TRAVAUX HISTORIQUKS ET SCIENTIFIQUES
Dans Tappréciation sommaire des travaux littéraires et scientifiques sous le règne de Marie-Thérèse, nous avons dû nous astreindre à parler seulement de ceux qui ont été publiés en Belgique pendant cette période. Sinon, il aurait fallu tracer un tableau complet du mouvement de la littérature et de la science dans les Pays-Bas autrichiens durant le XVIII« siècle. Ce qui nous aurait fait sortir de notre cadre.
Dès que la censure n'agissait pas, les écrits paraissaient : témoin les travaux des BoUandistes , ceux de TAcadémie de Bruxelles et du prince de Ligne. Toutes ces publications n'avaient pas été soumises à la censure, soit par suite de privilèges, soit par l'effet de circonstances exceptionnelles.
Grâce à la création de l'Académie, grâce surtout à l'impulsion donnée par le gouvernement, qui désirait voir paraître une histoire des Pays-Bas autrichiens, les travaux historiques n'étaient plus, comme autrefois, des chroniques sèches et arides, véritable macédoine de détails , de noms et de dates, ou de compilations. La critique scientifique, déjà connue depuis longtemps dans les Pays-Bas autrichiens par les travaux des BoUandistes, mit nos écrivains sur la voie. Des mémoires historiques, dignes de ce nom, virent le jour.
Les auteurs eurent recours aux sources, aux écrivains anciens et du ûioyen âge, contemporains des événements ou des faits qu'ils traitaient, aux actes authentiques et h une saine interprétation des textes. Leur style était à la fois simple, sans emphase comme sans recherche.
Nous citons, en note, les principales publications de ce genre (1).
(1) Josse- Joseph Plumgoen, Histoire des a^tciens empires de VAsie jusqu'à la mort de Cyrus. Ypres 1745. Ouvrage plein d'érudition. L'auteur a encore édité d'autres publications qui virent le jour après le règne de Marie-Thérèse.— Charles Wastelain, Descriptimi de la Gaule- Belgique. Lille 1761. C'est un des meilleurs travaux sur la géographie ancienne du pays. — Du Rondeau, Welke was de kleeding, de smoek, den ackerbouiv der belgische volken voor de VII* eeuw. 1774. Ouvrage couronné par F Académie. — Du Jardin répondit en latin à la même question. — L.-J.-C. Pluvier, De merkiveerdigste verarrderingen welke in Nederland ten opzichte van zynen staet, gemeyne zeden en volk voorgevallen zyn, sedert het begin der vyftiende eeuw. 1776. Couronné par la Société littéraire. 11 en existe une traduction en français. — Jean Des Roches, Quels étaietit les endroits compris dans V étendue des contrées qui composent aujourd'hui les dix'sept provinces des Pays-Bas et le pays de Liège, qui pouvaient passer pour villes avant le VI h siècle? 1771. Couronné par l'Académie. — Le même, Quelles ont été, depuis le commencement du VII* siècle jusqu'au IX* siècle exclusivement, les limites des différentes contrées, cantons, pays, comtés et états renfermés dans Véte^^due qui compose aujourd'hui les dix-sept provit$ces des Pays-Bas et la principauté de Liège? 1770. Couronné par l'Académie. — Le même. Quel a été l'état civil et ecclésiastique des dix-sept provinces des Pays-Bas et de la principauté de Liège pendant les V* et VI* siècles? 1770. Couronné par l'Académie. Les autres publications de Des Roches n'appartiennent pas au règne de Marie-Thérèse. — Le marquis de Chasteler, Mémoire sur la question historique proposée par l'Académie, relativement aux principales expéditions ou émigrations des Belges dans les pays lointains. 1778. Couronné par F Académie. — L'abbé de Mersseman ayant répondu à la même question obtint un accessit. Verhoeven y répondit en flamand et obtint un 2* accessit; mais ce travail n'a pas été imprimé par l'Académie, qui invita l'auteur à le faire servir d'introduction à l'histoire des Pays-Bas. Des Roches, l'ennemi de Verhoeven, le mit à protit sans le citer, selon le dire du concurrent. -— Méan
Dierxsens mit à profit les travaux de Papebroek et dé Valkeiiisse. Beaucourt de Noortvelde, Azevedo et Bertholet, sui vant le vieux système, se contentèrent de faire des compila-
•répondit à la même question et obtint un accessit — d'Hoop a écrit sur le même sujet un travail, dont un extrait a été publié. — P.-J. Heylen, Commentarius prœcipuos belgicœ hodiemœ fluvios breviter describens, «c eonimdetn alveorum mutatiœies etc. 1774. Couronné par l'Académie. — Le même, Cotnmentarius seu responsum ad quœsitutn cujus juris sctHpti usus obtinuerit apud populos Belgicœ a sœculo septimo usque ad exœ'ditim drciler sœculi decimi tertii? Et quœ isto temporis intervallo admmistrandœ justitiœ ratio. 1776. Couronné par l'Académie. — F.-D. d'Hoop répondit à la même question en flamand et obtint un accessit. — I^uis- Jean- Joseph Vander Vynckt, Histoire des troubles des Pays-Bas. Elle eut plusieurs éditions et fut traduite en allemand. — Patrice- François de Neny, Mémoires hist&inques et politiques sur les Pays-Bas autrichiens. 1760. — Jean-Noël Paquot, Mémoires pour servir à Vhistoire littéraire des dix-sept provinces des Pays-Bas. 1763 à 1770 Cet auteur a donné en outre des nouvelles éditions avec commentaires de publications faites par Maquereau, Molanus, Danes, de Marne, de Vaddere, etc. — Feller, Dictionnaire historique. — Jean-François Foppeiis, Oratio funebris in exequiis imperatoris Caroli VI. 1741. — Le même, Basilica Briixellensis. 1743. — Le même, Brevis notitia IX archiepiscoporum Mechliniensium. 1759. — Le même, Chronologia sacra episcoporwn Belgii ab anno i56i usque ad annum il6i. Les autres publications de cet écrivain ont été faites avant le règne de Marie-Thérèse, sauf un volume des Diplomata Belgica de Miraeus. Son meilleur livre est sa Bibliotheca Belgica. — Jean - Charles Dierxsens , Antvetpia Christo nascens et crescens. 1737 à 1755. — Le même, Chronicon Antverpiense. 1768. — Patrice-Beaucourt de Noortvelde, Beschryving der heerlykhede en lafid van den Proosche. 1764. — Le même, Description historique de Véglise de Notre-Dame à Bruges. 1773. — Le même. Description historique de V ancienne abbaye d'Eeckhout. — Le même, Beschryving van den opgank der brugsche koophandel. 1775. — Joseph-Jacques De Munck, Het leven van de zalige maegd en maertelaresse Maria, met een beschryf van St-Lambrechts-Woluwe, 1769, et d'autres ouvrages concernant Malines.
