‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 197 sur 211 · Voy. plus haut, p · texte numérisé non relu

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5. On rappelle qu'il semble que Nominoé ait jusqu'au bout feint de recon-

212 DESSEINS DE ^OMOOÉ [847-848]

gieux, le plus important aux yeux des contemporains, la Bretagne, relevant tout entière de la métropole de Tours, demeurait indirectement, mais effectivement, sous l'influence du roi des Francs. Nominoé voulut-il briser ouvertement avec la métropole de Tours ? Osa-t-il faire de la Bretagne une province ecclésiastique autonome l ? La chose ne paraît pas établie. Ce qu'il voulait, à coup sûr, c'est tenir dans sa main les sept évêques qui gouvernaient au spirituel la terre des Bretons2. Un certain nombre de ces personnages avaient été nommés à leurs sièges par le roi Charles ou bien lui étaient secrètement favorables. Le zèle pieux du saint abbé de Redon Conwoion, réchauffé par la haine que lui inspirait l'évêque de Vannes dont relevait son monastère, suggéra au prince breton un prétexte sortable pour se débarrasser des prélats qui le gênaient. Conwoion dirigea contre l'évêque de Vannes Susan et d'autres encore, l'accusation de simonie; ces évêques, prétendait-il, trafiquaient les ordres sacrés: ils conféraient à prix d'argent prêtrise et diaconat. Nominoé, qui « avait le zèle de Dieu, mais non

naître pour souverain l'empereur Lothaire. Voy. F. Lot, Nominoé, Erispoé et l'empereur Lothaire clans Mélanges d'histoire bretonne, p. 35.

1. Les principales études sur la question sont les suivantes : René Merlet, 1° Introduction à l'édition de la Chronique de Nantes (1896J, p. xlviii-lix ; 2° VÊmanci2^atio7i de l'Église de Bretagne et le Concile de Tours (848-851) dans le Moyen Age, 2e série, t. II (1898), p. 1-30; — Arthur de la Borderie, Affaires ecclésiastiques de Bretagne dans son Histoire de Bretagne, t. II, (1898) p. 477-486; — L. Duchesne dans Fastes episcopaux de l'ancienne Gaule, t. II, (1900), p. 256-273 ; — Léon Levillain, les Réformes ecclésiastiques de Nominoé (847-848), étude sur les sources narratives dans le Moyen Age, 2e série, t. VI (1902), p. 201-257; enfin nos deux mémoires, Festieyi «.archevêque » de Dol, et le Schisme breton du IX* siècle, étude sui- les sources narratives : Clxronique de Nantes, Gesta sanctorum Rotonensium, Indiculus de episcoporum Brittonum depositione, réunis dans nos Mélanges d'histoire bretonne (VI-Xl" siècles) pnrus en 1907, p. 14-40 et 58-96. Nous soutenons, après R. Merlet, et plus nettement s'il se peut, que Y Indiculus n'est qu'un extrait de la Chronique de Nantes, et que celleci, rédigée entre 1050 et 1059, n'a d'autre source en son chapitre xi (p. 32-39) que les Gesta sancto-nim Rotonensium altérés de propos délibéré. Ces Gesta ont été composés entre janvier 868 et janvier 876, selon nous (Mélanges d'histoire bretonne,^. 1-10). Repoussant sur tous les autres points les vues de M. Levillain nous acceptons pleinement celle-ci : que l'auteur de ces Gesta a sciemment altéré la vérité en ce qui touche la culpabilité des évêques bretons. C'est avec la plus grande prudence qu'on doit s'aventurer à raconter cette affaire de l'indépendance de l'église bretonne. M. de La Borderie, tout en faisant de bonnes remarques de détail, a montré un violent parti pris qui enlève toute valeur à son exposé.

2. Ce chiffre (les sept évêques de Bretagne) est consacré dès le ixe siècle. Voy. la lettre de Nicolas l" à Festien citée dans nos Mélanges d'histoire bretonne, p. 88, note 3. Rennes et Nantes, cités franques, ne figurent pas naturellement dans ce total.

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