‹ Le règne de Marie-Thérèse dans les Pays-Bas autrichiensChapitre 14 sur 71 · LA LANGUE DE L'ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

LA LANGUE DE L'ADMINISTRATION

Nous avons parlé des langues en usage dans les Pays-Bas, au point de vue de la politique. Disons en un mot à propos de l'administration.

Sous la domination autrichienne, comme pendant la période espagnole, les États des provinces et les villes correspondaient généralement en français avec le gouvernement. Celui-ci aimait du reste à se servir exclusivement de cette langue.

Les États des provinces flamandes, qui rédigeaient les procès-verbaux de leurs séances dans l'idiome national, correspondaient avec les particuliers dans la langue de ceux-ci. Ils faisaient exclusivement usage du flamand dans leurs correspondances avec les conseils provinciaux siégeant dans les provinces flamandes, avec les villes et les localités où cette langue était en usage.

Les administrations publiques des provinces flamandes rédigeaient leurs actes dans la langue locale, et tenaient leur comptabilité dans cet idiome.

En adressant sa correspondance en français aux villes flamandes, le gouvernement avait soin cependant de leur envoyer une traduction flamande des placards. Lorsqu'il s'agissait de donner à une localité flamande un règlement, celui-ci était généralement conçu en français, à moins que le projet dressé par les intéressés ne fût en flamand. En général, toutes les relations entre le gouvernement et les administrations avaient lieu en français.

Quant aux correspondances entre le gouvernement et les particuliers d'origine flamande, elles se faisaient tantôt en flamand , tantôt en français. Les grâces accordées aux condamnés et les octrois concédés à des corporations ou à des particuliers, étaient rédigés en flamand si les intéressés avaient employé cette langue dans leur requête.

Les conseils provinciaux des provinces wallonnes rédigeaient exclusivement leurs correspondances et leurs actes en français, tandis que ceux des provinces flamandes employaient la langue des parties. En ce qui concerne les Wallons, le Conseil de Flandre ordonna que dans l'instruction des procès introduits devant son tribunal par les habitants de Tournai-Tournaisis et de la Flandre wallonne, il serait fait usage de la langue wallonne ou française (1). Une ordonnance du Conseil de Flandre permit, en conformité d'une dépêche de l'impératrice, à tous les habitants de la Flandre flamingante d'intenter leurs procès en flamand (2).

Dans les Conseils collatéraux, peu de conseillers connaissaient le flamand, et dans une dépêche du 26 avril 1777, Starhemberg déclare, à propos de la nomination d'un conseiller au Conseil privé, qu'il convenait de savoir le flamand, sans que cette connaissance fût nécessaire (3).

Ce système, dû en grande partie au gouvernement espagnol, Marie-Thérèse le continua. Il était en harmonie parfaite avec les idées autrichiennes et celles des hommes d'État du gouvernement en Belgique. En propageant le français, dans le pays, le gouvernement favorisa l'influence des idées nouvelles , influence qui devait devenir si fatale pour la maison d'Autriche.

(1) Ord. du 27 juin 1735 dans les Place, de Flandre, 1. IV, p. 127

(2) Id. du 14 janv. 1775, ibid., p. 249.

(3) Chancellerie des Pays-Bas, H. W., n^ 695, pièces b. c. d.

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