DANS LES COLLÈGES ROYAUX
A Louvain, le nombre des étudiants en philososophie était :
En 1778 de 408
En 1779 de 365
En 1780 de 379-
En 1781 de ?38
En 1782 de 327
(Ibid., no 243.) Ce tableau démontre que le nombre des élèves diminuait en raison directe de Taugmentation des mesures prises par le gouvernement en vue de répandre l'instruction. Il produisit un etîet diamétralement opposé à ses vues.
(3) Bibliothèque royale, ms. n« 17692. Cet écrit est évidemment partial.
être avec trop peu de critique, plusieurs passages, soutient que souvent chez les jésuites renseignement du grec se bornait à des mots latins écrits en lettres grecques (1). Comprenant sans doute tout le ridicule de ce fait, M. Raingo s*est borné à dire que le grec était mal enseigné, tandis que M. Juste transcrit littéralement la phrase.
Examinons un moment jusqu'à quel point une pareille accusation peut être fondée.
Pendant le XVIIP siècle, comme aujourd'hui, une grande prévention existait parmi les jeunes gens contre la langue grecque (2). On l'enseignait dans quelques grandes villes seulement. Les jésuites n'avaient que trois collèges où cet enseignement se donnait ; et ces trois collèges étaient dirigés par des hellénistes qui suivaient la méthode de Gretzer, encore réimprimée de nos jours, et bien supérieure à celle de Burnouf , laquelle a tant contribué à faire tomber l'étude du grec en France et en Belgique (3). Ce n'est assurément pas dans les trois collèges des jésuites que la langue des Hellènes peut avoir été enseignée au moyen de mots latins écrits en caractères grecs.
(1) Une école destinée à Tétude de l'hébreu, du chaldéen et du grec, fut établie au couvent des récollets d'Anvers pour l'explication de la Bible et des PP. de l'Église. Elle fut approuvée par un règlement du gouverneur général du 7 septembre 1768 (Conseil privé, carton 4418). 11 n'est guère probable que les livres conçus dans ces langues fussent rédigés en mots latins écrits au moyen de caractères grecs, hébreux ou chaldéens.
(2) On peut consulter au sujet de cette prévention la préface de la Verklaering van de eerste beginselen der grieksclie taelevoor dejorikheyd (Anvers, 1751). L'auteur y déplore cette indifférence.
(3) Nous devons ajouter que les collèges des jésuites à Anvers et à Bruxelles étaient les plus renommés pour renseignement du grec. A Anvers florissait le père Gobelens, auteur de différents poèmes en langue grecque. A BruxeUes, un de leurs élèves publia durant son cours de rhétorique une édition des Odes d'Anacréon.
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Malgré toute leur activité, les jésuites ne parvinrent pas à vaincre complètement la répugnance contre le grec. La Commission des études eut moins de succès encore, en choisissant pour l'enseignement les Éléments de la langue grecque de Leroi, ouvrage très-superficiel, dont l'influence fut nulle. Dans un de ses rapports, la Commission avouait naïvement son peu de succès dans les lettres grecques (1).
M. Raingo, dont nous avons fait connaître l'opinion plus haut, en ce qui concerne l'enseignement du latin, soutient d'après l'auteur du Tableau que cet enseignement se bornait à une centaine de vers de Virgile, à quelques paragraphes de Quinte-Curce et à un petit nombre d'épîtres de Cicéron. M. Raingo a admis avec trop de confiance ces accusations. S'il avait vu les programmes des collèges, il se serait aperçu qu'à cette époque, on traduisait en quatrième les lettres de Cicéron ad familiares ; en troisième, une bonne moitié de Quinte-Curce; en poésie les églogues choisies de Virgile, le premier chant de l'Enéide, plusieurs élégies des Tristes d'Ovide, une tragédie de Sénèque ; en rhétorique des odes choisies d'Horace, des discours de Cicéron. Voilà ce que constatent les programmes de cette époque. Si l'on n'a pas toujours donné en entier l'explication de ces auteurs, la cause en était due aux extraits publiés de ces écrits. A cette époque les livres coûtaient cher, et en vue du bon marché.
(1) « Il ne seroit pas convenable, dit la commission, de trop s'appesantir sur le grec, dont la connoissance n'est utile qu'à un petit nombre de sujets, qui trouveront, d'ailleurs, pour l'acquérir, des ressources dans Tuniversité de Louvain. Tout ce que la commission a proposé, tout ce qu'elle a publié jusqu'à présent, fait voir avec évidence qu'elle ne prétend pas qu'on s'appesantisse sur le grec. Dans aucune classe on n'y dd^ne un tems considérable. On s'est borné aux déclinaisons, aux conjugaisons et à un très-petit nombre de constructions peu difficiles. » (Protocole de la commission des études du 20 avril 1709.)
on réunissait parfois des extraits de différents auteurs en un seul volume. Lorsque le gouvernement autrichien eut fait imprimer à ses frais les livres classiques, ils furent à meilleur compte. Mais quelles n'en étaient pas les incorrections ! Dewez, dont personne ne suspectera le jugement, déclare que ces éditions fourmillaient de fautes (1). L'auteur des Réfkxions sur l'éducation de la jeunesse aux Pays-Bas autrichiens constate qu'en 1788, toutes les écoles manquaient de bons livres, et que les élèves des collèges « dans toutes les classes sont à peine en état de lire comme il faut (2). »
Quant aux autres sciences indiquées au programme, elles étaient enseignées dans les collèges du gouvernement, et sous ce rapport il introduisit une amélioration notable. Pour être juste, il faut dire que si les mathématiques n'étaient pas enseignées avant l'introduction des nouveaux collèges, la faute en était due au système de division de l'enseignement. Les mathématiques, ainsi que cela se pratiquait encore en la plupart des pays, faisaient partie autrefois des cours de philosophie, qui pouvaient être donnés seulement à l'université de Louvain (3). Si les sciences positives n'avaient pas été enseignées ailleurs, ce fut la conséquence nécessaire d'une mesure prise par le gouvernement lui-même.
(1). Dewez, Hist. gén. de la Belgique, t. VII, p. lxxvii.
(2) Réflexions, p. 18. L'auteur des Lettres historiques parle aussi défavorablement des collèges, p. 89.
(3) Place du 22 déc. 1755. Place, de Brabant, t. VIII, p. C9.