— Bertholet, Histoire ecclésiastique et civile du duché de Luxembourg. 1741-1743. — Gérard Azevedo, des chroniques de Malines et d'autres écrits concernant cette ville. — Rombaut, Het vereerhjkt of opgeheldert Brussel, 1777; fut traduit en français sous le titre de Bruxelles illustré.
— de Marne, Une histoire du comté de Namur, écrite avec un grand sens critique.
tions d'actes tirés des archives et de livres imprimés. Aucun de ces trois écrivains n'avait ni la méthode, ni la critique nécessaires pour écrire un travail d'histoire.
Parmi les hagiographes de cette époque, on peut citer les pères De Bye, De Bue, Stilling, Suyskens, Clé et Ghesquière. De Bye et Ghesquière donnèrent une vie nouvelle aux Acta Sanctorum , où jusqu'alors les discussions de chronologie et de géographie prédominaient. Ghesquière y associa l'élément archéologique, qui donne une grande importance aux nouveaux volumes, consacrés à la vie des saints des mois de septembre et d'octobre.
Les Acta Sanctorum , rédigés par une association de jésuites, nommés spécialement Bollandistes, jouissaient de l'estime des savants de toute l'Europe, quelles que fussent d'ailleurs leurs opinions. Tous déplorèrent la suspension de cette publication par suite de la suppression de la Compagnie. Tous déplorèrent aussi l'anéantissement du projet conçu par les jésuites, de publier un recueil historique sous le nom A'Analecta Belgica qui devait être mis au jour par des pères désignés spécialement sous le nom d'historiographes.
Le gouvernement autrichien comprit également la perte que le monde savant allait faire. Dès l'année 1774, le Comité jésuitique fut appelé à examiner ce qu'il fallait faire par rapport aux Bollandistes et aux historiographes. Toujours passionné, comme d'habitude, le comité déclara que leurs publications n'étaient pas destinées à propager les connaissances humaines. Un peu plus tard il changea d'opinion ; il émit l'avis qu'elles méritaient des encouragements parce que stimulée par les États de Flandre, la cour de Vienne le pensait ainsi. Le gouvernement abandonnait les Analecta Belgica , mais il tenait beaucoup à la continuation des Acta Sanctorum. Des modifications insignifiantes furent apportées dans la rédac-
tion; les ex-jésuites bollandistes De Bye, De Bue, Hubens et Gbesquiëre fureut placés dans Tabbaye de Caudenberg et obtinrent des indemnités de l'Ëtat afin de continuer les Acta. Deux religieux de cette abbaye furent associés à leurs travaux. Uun d'eux Jean-Baptiste Fonson, continua à y travailler, quant à Tautre il ne put se faire à des travaux si pénibles.
Cette nouvelle partie des Vies des Saints fut publiée in 4** et prit le titre de Acta Sanctotnim Belgii Seiecta, Le premier volume vit le jour après la mort de Marie-Thérèse, qui n'en eut pas moins la gloire d'avoir fait continuer une publication si importante, dont son fils arrêta la continuation (1). Comme la grande collection des Acta Sanctorum, les Selecta sont rédigés avec soin et critique, mais ils intéressent particulièrement la Belgique.
Les généalogistes, toujours nombreux eu Belgique, publièrent à cette époque quelques travaux qui se distinguent par une exactitude scrupuleuse et par les recherches historiques qu'ils renferment. Nous en donnons la nomenclature en note (2).
(1) Gachard, Mémoire hist. sur les liollandisies et leurs travaux; dans le Messager lies sciences hist. 1835. P. 200.
(2) Cuypers van Alsingen, Supplément au nobiliaire des Pays-Bas. Louvain 1772. Le vrai supplément au nobiliaire des Pays-Bas et de Bourgogne. Louvain 1774. Corrections et additions au vrai su}>plément . Louvain 1774. — Pierre- Alphonse-Li vin comte de Coloma, Généalogie de Coîoma. 1759.— Joseph-Félix-Antoine- François de Azevedo-Continhoy-Bernal, Table généalogique de la famille de Corten avec quelques pièces y annexées. Malines 1753. Généalogie de la famiUe Van der Noot. 1771. Abrégé généalogique de Coloma de Boimhem, etc. Il a contribué à un journal de Malines, intitulé : Wekelyks BeHgt. — F.-J. marquis du Chasteler, Généalogie de la maison de Chasteler, 1774.