LA LITTÉRATURE FLAMANDE, FRANÇAISE ET LATLNE
Nous avons peu à dire de la prose flamande. Quelques voix s'élevèrent, il est vrai, dans le but de défendre la langue contre l'influence étrangère d'une cour et d'une noblesse toutes françaises, dont la bourgeosie s'efforçait d'imiter les manières. Aucun écrit destiné à faire ressortir les qualités de la langue flamande ne vit le jour. Aucun écrit ne se distingua par la pureté de la langue, qui semblait écrasée et muette depuis le règne de Louis XIV. La cause de cette léthargie peut être attribuée au système adopté par nos écrivains et à leur méfiance pour tout ce qui nous venait des Provinces-Unies. Au lieu de se modeler sur Hooft et Vondel, au lieu d'adopter les progrès réalisés par nos frères du nord, les Flamands voulaient en quelque sorte former un idiome à part, qui constituât pour ainsi dire une subdivision du néerlandais.
Des Roches, écrivain très-actif et l'un des membres les plus instruits de l'Académie de Bruxelles, publia en 1751 une grammaire flamande, dans laquelle il fit preuve de peu de connaissance de la langue et de ses principes. Il fut aussi l'auteur d'un dictionnaire flamand-français et français-flamand rédigé d'après le nouveau système d'ortographe qu'il voulait
introduire, système plutôt nuisible que favorable aux progrès de la langue (1). À rAcadémie de Bruxelles il donna lecture d*un écrit resté inédit et intitulé : Dissertation sur la langue belgique ancienne et du moyen âge, dans laquelle il soutient que le flamand dérive de la langue gothe (2).
Nous voyons ensuite paraître les grammaires de P.B.... en 1786, de J. D. Verpoorten en 1788, de J. Baillieu en 1772, de P. J. Van Belleghem et Waterschoot en 1773, de Janssens en 1778 et de Van Boterdael eu 1776. La grammaire de Janssens, dont le succès fut incontestable, est la meilleure. Quant aux autres, elles n'ont droit à être mentionnées qu'au point de vue de l'histoire de la littérature.
Les publications en langue flamande par Beaucourt de Noortvelde, Heylen, Verdussen, Custis, Verheyen, Floorissoone, Massemin, Scheynkele, Vander Baecken, De Vloo, Delvigne, de Bannie, De Coster, d'Hoop, Norton, etc. rentrent dans la même catégorie.
Les sermons de De Vloo, écrits dans un style assez pur, ne peuvent cependant pas être cités commes des modules h enivre. De Beaurepaire, recteur du collège Thérésieu, à Bruxelles, traduisit en flamand Toraison funèbre prononcée par Tabbé de Neiis à l'occasion de la mort de Marie-Thérèse. Cette traduction atteste que l'écrivain possédait bien sa langue.
Enfin le flamand, si négligé dans les provinces des Pays- Bas autrichiens, était employé dans des écrits bien inférieurs, sous le rapport du style et de la pureté, à ceux qui
(1) WiUems, Verhandelingen over de nederduitschetael en lettej'kunde, t. II, p. 194; Torfs, Nieuwe geschiedehia van Antiverpen, l. II, p. 242.
(2) J. Stallaert, Jan Des Roches, zijne ocrhandeling over de oude en middeneeuwsche taal der Belgen, inr8«.
paraissaient dans les Provinces-Unies. Dans ce pays il y eut également pendant le XYIIP siècle une certaine décadence , suivie bientôt d'une vigoureuse réaction.
Quant à la langue latine, elle perdit de plus en plus dans nos provinces. Â Texception des publications des Bollan* distes, il y eut peu ou plutôt il n'y eut point d'écrits remarquables conçus dans cette langue. De Marant, professeur à l'Université de Louvain, l'employa avec un certain succès dans ses écrits théologiques, et dans un panégyrique de Marie-Thérèse. Toutefois il ne sut pas la manier avec autant de dextérité et d'éclat que les BoUandistes. Heyien écrivit également dans une latinité assez pure quelques dissertations académiques.
Le prince de Ligne, formé pour ainsi dire exclusivement aux cours de Vienne et de Versailles, était l'esprit le plus français de l'époque. En fait de littérature, il ne s'était familiarisé qu'avec la littérature française contemporaine. Le style parlé, la conversation autographiée , des traits d'esprits, des calembourgs même, voilà ce qui caractérise ses écrits. Ses Essais historiques sont plutôt des mémoires que de l'histoire. On les lit avec intérêt à cause du charme que l'auteur met à raconter des anecdotes, à cause aussi de son abandon, de son ironie fine, et plus encore de sa verve caustique. Il ne souffrait ni les savants, ni les philosophes, ni les historiens sévères, ni même Shàkspeare. Il lui fallait des productions à la Ducis ; sa philosophie était le plaisir, sa passion l'étourderie et l'esprit. Le baron de Stassart a fait en vers qui semblent écrits sous le premier empire français, le portrait du prince :
« Dans les camps, à la cour, au Parnasse, à Cytlrère, » On voit naître pour lui les myrtes, les lauriers.
» Ce héros, cher à nos guerriers,
» N'a point d'égal en l'art de plaire. »
Voilà bien des couronnes, mais dont une au moins n'est pas méritée, celle du Parnasse. Là les victoires du prince n'ont pas été aussi décisives qu'ailleurs (1). Ses poésies laissent à désirer. Les écrits du prince comme ses succès ne contribuèrent pas moins à propager Fesprit français dans la haute société de Bruxelles. C'était, comme le disait l'auteur des Lettres historiques, l'idole du peuple, bon par sentiment, humain par principe, bienfaisant par goût (2).
Un avocat du nom de Rasquin fit en vers un Essai sur r histoire de S, M, V Impératrice-reine apostolique (3). Dans Tavant-propos de ce poëme en sept chants, l'auteur a soin de se recommander, et pour cause, à l'indulgence du lecteur. « J'espère, dit-il; que le lecteur aura de l'indulgence pour le motif qui m'a animé, et voudra bien considérer qu'un Belge n'est devenu français et un légiste rimeur que pour chanter la gloire et les vertus de la plus grande, la plus héroïque et la plus auguste princesse du monde. » L'auteur avait en effet besoin d'une grande indulgence ; sa versification laissait beaucoup à désirer sous le rapport de l'harmonie ; difTéroiits passages du poëme sont même inintelligibles et les rimes souvent forcées. Néaimioins il déploie parfois une certaine imagination.
Laissons là les autres productions de la littérature française aux Pays-Bas autrichiens.
(!) De Reiffenberg, Le prince Cliarles- Joseph de Ligne, dans le t. XIX des Nouv. méîn, de l'académie royale de Bruœ-elles (1845).
(3) BruxeUes 1770, in-S».