DERNIÈRES TENTATIVES DE CONCILIATION
et Louis, suivant, au contraire, la grand'route d'Auxerre, réussirent, à le devancer et allèrent camper à Thury (22 juin) '. Le lendemain, 23 juin, après avoir rangé leurs troupes en bataille, ils firent rappeler une dernière fois Lothaire à des sentiments fraternels, l'invitèrent à respecter la paix de l'Église et du peuple chrétien, à les laisser jouir tranquillement des royaumes qu'ils tenaient de leur père, à se contenter enfin lui-même de celui qu'il ne devait qu'à l'indulgence paternelle. Ils lui offraient à nouveau tout ce qu'ils pouvaient avoir de précieux dans leur camp, en dehors de leurs armes et de leurs chevaux ; si cela n'était pas encore suffisant, ils lui abandonneraient chacun une partie de leurs états, l'un jusqu'à la forêt Charbonnière, l'autre jusqu'au Rhin ; et enfin, si l'entente sur ces bases était impossible, ils acceptaient de partager la « France » en trois parts égales entre lesquelles il choisirait2. Lothaire fit répondre par Drogon, Hu-
l'abbé Lebeuf [Recueil de divers écrits pour servir d 'éclair cissemens à Vhistoire de France, t. I, 1738, p. 127-190) est tout à fait inadmissible. D'autre part, il est à peine besoin de s'arrêter à la théorie fantaisiste qui place la bataille à Fontenayprès-Chablis (cant. de Chablis, Yonne) dans le pagus de Tonnerre, et non dans celui d'Auxerre, indiqué par tous les textes comme le théâtre de la lutte. Cette théorie, déjà écartée par l'abbé Lebeuf (op. cit., t. I, p. 132 et suiv.), a été reprise il y a neuf ans par un amateur, M. le capitaine Vaulet, qui a publié à ce sujet une brochure intitulée la Bataille de Fontanet, 25 juin 841 (Paris, Lavauzelle, 1900, in-8°, 71 p.). Cette brochure ne méritait certainement pas les honneurs de la longue et décisive réfutation qu'en a faite tout récemment M. Ernst Millier dans un article paru sous le titre : Der Schlachtort Fontaneum (Fontanetum) von 841 (Neues Archiv, t. XXXIII, 1907, p. 201-211). Quant aux raisons positives qui militent en faveur de Fontenoye-en-Puisaye, elles ressortent suffisamment de notre exposé et de l'examen même de la carte qui l'accompagne. 11 suffira donc, pour le détail, de renvoyer au travail fondamental publié en 1811 par Pasumot (Dissertation sur le lieu où s'est donnée la bataille de Fontenay en 841) au t. XIII des Annales des voyages de Malte-Brun, p. 171-215; au livre de M. Meyer von Knonau, Ueber Nithards vier Bûcher Geschischten, p. 136-141; et à l'article déjà cité de M. Ernst Millier.
1. Nithard, II, 10, éd. Millier, p. 25 : « Eadem autem die fratres sui post Lodharium iter accélérantes antecesserunt illum et propter vicum quod Tauriacus dicitur castra posuerunt. » Pour la date du 22 juin, voir ci-dessus, p. 29, note 1.
2. Ibid. : « Crastina die exercitus praeparati ad prœlium castra aliquantulum excesserunt. Praemittens Lodhuwicus ac Karolus Lodhario mandaverunt ut memor esset fraternae conditionis, sineret ecclesiam Dei et universum populum christianum pacem habere, concederet illis régna a pâtre suo consensu concessa, haberet sua sibi non merito sed sola misericordia a pâtre illi relicta. Et in munere offerebant illi quicquid in universo exercitu absque armis et equis habere videbantur; at, si id nollet, cedebant illi uterque portionem regni, alter usque Carbonarias, alter vero usque Renum ; quod et si rennueret, universam Franciam aequa lance dividerent et quicquid horum vellet suae ditionis esset. »