‹ Le Regne de L'enfantChapitre 26 sur 36 · LES ECOLIERS DE TÔPFFER · texte numérisé non relu

LES ECOLIERS DE TÔPFFER

Deux choses nous charment dans TopfTer : son humeur et ses sujets. Son humeur est enjouée, plaisante, ironique avec douceur et malicieusement bienveillante Ses sujets nous touchent de près : il prend volontiers ses héros dans la salle d'étude ou la "salle d'école. Il les fait narrateurs dans leur propre histoire. C'est un agrément déplus ; à la naïveté du jeune âge se mêle,

dans leur récit, le sérieux de l'âge mûr. On dirait qu'ils sont deux à raconter : une personne aimable, mais ignorante, inexpérimentée, facile à séduire ; une autre experte des choses de la vie, jugeant avec une bonhomie narquoise les fautes de la première, concluant et moralisant. Des deux, Tune nous sourit par sa fraîcheur d'imagination, ses impressions franches et vives, sa parfaite bonne foi. Nous aimons dans l'autre le faible qu'elle a pour la première, cet air de la prendre au sérieux, et l'indulgence de ses jugements.

Tôpflfer nous plaît aussi par son impartialité. Il n'est pas toujours du parti de Mentor contre Télémaque ; il n'est pas l'ennemi juré de Galypso. Cet homme, qui a passé sa vie dans sa chaire, avec des écoliers à conduire, a des audaces surprenantes. Il vous introduit dans le sanctuaire, s'approche de l'idole, y promène la lumière, et ne vous fait mystère d'aucun de ses défauts.

Or l'idole, c'est le maître, et le maître s'appelle ici « docte et prudente personne, M. Ratin. »

Il est immortel, ce M. Ratin : homme honnête mais borné, respectable mais risible. Intègre dans l'action, il se discrédite au parler, manque totalement d'esprit . et de mesure, de tact par conséquent, cite Sénèque pour une tache d'encre, et Caton pour bien moins. La Fontaine avait déjà montré le personnage.

Le malheur veut qu'il ait pour élève Jules, un esprit avisé, tout en finesse, tout en malice innocemment aiguisée ; observateur comme tous les enfants, raisonneur et psychologue comme pas un.

Autre malheur : M. Ratin est susceptible, susceptible

en diable, à cause d'une verrue qu'il a sur le nez. Cette verrue est une manière de personnage dans l'histoire de Jules et de son maître. Elle est cause des rapports qui se tendent et de la situation qui s'aigrit. Aussi Jules ne lui pardonne pas, et la décrit pour s'en venger : « Elle était de la grosseur d'un pois chiche, et surmontée d'une petite houppe de poils très délicats, très hygrométriques aussi. » Jules a remarqué que, selon l'état de l'atmosphère, « ils étaient plus raides ou plu* bouclés. » Le terrible, c'est que les mouches aimaient à s'y poser. De là des luttes, dont l'unique témoin est parfois la victime. Le moyen de rester correct, de tenir son sérieux devant M. Ratin aux prises avec les mouches ? Le fou rire, gagnant Télémaque, exaspérait Mentor. Que ne voyait-il pas, Mentor, dans ce délit du fou rire ! « L'esprit du siècle, l'immoralité précoce, le signe certain d'un avenir déplorable ! » Et cependant, Jules, revenu des erreurs du jeune âge, l'aflirme avec conviction : « Le fou rire est une des douces choses de la vie. » — Fruit défendu, partant exquis ! D'où le verbe fourire créé par lui, et cet axiome plein de saveur : « Pour fourire avec délices, il faut être écolier, et, si possible, avoir un maitre qui ait sur le nez une verrue et trois poils follets. »

, Caricature, direz-vous ? Non. M. Ratin est un type, et ce type personnifie un système, système négatif et compressif, qui de l'éducation exclut le sentiment avec une sorte de fureur jalouse, même à Page où le sentiment envahit lelre tout entier. Pour M. Ratin, le verbe aimer n'existe qu'à .l'état de modèle de conjugaison. Le

