MÉDECINE, CHIRURGIE, BOTANIQUE, PHARMACIE
Vers le milieu du XVIIP siècle, l'art de guérir ne subit pas aux Pays-Bas Tinfluence de tous les systèmes nouveaux qui avaient vu le jour dans d'autres pays. Aucune de ces théories n'y eut autant de vogue et de succès que celle d'Hoffmann, une des gloires médicales de l'Allemagne (1). Profondément religieux, Hoffmann abhorrait l'athéisme. Cette manière de voir devait lui attirer toutes les sympathies d'un pays comme le nôtre, où la moyenne bourgeoisie, dans le sein de laquelle se recrutaient les médecins, partageait les sentiments d'Hoffmann. Ni les animistes, qui proclamaient l'existence d'un principe distinct de l'organisme, ni les iatromécaniciens, ni les iatrochimistes, qui expliquaient les fonctions des corps organisés par les lois générales de la matière, n'avaient les sympathies des Beiges. Complètement séparés de ces théoriciens, ils embrassaient le système des physiologistes, qui considéraient les forces vitales comme inhérentes aux organes. Sans se livrer à d'oiseuses spéculations, ils suivirent Hoffmann dans son dynamisme organique.
Rega, une des célébrités médicales des Pays-Bas , arriva
(1) Broeckx, Essai sur V histoire de la médecine belge, p. 102.
à son tour. Il chercha la vérité dans l'observation des faits et des faits seulement. Sous ce rapport c'était un esprit éminemment positif, un observateur qui s'appuyait exclusivement sur la médecine rationnelle (1). C'est là tout son système, développé par lui dans divers écrits rédigés en latin.
Un autre professeur de l'université de Louvain, Ursmer Narez, combattit dans ses écrits, le charlatanisme des soidisants inspecteurs d'urine, une des lèpres de l'époque.
Parmi les Belges les plus célèbres à cette époque dans l'art de guérir, nous devons citer un Luxembourgeois, qui, après avoir quitté sa patrie, exerça une grande influence en Allemagne. Ce fut Crantz, auteur de plusieurs écrits concernant la médecine, la chirurgie et la botanique, et professeur à l'université de Vienne. Son travail Stirpium Austnacarum fasciculi est encore consulté aujourd'hui, malgré ses défauts.
Antoine-François du Brieuquez s'est spécialement occupé des maladies d'enfants, et a prescrit le régime à suivre par les malades.
De Bavay écrivit un recueil d'observations de médecine et une méthode économique pour la guérison de diverses maladies.
Les fièvres, si communes dans notre pays, ont été traitées par Vander Stadt et Planchon de Renaix dans des écrits qui obtinrent des accessits à Dijon et à l'Académie d'Amiens. Dans le Journal de médecine il s'est fait connaître par diff'érentes dissertations sur les fièvres. Pierre Van Elsacker a écrit sur la fièvre putride, qui fit des ravages à Anvers et dans les environs de cette ville, en 1772.
L'inoculation de la variole, découverte due au célèbre médecin anglais Jenner, avait de grands antagonistes parmi
(i) Malcorps, Regdj sa vie et ses écrits.
lesquels on comptait un Belge. Cremers attaqua cette belle découverte dans deux écrits rédigés l'un en flamand, l'autre en latin. De Brabant, médecin gantois, réfuta les assertions de Cremers et défendit avec vigueur le procédé de Jenner.
Une brochure de Mattheys, destinée à indiquer les premiers soins à donner aux personnes noyées, vit le jour à Anvers en 1771.
Des ouvrages concernant l'histoire de la médecine parurent également sous le règne de Marie-Thérèse. Nous citerons à ce sujet ceux d'Éloy, natif de Mons, dont le travail fut édité à Liège sous le titre de Dictionnaire historique de la médecine, concernant son oHgine, ses révolutions, etc. La seconde édition portait pour titre : Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne ou mémoires disposés en ordre alphabétique, etc. On le consulte encore de nos jours.
Parmi les principaux chirurgiens belges nous devons citer un Namurois, Faudacq, dont les Réfkocions sur les playes ou la méthode de procéder à leur guénson précédèrent le règne de Marie-Thérèse. Comme supplément à ce travail il a publié (1746) le Nouveau traité des plaies d'armes à feu. Cet écrit, résultat des observations de Ledron à l'Hôtel-Dieu à Paris, a un caractère très-pratique.
Un chirurgien du nom de Herbiniaux publia (1771) la description des instruments destinés à l'extirpation des polypes.
