‹ Le règne de Marie-Thérèse dans les Pays-Bas autrichiensChapitre 21 sur 71 · ÉCOLES PRIMAIRES · texte numérisé non relu

ÉCOLES PRIMAIRES

Un mémoire couronné par l'Académie de Bruxelles a fait connaître ex-professo, les changements introduits dans l'instruction publique à partir du règne de Marie-Thérèse jusqu'en 1827 (1). Dans ce travail, l'auteur ne signale aucune modification apportée par cette princesse à l'instruction donnée dans les écoles inférieures. Celles-ci restèrent ce qu'elles étaient sous ses prédécesseurs, c'est-à-dire, dans un abandon complet, dont l'abbé Beaurepaire et des Roches font une peinture affreuse (2). L'éducation des enfants était confiée à des instituteurs et des institutrices laïcs, ou à des vicaires, à des clercs de paroisse, ou bien encore à des religieuses et à des filles du tiers ordre de Saint-François, à ce autorisés soit par l'écolâtre, soit par le doyen rural,

(1) Mémoire de M. Raingo, dans les publications de T Académie royale de Bruxelles, 1827.

(2) Goethals, Hiat, des lettres, t. II, p. 237.

soit par le bailli et le maïeur, soit enfin par Tadministration locale. Ces instituteurs suivaient une routine admise depuis des siècles (1). Le catéchisme était la base de l'instruction; puis la lecture et l'écriture avaient leur tour, ainsi que les premiers éléments de l'arithmétique, mais comme accessoires seulement. Les livres confiés aux enfants laissaient beaucoup à désirer. C'était dans les pays flamands le Guide Cabinet, le voyage en Terre-Sainte de Jean Vander Linden, frère alexien, puis des livres de piété surtout pris au hasard, sans discernement. Dans les écoles de filles, les institutrices enseignaient les ouvrages de main et la fabrication de la dentelle (2).

Les écoles des pauvres étaient pour ainsi dire abandonnées; des parents dénaturés aimaient mieux envoyer leurs enfants dans les rues et les y exercer au métier de mendiants (3). Dans quelques villes, des personnes charitables ouvrirent, en faveur des pauvres, des écoles ordinaires ou dominicales, que le gouvernement s'empressa d'autoriser (4). Mais en somme il ne fit rien ou peu de chose pour cette branche si importante de l'éducation publique.

(1) Ibid.,p. 245.

(2) Cet état de choses n'avait pas encore changé en 1788. L'auteur des Réflexions sur l'éducation de la jeunesse aux Pnys-Ba>s constate que « les petites écoles sont montées sur un mauvais pied, où il y a tant de livres inutiles. » (p. 48.)

(3) Vilain XIIII, Traité sur la mendicité, p. 44.

(4) Voici la liste des écoles de pauvres érigées sous Marie-Thérèse : à Béez, 25 avril 1776; à Bruges, 26 janvier 1773 ; à Bruxelles, 27 décembre 1762, l'école des Apostolines, 1775, l'école de Coudenberg ; à Courtrai, 4 octobre 1743 , l'école de Saint-Éloi, 22 juillet , l'école dominicale de Van Dale; à Furnes, 4 octobre 1753 et 10 octobre 1760; à Louvain, 14 novembre 1763, l'école de Van Linthout; à Nieuport, 21 avril 1769; à Tournai, 7 septembre 1758, la fondation Morelli ; à Wervick, 30 octobre 1768 ; à Ypres, 19 septembre 1776, Fécole de Marie, 5 mai 1775, l'école de Saint-Sébastien, et 19 mars 1778, l'école de Saint-Joseph.

Nous admettons volontiers que, placées sous la surveillance des autorités locales, les écoles échappaient pour ainsi dire à Faction du gouvernement. Néanmoins celui-ci n'ignorait pas que les magistrats des villes, à peu d'exceptions près, ne s*en souciaient guère. Si Tinlervention du gouvernement et une certaine pression de sa part étaient nécessaires, c'était dans le domaine de l'enseignement primaire, base de toute l'instruction. Le gouvernement de Marie-Thérèse ne le comprit pas. Cette négligence fut la cause première et principale qui tit avorter tous ses projets de réforme en matière d'instruction publique.

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