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mot d'amour le consterne. Sa pudeur en alarme pratique dans les textes les plus innocents les coupes les plus sombres. Estelle, Calypso, toutes les bergères, toutes les nymphes, sont « ses bétes noires. » Il voudrait une muraille de la Chine pour y enfermer Jules. Contre cette méthode, Topfler s'insurge: « Elle comprime plus qu'elle ne prévient; elle enflamme plus qu'elle ne tempère ; elle donne des préjugés plus que des principes. »

Et puis à quoi sert-elle ? Jules, si bien prémuni contre Calypso, fait un beau jour la découverte d'Héloïse et d'Abélard ; il se délecte de leurs épîtres éloquentes et passionnées. C'est un dictionnaire qui a fail ce coup-là : qui attendrait pareille chose d'un dictionnaire ? Heureusement que Topffer est là qui veille. Il fait intervenir un gros rat, lequel a rongé tout ce qui, dans l'article du dictionnaire de Bayle, n'est pas fait pour l'œil d'un adolescent honnête, et voilà le péril écarté. Rat discret, prévoyant moraliste !

De l'épisode du rat, je remonte à celui du hanneton, — épisode bouffon d'apparence, très psychologique au fond.

Nous sommes toujours entre Jules et son précepteur. Jules est dans la salle d'études, et devrait être tout entier à la méditation d'un passage du de Bello gallico, dont il faudra rendre compte à M. Ratin. Mais le travail languit et la traduction manque d'attraits, en suite de quoi Jules se souvient d'un rien hanneton qu'il a mis captif sous un verre renversé. Un hanneton à ce grand garçon qui traduit César et que ne rebutent point les colonnes du dictionnaire de Bayle ? Jules sent le besoin

de plaider les circonstances atténuantes : « A la vérité, dit-il, ii ne s'agissait plus de rattacher à un fil pour le faire voler, ni de l'atteler à un petit chariot : j'étais déjà trop avancé en âge pour m'abandonnera ces puériles récréations. Mais penseriez-vous que ce soit là tout ce qu'on peut faire d un hanneton? Erreur grande: entre ces jeux enfantins et les études sérieuses des naturalistes, il y a une multitude de degrés à franchir. » Or, Jules, ce jour-là, fait franchir à l'étude du hanneton un espace incommensurable. Précepteur à son tour, il dresse Tinsecte à écrire, il en fait un hanneton calligraphe et dessinateur.

On sait comment : le hanneton ayant, d'aventure, trempé dans l'encre son appendice postérieur appelé tarière, Jules conçoit une idée de génie. Il présente une feuille de papier blanc à la marche du hanneton ; « la tarière arrive sur le papier, dépose l'encre sur sa trace, et voilà d'admirables dessins. Quelquefois le hanneton, soit génie, soit que le vitriol inquiète ses organes, relève sa tarière et l'abaisse en cheminant ; il en résulte une série de points, un travail d'une délicatesse merveilleuse. » Que ne produit pas la nature aidée de l'art et de la patience ! Jules arrive à faire tracer toutes les lettres de son nom par ce calligraphe improvisé : le triomphe de noir sur blanc, obtenu par un insecte. D^où ce second axiome (l'ironie de Topffer emprunte volontiers cette forme plaisamment sentencieuse) : a La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite, dit Buflbn, c'est... c'est bien certainement le hanneton. »

On sait la suite ; Jules, attiré près de la fenêtre par

une circonstance fortuite, laisse le hanneton à sa verve : cette verve intempérante le conduit droit dans l'encrier, d'où il sort « en deuil de la tète aux pieds. » Petit malheur, si l'Elzévir de M. Ratin, ouvert au chapitre IV du de Bello gallico, ne se fût trouvé là pour recevoir le naufragé. Horribles conséquences : « des pâtés monstrueux, des lacs, des rivières, et toute une suite de catastrophes sans délicatesse, sans génie -*un spectacle noir et affreux. •

Ici un petit drame moral, très bien développé par le conteur. Jules songe immédiatement à la colère de M. Ratin ; de cette idée à celle de s'excuser il n'y a qu'un pas, et des'excuser par un mensonge, moins d'un pas. Le chat de la voisine sera entré dans la chambre pendant une absence motivée tant bien que mal. Au besoin, on avouera une infraction à la règle, et l'aveu de cette faute imaginaire, en jetant beaucoup de vraisemblance sur la fable, prend une apparence de générosité qui diminue le remords et rachète le péché.

