FACULTÉ DE THÉOLOGIE
Cette faculté, autrefois si renommée par les hommes célèbres qu'elle avait produits, par la lutte qu'elle engagea, en faveur du catholicisme, au milieu des troubles religieux du XVP siècle, suivait au commencement du règne- de Marie-Thérèse, l'enseignement de la Somme de saint Thomas, centre principal de tout le cours. Ces leçons étaient données par deux professeurs qui partageaient la Somme
(i) Raingo, 1. c. p. 14. Une ordonnance du 22 décembre 1755 défendit à tous les Belges de faire leurs cours de philosophie ailleurs qu'à Louvain, sans permission. Plac. de Brab., t. VIII, p. 69. Des décrets du 13 et 28 janvier 1756 y apportèrent des modifications.
(2) Un décret du prince Charles de Lorraine du 8 février 1755 décida que les œuvres de Van Espen n'étaient pas comprises au nombre des livres défendus. Plac. de FI., 1. V, p. 87. — Une nouvelle édition de ce recueil était dédiée à de Neny.
en deux parties, de manière à la terminer au bout de sept ans. Il y avait aussi des leçons de théologie scholastique, d'Écriture sainte et de catéchisme ; mais toutes ces branches étaient considérées comme accessoires. Quatre professeurs donnaient en outre, pendarft six semaines, un cours sur telle branche que bon leur semblait.
Malgré l'article 60 de la Visite prescrivant d'étudier la théologie « non tant philosophicis argumentis^ qiiam Scripturis Sanctis,patrum testimoniisetdeductisex his rationibus firmare.y^ la faculté s'en tenait exclusivement à la Somme de saint Thomas, « surchargée, disaient les agents du gouvernement, de questions philosophiques et d'ergoteries selon le goût du siècle pendant lequel elle avait été écrite. » Il fallait donc, d'après ces agents^ mettre l'Université au niveau des autres académies catholiques , dont l'enseignement était calqué sur celles des protestants. En d'autres termes, le gouvernement voulait introduire la méthode allemande , sans s'inquiéter si elle pouvait prendre ou non racine en Belgique. Dès ce moment un schisme complet divisa les professeurs. Les uns furent nommés royalistes par suite de leur goût pour les principes nouveaux ; les autres furent désignés sous le nom de conformistes à cause de leur attachement à la méthode ancienne, qui n'avait jamais été désapprouvée par l'Église. Au moyen du système allemand, l'élève apprenait à parler sur les dogmes sans rien approfondir. Prenant en quelque sorte le caractère de catéchisme, cet enseignement ne permettait pas de scruter les doctrines, d'en élucider les parties obscures, d'en comprendre la portée, ni d'examiner leurs relations avec les vérités philosophiques ou avec d'autres dogmes théologiques (1). Tout ce que le gouvernement
(l) On peut consulter au sujet de la méthode allemande employéi»
- ISO -
voulait, c'était renseignement régalien. Â en juger par les livres et les thèses qui parurent à Louvain au XYIII*' siècle, renseignement du droit canon semblait avoir perdu son caractère scientifique, pour revêtir surtout une forme de politique pratique. CTétait ce que le gouvernement exigeait. Redoutant de nouvelles controverses sur les doctrines du jansénisme que le cardinal d'Alsace venait d'extirper, il avait horreur des disputes théologiques (1). Toutes les nominations aux chaires de la théologie par l'État avaient un but politique. Une seule y fit exception , ce fut celle de Vande Velde , partisan des conformistes.
Un point auquel le gouvernement tenait, non sans motifs plausibles, ce fut l'enseignement de l'histoire ecclésiastique. Cette branche était négligée chaque fois qu'elle ne se rattachait par un point quelconque à l'enseignement de la Somme.
Imitant ce qui se passait en Allemagne, Marie-Thérèse érigea à Louvain le collège des Vétérans (2), séminaire dans lequel les théologiens, après avoir achevé leur cours, pouvaient s'instruire dans la pratique des fonctions pastorales et devenir aussi aptes à administrer les paroisses. C'était en quelque sorte une seconde réponse aux décisions de plusieurs évéques concernant l'admission des théologiens dans les séminaires épiscopaux (3). L'évéque de Gand ne
en théologie : Brûck, Die rationcdisten Bestrebungen in katholischen Deutschland, p. 9 et suiv.
(1) Une défense spéciale avait été faite dans ce but au Censeur royal à Louvain. Par décret du 14 octobre 1765, il ne pouvait donner l'approbation aux livres, traités ou dissertations théologiques qui pourraient engendrer des disputes personnelles. Cons. privé, carton 1098. En 1772 il défendit les disputes entre le docteur Maugls et le professeur Le Plat au sujet de l'interprétation du verset 15 du chapitre 7 de l'épitre de saint Paul aux Corinthiens.
(2) Octroi du 25 novembre 1778. Conseil privé, carton 1079.
(3) Une dépêche du Conseil du Luxembourg du 18 janvier 1775, avait
voulait plus adniQttre à la tonsure ni aux ordres sacrés les étudiants en théologie de l'université de Louvain, à moins qu'ils n'eussent demeuré dans son séminaire. De même que dans toutes les affaires religieuses, le gouvernement intervint directement et enjoignit à l'évéque de recevoir les élèves, qu'ils eussent ou non habité le séminaire (1). Des difficultés semblables surgirent dans le diocèse de Cambrai, auquel ressortissait une partie des Pays-Bas.