POLITIQUE EXTÉRIEURE
La position faite aux Pays-Bas par Marie-Thérèse, sous le rapport de la politique extérieure, est le résultat de tout un système, de toute une série de faits antérieurs à son règne. C'est du côté des gouvernements étrangers, qui possédaient la Belgique, une faiblesse incontestable, un désir de se conserver aux dépens de ce pays. C'est, du côté de Timpératricereine, la crainte mal fondée de le rattacher intimement aux destinées de l'empire , avec la volonté de ne faire en ce sens que ce qu'exigeait la nécessité (1).
Tout traité, conclu par l'Espagne au nom des Pays-Bas, livrait impitoyablement à l'étranger des portions considérables du territoire belge, pourvu qu'elle-même put rester intacte. Marie-Thérèse alla plus loin encore. Â trois reprises
(1) Consulte du conseil privé du 9 octobre 1780, dans Gachard, Analectes Belgiques, p. 119. Môser, Teutsche Staatsrecht, I, p. 294, et de 3orchgrave, Hist, du droit pMic, p. 366.
différentes elié voalut sacrifier le pays entier, soit en le Tradant, soit en l'échangeant, et toujours dans le but de rentrer en possession de la Silésie ou de se procurer d'autres avantages territoriaux ou dynastiques (1). Nos provinces lui devinrent chères seulement lorsqu'elle comprit tous les avantages pécuniaires qu'elle pouvait en retirer (i).
Les princes de la maison d'Autriche, sauf Gharles-Quint, ont constamment éloigné la Belgique de l'Allemagne, dont ils n'aimaient ni les allures, ni les idées, et probablement dans la prévision d'être un jour obligés de déposer la couronne impériale et de devoir se contenter des pays héréditaires (3). En 1749 l'Autriche prévit positivement cet événement. Elle sacrifiait du reste très-volontiers l'empire à ses propres intérêts. A ses yeux, les états héréditaires étaient tout et l'Allemagne peu de chose, si elle ne devenait autri^ chienne. Marie-Thérèse, ennemie déclarée de la Germanie, soutenait hautement que tout y était à vendre (4). S'il y avait du vrai dans cette manière de voir, n'était-ce pas l'Autriche qui, lors des élections au trône impérial, avait largement fait usage de la corruption ? Marie-Thérèse ne la pratiquait-elle pas elle-même en assignant à l'archevêque de Trêves 2000 ducats par an à percevoir sur les finances de la Belgique, afin de s'attacher ce prélat (6) ?
(1) Coxe, Histoire de la maison d'Autriche, V, pp. 29 et 30 ; Borgnet, Hist. des Belges, t. 28, 29 ; Filon, U Ambassade de Choiseul à Vienne, pp. 6, 81. Dans une conversation avec Bentinck, la reine niait le désir de reprendre la Silésie, mais cette déclaration ne méritait pas plus de foi que celle de ne plus chercher querelle au roi de Prusse. (V. la lettre de Bentinck du 22 octohre 1749, dans Béer, Aufzeignungen des Grafen Bentinck uber Maria-Theresia] ,
(2) Béer, 1. c. p. 16.
(3) Lettre de Marie- Thérèse à Joseph II, dans von Ârneth, Maria-The" resia und Joseph II, t. II, p. 305.
(4) Béer, 1. c. p. 23.
(5) Correspondance de cabinet, t. IV, pp. 210, 212, 220
Cet égo'isme, doot rimpératrice suivit les traditions, la fai* sait constamment flotter incertaine entre ses intéi*éts per-* sonnels et ceux des Pays-Bas. Poussée tantôt par la crainte de la France, tantôt par la haine de la Prusse , rimpératrice se jetait du côté des puissances maritimes, les défenseurs-nés de la Belgique, ou du côté de nos voisins du midi, les envahisseurs par excellence de nos provinces. Ses hésitations, comme ses volte-face, étaient la conséquence nécessaire de son système politique.
Toute puissance représente un principe basé sur la religion, ou sur la liberté, les privilèges, la nationalité, Taristocratie, la démocratie, la conquête, ou sur Tesprit conservateur. L'Autriche seule s*appuyait exclusivement sur les principes de dynastie et du pouvoir fort, principes changeants et sujets à des fluctuations si diverses. Obligée de compter avec le grand nombre de nationalités soumises à sa domination, elle devait sacrifier tantôt l'une, tantôt l'autre à ses propres intérêts. De là, le recours à des expédients, bien souvent trompeurs; de là, des contradictions de prime abord inexplicables. Par suite de ce système, la maison d'Autriche mettait volontiers la Belgique en vente, dans un intérêt dynastique. Concevant difficilement que sans la Hollande et l'Angleterre l'existence de ce pays était impossible, Marie-Thérèse comprit moins encore que quiconque voulait une Belgique, devait vouloir le Traité de Barrière et partant l'alliance des puissances maritimes. Parfois elle l'avouait, trop souvent elle l'oubliait (1).
(1) Dans un mémoire du mois de mai 1744, adressé au baron de Burmania, envoyé de Hollande à Vienne, elle disait : De tout temps il avait été reconnu que, sans le secours des puissances maritimes, les Pays-Bas ne pouvaient pas être sauvés (Correspondance de cabinet, t. II, p. 89). « Quand elle regarde it les affaires des Pays-Bas, comme
Après avoir sagement suivi pendant quelque temps, la politique de l'Angleterre et de la Hollande, si sincèrement attachées à l'indépendance de nos provinces dans leur propre intérêt, l'impératrice finit par froisser ces puissances. Elle ne voulait plus du Traité de Barrière.
La Belgique devint ainsi la cause première de la guerre de sept ans, qui mit inutilement l'Europe à feu et à sang, comme nous le ferons voir plus loin (1).
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