Voici M. Hatin de retour. Gomment Jules va-t-il soutenir son rôle ? S'il fait bonne contenance, et ment hardiment, il se peut qu'il échappe à la colère du maître, mais il est perdu dans notre estime. Il faut choisir, et l'auteur choisit très judicieusement. Jules commence son histoire, mais, peu endurci au mensonge, il s'embrouille, et finalement la vérité fait explosion sur ses lèvres : « Je mens, Monsieur Ratin, c'est moi qui ai fait ce malheur. »

De ce fait, voilà Jules condamné à la prison. Je l'y laisserais s'il ne fallait montrer encore une petite scène

très finement observée et qui fait valoir cet art subtil de Topflfer, moraliste profond dans les infiniment petits.

Jules est resté seul, n'ayant plus de commerce avec ses semblables que par la fenêtre ouverte. Cette fenêtre laisse justement entrer le cri du marchand de gâteaux. Jules est dans une louable disposition d'esprit. Il se fait scrupule « de céder à cette tentation de la chair, dans un moment où c'était sur l'âme qu'il lui était enjoint de travailler. » Il ne bouge de sa place et laisse le marchand répéter son cri, en ajoutant « au mot de gâteaux Pépithète pressante de tout chauds. » Funeste pouvoir d'un mot mis en sa place ! « Je crus devoir ne pas laisser dans son erreur cet honnête industriel, à qui je faisais perdre un temps précieux ; je me mis à la fenêtre pour lui dire que je ne prendrais pas de gâteaux ce jour-là. « Dépéchons, me dit-il, je suis presse. » J'ai déjà dit qu'il croyait en moi plus que moi-même. « Non, repris-je, je n'ai pas d'argent. — Crédit. — Et puis je n'ai pas faim. — Mensonge. — Et puis je suis très occupé. — Vite ! — Et puis je suis prisonnier. — Ah ! vous n^ennuyez, » dit-il en soulevant son panier comme pour s'éloigner. Ce geste me fît une impression prodigieuse. « Attendez, lui criai-je. Quelques instants après, une casquette artistement suspendue à une ficelle hissait deux petits gâteaux tout chauds. »

Eh bien ! ouvrez le Misanthrope à l'acte II, scène IV : même situation, dénouée de même.

Alceste est chassé du salon de Célimène par l'arrivée des visiteurs quilui sont à charge. Célimène veut 1èretenir; débat comique entre eux.

Où courez-vous ? — Je sors. — Demeurez. — Pourquoi faire?

— Demeurez. — Je ne puis. — Je le veux. — 'Point d'affaire. Ces conversations ne font que m'ennuyer,

Et c'est trop que vouloir me les faire essuyer.

— Je le veux, je le veux. — Non, il m'est impossible. —Eh bien ! allez, sortez, il vous est tout loisible.

Et le mot final qui devrait faire sortir Alcesle est justement celui qui le faitrester. Hommes ou enfants, petits ou grands, nous nous laissons prendre aux« petits pâtés tout chauds, » pour peu qu'ils aient l'art de se faire valoir.

Celle peinture des mœurs enfantines fait le principal agrément des Voyages en zigzag. Ici Topffer est en plein dans son rôle d'instituteur, car c'est avec sa bande d'écoliers qu'il voyage. Bien avant que la mode en vînt d'ailleurs, cet excellent éducateur savait le prix de la force physique, se gardait des excès de la culture intellectuelle et demandait aux courses dans la montagne un remède contre le surmenage. Les récits de ces voyages d'écoliers ont tout l'intérêt des documents sincères.

