BUCKINGHAM
Je le jure à sa mère.
ELISABETH
Vous défendrez mon fils !
york, se jetant au cou de Buckingham.
Vous me rendrez mon frère !
Ainsi se termine le premier acte. Au second, nous sommes à la Tour. Glocesters'y est rendu pourattendre le jeune roi. On vient de lui apprendre que York avec la reine s'est enfermé dans Westminster. Ce coup
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d'autorité l'exaspère. C'est la ruine de ses espérances. A quoi bon le meurtre d'Edouard ? York, héritier du sang, recueillera l'héritage fraternel.
Quoi ! de nos courtisans je fais ce que je veux ; Nos vieux lords, dont l'intrigue a blanchi les cheveux, Nos légistes profonds, à mon gré je ni'enjoue, Et c'est contre un enfant que ma prudence échoue ! Ils sont à Westminster !... Mon pouvoir souverain S'arrête intimidé devant ce mur d'airain !
Edouard arrive, escorté de prélats, de lords. Glocester lui prodigue les marques d'une déférence hypocrite. Le jeune roi demande son oncle Rivers, dont il ignore l'arrestation et la mort. Il réclame bien plus vivement encore sa mère et son frère. Glocester lui suggère avec perlidie l'idée de les mander près de lui ; un mot de sa main royale, que les prélats porteront en personne, aura raison des défiances d'Elisabeth et de York. Ils n'hésiteront plus à quitter Westminster.
Pendant le temps qu'il faut pour porter le message, Glocester, resté seul avec Edouard, le soumet à une dangereuse épreuve :
• Sera-t-il, cet enfant, mon esclave ou mon maître? Pour le laisser régner, c'est ce qu'il faut connaître .
Il est bientôt fixé. « Je suis roi », dit Edouard ; et il entend n'être pas un roi fainéant :
Pusse- je avant le temps rejoindre mes aïeux, Lord Hivers me l'a dit, il faut voir par mes yeux.
Si mon père abusé, si ce roi qu'on révère, N'eût pas fermé les siens dans un jour de colère, Clarence qu'il aimait et qu'il a tant pleuré, Clarence dans la Tour n'aurait pas expiré.
Ce nom de Clarence, prononcé à cette heure, devant Glocester, c'est l'arrêt de mort d'Edouard ; Clarence n'est-il pas la première victime de Glocester, celle dont le cadavre lui a frayé tout d'abord un chemin sanglant vers le trône ? Tout entier aux instincts généreux de son âge, Edouard annonce qu'il recherchera l'assassin, réhabilitera sa mémoire.
Le jour où, jeune encore, on revêt la puissance, On grandit sous son poids : pour secouer l'enfance, Sur les degrés du trône iî suffit d'un instant, Et l'enfant couronné devient homme en montant. Je suis plein d'avenir : Dieu , dans ce corps débile, Avec un cœur de feu mit une âme virile.
Vous serez près de moi, j'en ai le ferme espoir ; Mais punir l'assassin est mon premier devoir.
Je vous le jure ici par les pleurs de mon père,
Plus il sera puissant, plus je serai sévère.
Rien ne peut, moi régnant, le soustraire au trépas ;
Rien, je le jure encor.
glocester, à part.
Tu ne régneras pas.
Epuisé par son émotion, autant que par les fatigues du voyage, Edouard s'endort dans un fauteuil. Glocester le regarde avec une pitié farouche :
C'est lui, c'est cet enfant qui parle de punir, Quand ce moment peut-être est tout. son avenir!
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Edouard prononce en rêvant le nom de son frère. « Richard ! »
GLOCESTER
11 l'appelle : oh ! qu'il vienne Qu'il dorme à ses côtés, et je suis Kichard Trois ; Je suis roi d'Angleterre en étouffant deux rois... Qu'il vienne!... Et s'il dit : Non?... Mot fatal! c'est la guerre: Drapeau contre drapeau nous jouons l'Angleterre.
Et fiévreux, Richard III sonde du regard les ténèbres qui enveloppent la vieille forteresse: ils ne viennent pas encore. Son regard se pose de nouveau sur l'enfant roi bercé par un rêve :
La frêle créature !
Belle pourtant, bien belle... marâtre Nature! En comblant tous les miens, tu fis de leur beauté Un sarcasme vivant pour ma difformité.
Eh bien! marâtre, eh bien ! j'ai détruit ton ouvrage : Demande-les aux vers qui rongent leurvisage ! La mort, la pâle mort décomposa ces traits Où d'un œil complaisant jadis tu t'admirais.
Qui doit survivre à tous? Moi, l'œuvre de ta haine, Moi, modèle achevé de la laideur humaine ; Encordeux fronts charmants à couvrir d'un linceul, Et tu ne pourras plus t'admirer qu'en moi seul.
A ce moment une rumeur se fait entendre. C'est la reine qui, précédée de flambeaux, fend les flols pressés de la multitude. (îlocester se précipite au vitrail. Il la voit, il voudrait presser sa marche, attirer sa proie, la tenir... Mais quoi ! York n'est pas avec elle :
Elle vient sans son fils! Tu mentais! tu mentais ! Faux espoir, sois maudit; et vous que je sentais
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Vous dresser pour le meurtre en frissonnant de joie, A bas ! ongles du tigre ; on m'a ravi ma proie.
Mais non, York n'est pas absent. Il a devancé la reine, il a couru pour être le premier à embrasser son frère. Sa voix fraîche et caressante résonne derrière la porte. v Edouard ! Edouard! » Glocester subit un de cesaccès de joie féroce dont l'expression est effrayante : le doux Casimir Delavigne prend à cet endroit une énergie toute shakespearienne :
Je l'entends.
Il la devançait donc ! Voilà de ces instants Où l'émotion tue, où la joie assassine.
(Riant malgré lui.) Folle, tu me trahis ; rentre dans ma poitrine : Rentre, obéis, meurs*là I Je règne ; ils sont à moi ! .
Vork, puis la reine entrent : scène d'effusion ; après quoi York procède à l'ouverture des suppliques qu'on lui a remises sur le chemin de Westminster à la Tour. L'une d'elles mentionne la mort du lord Rivers. Le meurtrier est trop facile à reconnaître. Glocester se défend avec une chaleur qui devient de la colère. Une parole outrageante et qui atteint la reine en face est vivement relevée par Edouard, de la voix et du geste :