p. 140) : il leur fît connaître « et illud et alia » (Analecta Bollandiana. t. II, p. 83). Il fréquenta la cour de Charles le Chauve : « in palatio quotidianis ejus adherebat obsequiis » (Translatio sanctae Pusinnae, c. 3, dans \Vilmans, Kaiserurkimden, t. I, p. 542; cf. Diimmler, op. cit., t. I, p. 370). N'est-il pas vraisemblable qu'en mai (?) 849 il était arrivé auprès de Charles à la suite de Louis le Germanique, puisque, tandis que son souverain repassait le Rhin et gagnait Trebur (voy. p. 201, note 2), Cobbo suivit l'armée de Charles? — L'itinéraire du comte saxon et celui du roi de France occidentale se confondraient forcément. Cf. plus loin, p. 204, note 5.
3. Les annales semblent placer à Chartres même, en juin, le siège du plaid général (voy. note suivante). Mais une suite de diplômes, s'espaçant du 21 au 25 juin (voy. p. 203, n. 2,204, n. 1,4,5), donnés à Ausonis villaou Osonis villa, paraissent bien désigner cette localité, — qu'elle soit Oisonville (Eure-et-Loir, arr. de Chartres, cant. d'Auneau), ainsi que le veut M. Longnon (Polyptyque d'Irminon, t. II,