Au début de chaque excursion, le maître, comme un capitaine expérimenté, passe sa troupe en revue, et sous prétexte d'appel, fait le portrait de ceux qui la composent. Il y a là des silhouettes qu'on n'oublie plus, des statuettes qui semblent vivre et marcher. Voici John Relier défini en trois mots : « jarret cyclopéen, appétit idem, voyageur conforme. » — Miech, a voyageur placide. Tombe souvent de la lune, mais sans se faire de mal. Gai au demeurant, folâtre par accès, marcheur excellent, et se

couvrant au soleil, crainte de coups de froid. » — Blanchard est « un marcheur qui aime la voiture, et un voiture qui ne craint pas la marche. Il est à la piste des sensations, et n'en manque pas une, mais il en prend souvent deux à la fois, ce qui l'embrouille. » Percy et Manfred : « une paire d'Anglais inséparables, rieurs et voleurs de noix et autres vedgétabels... Grimpentles arbres, sautent les fossés, ricochent dans l'eau, escarpolettent sur tout ce qui bascule, sont secs d'agilité et noirs de canicule. » — Bryan, « immodéré, intempéré, excentrique à un haut degré. Il est colossal dans ses mouvements, fabuleux et primitif dans ses expressions, destructeur de tout serpent, lézard, par paillon, et se livrant avec audace et désespoir à des entreprises hors de portée, comme de jeter, du fond d'un abime, des cailloux . aux aigles de l'air. Il a la gaité sérieuse, le rire vibrant, le chapeau désordonné et la cravate lâche... Il recherche les œufs d'oiseaux et il aspire à l'achat inexprimable d'un œuf d'aigle ! Un œuf d'aigle! C'est son avenir; en attendant, il déniche tout ce qui niche et porte la terreur chez tous les habitants de l'air. Du reste, excellent voyageur, à marche fantastique, monumentale, et jarret de bronze. — Murray, « la virgule, le brimborion, le tout petit bonhomme de la troupe, et néanmoins l'un des meilleurs pour le jarret, le courage et le port du sac. » — Adolphe et Auguste, « deux oisillons sortant de la coque, et trouvant que le monde est bien fleuri, bien riant, avec du grain partout, et partout, de quoi boire *rais, gazouiller, voleter, sauter de branche en branche; voyagent de tout leurcœur, dessinent les châteaux, at-

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trapent les insectes, prennent des notes , picorent à tous les framboisiers, broutent aux ambresailles, folâtrent, rient, mangent, dorment et vivent un an en trois semaines. » — Français, ces deux derniers: vous l'auriez deviné, n'est-ce pas ?

Le programme du voyage ? C'est d'abord de faire provision ( de gaîté, de courage et de bonne humeur. » C'est décompter, pour l'amusement, t sur soi et les camarades plus que sur les curiosités des villes ou sur les merveilles des contrées. » C'est encore de se fatiguer de telle sorte « que tous les grabats paraissent moelleux », de s'affamer jusqu'au point où « l'appétit est un délicieux assaisonnement aux mets, de leur nature les moins délicieux. »

Aux yeux de Tôpfîer, un voyage d'écoliers est à la fois chose très amusante et très sérieuse. Amusante, on voit assez pourquoi; sérieuse, parce que c'est une école du caractère.

Le caractère se trempe dans cette vie en bande et au grand air. Rien que de se tenir en union et en accord est un fruit heureux des concessions réciproques et des mutuelles tolérances. Puis. les voyages ont leurs disgrâces et leurs épreuves. Subies en commun, elles développent ce que Tôpfîer appelle g le gai courage. » l T ne pluie persistante, un orage qui rend la route pénible, le gîte incertain, le souper problématique, autant d'occasions de lutter, de penser à tous, non à soi seul, de concevoir des idées d'intérêt général et de conservation publique. Aussi Tôpfîer ne redoute-t-il pas trop ces ( journées affreuses » par le temps, délicieuses par le souvenir qu'elles ont laissé. Il les préfère à d'autres