Vers la même époque vivait Huart, auteur d'écrits en flamand concernant la chirurgie, la médecine légale et les accouchements. L'art obstétrical a fait aussi l'objet de plusieurs écrits rédigés en flamand par Jean-Bernard Jacobs. Ils furent très-répandus parmi les sages-femmes, dont le gouvernement tâcha de multiplier le nombre.
P.-J.Van Baveghem a publié quelques observations sur l'opération césarienne et en écrivit l'histoire.
Caeis, dans un travail couronné par TAcadémie de Bruxelles, traita de la botanique et spécialement de la toxicologie.
De Beunie répondit à une question de botanique posée par la même compagnie sur les plantes indigènes, qui peuvent être employées dans la pharmacopée et dans quelques autres sciences. Du Rondeau, en répondant à la même question, obtint un accessit.
Necker, né dans la Flandre en 1727 et mort à Manheim vers 1793, publia en latin plusieurs travaux sur la botanique selon le système de Linnée. Les mousses étaient spécialement l'objet de ses recherches. Selon Willemet, qui publia quelques travaux posthumes du même auteur dans les Acta de l'Académie de Manheim, Necker était un savant distingué.
La pomologié dut à l'abbé Hardenpont des succès dont M. Dumortier a fait connaître les beaux résultats dans sa Pomone toumaisienne. Hardenpont vécut précisément au moment de la découverte du sexe des plantes.
Tel fut l'état de la médecine, de la chirurgie et de la botanique en Belgique sous Marie-Thérèse. Comme nous l'avons déjà dit à propos de l'enseignement de la médecine à l'université de Louvain, le gouvernement s'efforça d'établir l'étude de ces sciences sur la base solide des expériences et de l'observation. 11 prescrivit aussi la mise à exécution rigoureuse du placard du 18 mars 1732 concernant les médecins (1), et demanda aux conseils de justice de lui fournir une list« exacte des personnes qui, au mépris de cette ordonnance, exerçaient l'art de guérir sans avoir les qualités requi-
(i) Décret du 23 nov. 1741.
ses (1). Dans quelques villes il érigea des collèges de médecins, afin de surveiller tout ce qui se rapporte à leur profession et spécialement aux pharmaciens (2).
La chirurgie était considérée non comme un art, mais comme un métier. Nous avons déjà fait comprendre à propos de la faculté de médecine de l'université de Louvain combien l'art du chirurgien était négligé. Peu à peu des améliorations furent apportées à cet état de choses. Par un décret de l'impératrice en date du S mars 1754, les échevins de la keure de Gand furent autorisés à ouvrir un cours d'anatomie et d'ostéologie, qui devait être suivi par les apprentis chirurgiens. Les élèves en chirurgie de cette ville ne pouvaient plus être admis à l'examen et à la maîtrise s'ils n'avaient fréquenté ce cours pendant deux ans.
Des écoles publiques d'accouchement furent établies dans la province de Hainaut (3), dans la châtellenie du Vieux bourg de Gand et dans la ville même de ce nom (4). Nul ne pouvait exercer cet art dans la ville et châtellenie d'Ypres, sans avoir subi un examen devant la personne à proposer par le magistrat de la châtellenie. (S).
La vaccine fut aussi l'objet des soins du gouvernement,
(i) Décret du 14 fév. 1749. Plac. de FI. t. V, p. 900.— Les opérateurs qui parcouraient les villes et les villages ne pouvaient plus vendre leurs drogues, sans les avoir fait approuver par un coUége de médecins. Décret du 26 avril 1758.
(2) Le collège des médecins fut érigé à Bruxelles le 21 juillet 1760 ; celui de Termonde le 23 sept. 1754. Ces collèges eurent leurs règlements spéciaux approuvés par le gouvernement.
(3) Règlement du 21 mars 1776. Décrets des 27 juin et 11 octobre 1776 interprétant ces règlements et règlement additionnel du 20 avril
(4) Décrets du 14 mai 1778, PI. de FI. T. 1. liv. VI, p. 1161, 1956.
(5) Décret du 31 mai 1775.
qui détermina à quelle distance des villes closes et des villes ouvertes on pouvait inoculer ou faire inoculer la petite vérole (1).
La pharmacie, comme nous venons de le dire, était pour ainsi dire, abandonnée à elle-même. Dans le Hainaut, les pharmaciens étaient tenus, en vertu d'un décret du 43 décembre 1769, de suivre pour la composition des remèdes, la pharmacopée de Bruxelles avec les observations du professeur Sassenus. