‹ Le règne de Marie-Thérèse dans les Pays-Bas autrichiensChapitre 24 sur 71 · UNIVERSITÉ DE LOUVAIN · texte numérisé non relu

UNIVERSITÉ DE LOUVAIN

Ce corps enseignant, le premier et le plus célèbre des Pays-Bas, n'avait pas subi de grands changements depuis redit du 18 avril 1617, connu spécialement sous le nom de Visite de VUniversité, Lors de la création de l'Université de Louvain, l'Église était intervenue dans son organisation comme dans celle des autres académies catholiques. Plusieurs bulles imprimées dans les Privilégia Academiœ Lovanienm le constatent formellement. Un des premiers soins du gouvernement autrichien fut de renier cette intervention, et de revendiquer pour lui seul toute la direction de l'Université. UÉtroite faculté de droit avait mentionné, dans un mandement, le pouvoir ecclésiastique et le pouvoir civil (ab utraque potestate). Le gouvernement en prit ombrage, soutenant que le premier n'avait rien à voir dans les affaires de l'Université et ordonna à la faculté de supprimer cette mention dans l'acte précité, comme portant atteinte à l'autorité civile (1). Le pouvoir, on le voit, était toujours préoccupé de sa prépondérance ; toujours jaloux de faire prévaloir exclusivement son autorité.

Abandonnée depuis longtemps à ses propres forces et se recrutant dans ses propres élèves, l'Université avait subi l'influence d'un grand nombre d'abus. A peine Marie-Thérèse eut-elle pris la direction des aff*aires, qu'elle résolut de les extirper. Elle eut recours à l'action active de Cobenzl. « Il est honteux, disait celui-ci, que nous ayons dans notre

(1) Dépêches du comte de Cobenzl des 6 et 15 février 1758. Registre du Conseil privé n" 370, pp. 162 et 263.

université des gens si peu faits pour maintenir le bon goût et entièrement livrés à la barbarie pour les sciences et à la rusticité des mœurs (1). » La reine commença par faire observer rigoureusement les dispositions des ordonnances prescrivant aux étudiants l'obligation de résider à Louvain et d'y étudier pendant quatre années consécutives , avant d'obtenir le degré de licencié en droit ou en médecine (2). Les dispositions de ce règlement n'ayant pas été observées, le prince Charles de Lorraine, gouverneur des Pays-Bas, institua une Commission royale chargée de maintenir l'exécution des édits et décrets émanés pour la bonne direction et la discipline de l'université. Ces soins furent confiés à de Neny (3). Nul mieux que ce fonctionnaire, au point de vue autrichien, ne convenait à la direction de l'Université, dont il était l'élève , et qui se montrait en même temps le plus zélé partisan des doctrines nouvelles. Constamment préoccupé de l'instruction des étudiants, il prit plusieurs dispositions de police très-utiles et même nécessaires pour extirper certains abus. Les professeurs, régents et sous-régents des pédagogies ne pouvaient plus battre ou maltraiter les élèves ; les amendes, les arrêts et la prison étant les seules punitions qui pussent leur être infligées (4). Le gouvernement sanctionna des mandements de police décrétés par la faculté des arts (5), porta un règlement

(1) BuU. de la Comm. d'histoire, t. I, p. 11.

(2) Ordonnance du 17 février 1743, Placcards du Brabant, t. VIII, p. 47.

(3) Décret du 18 juiUet 1754, Conseil privé, registre 370, fol. 50. Haingo, Mémoire sur l'instruction publique, p. 12.

(4) Décret du prince Charles de Lorraine du 17 juillet 1760, Cons. privé, reg. 370, fol. 26.

(5) Décret de l'impératrice du 30 sept. 1762. Ibid. décembre 1761. Ibid. du 27 mars 1777. Ibid. carton 1640.

pour les régents et professeurs en philosophie (1), prit différentes mesures concernant Tadministration des fondations des bourses d'études et des collèges annexés à l'Université (2) ; il restreignit le temps des vacances, força les professeurs à donner leurs cours régulièrement, et à les terminer en temps voulu, organisa la bibliothèque (3), intima l'ordre de ne plus accorder d'octroi pour l'impression des livres, sans, y insérer la clause de remise d'un exemplaire à ce dépôt (4) . L'impératrice prit aussi une décision très-importante en ce qui concernait les nominations des professeurs. A l'avenir elle voulait un concours entre les candidats à chaque place (8). C'était un moyen d'exciter l'émulation qu'elle-même n'employait pas.

Toutes ces mesures avaient un but général. Ce ne furent pas les seules : l'impératrice en introduisit de particulières d'une utilHé incontestable dans les différentes facultés. Partout elle voulait des méthodes nouvelles comme dans ses autres pays héréditaires en Allemagne, où elle proscrivit certains principes vieillis, et vainquit des préventions contre l'esprit qui formait ailleurs la base de l'enseignement. Voulant

(1) Décret de l'impératrice du 19 janvier 1764.— Ibid. reg. 371, p. 74.

(2) Décret du 10 nov. 1754. Cons. privée reg. 370, p. 70; Décret du 10 février 1755. Ibid. p. 81. Règlement du 13 février 1755. Placcards du Brab., t. VIII, p. 53; Décret du 11 mai 1753, reg. 370, p. 40; Règlement du 14 oct. 1754. Conseil privé, regist. 370, p. 66. Décret du 28 mars 1759. Conseil privé, carton 1677; ordonnance du 4 juiUet 1761. Place, de Brab. t. VIII, p. 74; Décret du 17 octobre 1864. Conseil privé, carton 1650; Décret du 23 nov. 1762. Ibid. reg. 371, p. 63. Règlement du 3 octobre 1763. Ibid., Décret du 18 avril 1764. Ibid. etc. etc.

(3) Règlement du 3 février 1759. ConseU privé, reg. 371, p. 5. Décret du 11 août 1759. Ibid. p. 14.

(4) Décret de Cobenzl du 3 février 1759, reg. aux Cons. des Cons de Brabant, n» 50, fol. 4.

(5) Dépêche du 25 octobre 1757, au registre 370 du Conseil privé.

faire triompher, dans les écoles publiques, les idées de l'époque, elle eut le tort de vouloir modifier ses écoles partout et de la même manière, sans se préoccuper de la question de savoir si le génie de chaque peuple se prête et se plie volontiers à tous les changements, n'importe d'où il vient. Elle eut la triste expérience du contraire. Bon nombre de jeunes gens belges partirent pour Douai (1), où ils subirent l'influence française au grand détriment de la nationalité belge. Le triomphe des doctrines de Van Espen et les méthodes anti-scholastiques à l'Université de Louvain n'étaient pas étrangers à cette émigration (2).

Page 1