qu'éclairait un brillant soleil. Par le beau temps, • les jeunes voyageurs s'affranchissent et s'isolent,et, comme des chèvres, se dispersent sur le penchant du mont pour y choisir chacun le brin d'herbe qui lui agrée. » Au contraire, vienne Forage, vienne la pluie : « ils se serrent les uns contre les autres, ils se trouvent transformés en une petite colonie compacte, vivant, agissant en commun, et dont on peut dire, à la voir composée de petits et de grands, de frêles enfants et de vigoureux adolescents : tous pour un, un pour tous ! Or là où cette noble devise est mise en pratique, là n'y a-t-il pas contentement, plaisir ? »

Robinson, confiné dans une île déserte, n'a de pensée, de prévoyance, d'activité que pour lui seul. Plus heureuse, selon Tôpffer, une caravane d'enfants «jetée au milieu des contrées étrangères, loin de toutes les commodités, de tous les secours et de toutes les ressources de la maison paternelle ou du toit de la pension. » Elle apprend ainsi « le secret de se tirer d'affaire les uns par les autres © ; elle se forme « à cette générosité secourable et franche qui n'est pas extraordinairement commune, mais qui est, en revanche, si aimable et si digne d'intérêt qu'elle marche la toute première après le grave cortège des vertus. » Tôpffer va jusqu'à souhaiter dans la caravane la présence d'une dame qui, bonne voyageuse d'ailleurs, et bien à l'unisson de la troupe, « soit l'amie des bien portants, la mère des écloppés, et autour de qui tant de jeunes touristes exposés à tomber dans l'état sauvage, trouvent une occasion aux prévenances aimables, aux égards délicats , qui

font l'ornement et le charme de la vie civilisée. » Les qualités de cœur qu'il cultive dans ses élèves, il les recherche dans autrui, les signale au passage. C'est de la morale en action. C'est ainsi qu'un jour, dans je ne sais plus quelle bourgade, lui et son détachement sortent tout satisfaits de chez la marchande de tabac : « C'est une bonne vieille qui cause avec sens et esprit. Pendant l'entretien, survient un enfant bossu, a Qui est cet enfant, Madame? — C'est le mien, j'entends celui que j'aime, car il appartient à ma fille. Le voyant bossu et maladif, je le lui ai demandé, et comme elle en a cinq autres, elle me l'a cédé. Un brave enfant, Messieurs ! Jusqu'à sept ans, il n'a pu se servir de ses jambes; mais, à force de le frotter, je l'ai dénoué, de façon qu'il marche comme un autre. Alors je i'éduquais de mon petit savoir; maintenant, grâce à Dieu, il va à l'école et y est des premiers. » En disant ces mots, la bonne femme s'attendrit, et l'enfant la regarde dire d'un air de respect et d'affection. » Sur quoi le moraliste tire cette conclusion à laquelle on adhère : « Ah ! mes bons amis, courez les bourgades, entrez dans les boutiques, mélez-vous aux obscurs , aux petits, et très souvent vous trouverez par là du mauvais tabac et des vertus de première qualité. »

Ce que Tôpffer était dans le huis clos de sa classe, je m'en doute un peu : ce qu'il est dans le plein air du voyage, la liberté de la campagne, sous la lumière du ciel, je le vois distinctement. Il est tout l'opposé de M. Uatin ; il est le maître éclairé et libéral, celui qui développe loyalement tout l'être, prend le monde pour

auxiliaire, lie la science à la vie, fait de ses écoliers des hommes. Ces caravanes qu'il rend deux fois vivantes — par le crayon et par la plume, — - j'y vois figurer toutes les bonnes fe'es de la jeunesse : la vigueur, la santé, la joie, la loyauté, la rêverie, la réflexion, la volonté. l'amour du bien et le goût du beau.

Lire et goûter Tôpffer, c'est se préparer au rôle de pasteur d'enfants.

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