‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 72 sur 211 · LES NEGOCIATIONS POUR LA PAIX · texte numérisé non relu

LES NEGOCIATIONS POUR LA PAIX

(19 mars 842 — août 843)

Partage de l'empire entre Charles et Louis à Aix-la-Chapelle. Négociations avec Lothaire près de Mâcon. Chevauchée en Aquitaine. Conférence de Coblence. Mariage de Charles, nouvelle chevauchée en Aquitaine Traité de Verdun.

La faite de Lothaire, qui, disait-on, impuissant désormais à lutter, courait s'enfermer en Italie1, laissait le champ libre à Charles et à son frère. Ils allèrent s'installer au palais d'Aix-la-Chapelle et y consultèrent le clergé sur la situation2. « Passant alors en revue», dit Nithard, « toute la conduite de Lothaire, se rappelant comment il u avait dépouillé son père du pouvoir, combien de fois il avait par « sa cupidité contraint le peuple chrétien à se parjurer, combien « de fois il avait lui-même violé ses engagements envers son père « et ses frères, combien de fois, depuis la mort de son père, il avait « tenté de dépouiller et d'anéantir ces derniers, combien d'homicides, « d'adultères, d'incendies, de violences de toutes sortes son ambition « criminelle avait fait endurer à l'Église tout entière, considérant « enfin son incapacité à gouverner et l'absence complète de bonne « volonté qu'il avait montrée à cet égard, les prêtres déclarèrent que

1. Ann. Fuld., ann. 842, éd. Kurze, p. 33 : « Putantes auteru eum, ut fama vulgabat, rébus desperatis Italiam petere... » Cf. Nithard, IV, 1 : « Usque Lodhuvicus et Karolus Lodharium a regno suo abisse certis indiciis cognovere... »

2. Nithard, IV, 1, éd. Millier, p. 40 : « Aquis palatium, quod tune sedes prima Franciae erat, petentes, sequenti vero die quid consultius de populo ac regno a fratre relicto agendum videretur deliberaturi. Et quidem primum visum est ut rem ad episcopos sacerdotesque, quorum aderat pars masima, conferrent, ut illorum consultu, veluti nomine divino, harum rerum exordium atque auctoritas proderetur. »

[842) partage d'aix-la-chapelle 53

« c'était à bon droit et par un juste jugement du Tout-Puissant qu'il « avait été réduit à s'enfuir d'abord du champ de bataille, puis de « son propre royaume. » A l'unanimité, ils proclamèrent sa déchéance, et après avoir demandé à Louis et à Charles s'ils étaient disposés à gouverner selon la volonté divine les états abandonnés par leur frère : « Recevez-les », leur dirent-ils, « et gouvernez-les selon la volonté de Dieu : en son nom, nous vous le demandons, nous vous en prions, nous vous l'ordonnons »*.

Chacun d'eux choisit alors douze des siens afin de procéder au partage2. Nithard, qui fut un des commissaires3, nous apprend que, dans la répartition, on ne veilla pas seulement à faire deux lots aussi égaux que possible en superficie et en fertilité, mais qu'on tint compte surtout des u affinités» et des convenances propres à chacun4. Nous n'en savons malheureusement pas beaucoup plus : tout ce qu'on peut dire, c'est que la Frise échut à Louis5 et que la Meuse continua, semble-t-il, à marquer la frontière occidentale du royaume de Charles6. Tous les domaines septentrionaux de Lothaire étant ainsi attribués à Louis, c'est du côté de la Bourgogne et de la Provence que Charles dut surtout être avantagé7; l'Italie, où l'on croyait que Lothaire s'était renfermé, était évidemment exclue du partage.

Après avoir de cette manière réglé la situation, les deux rois reçurent les serments de fidélité de leurs nouveaux sujets8 ; puis il se sépa -

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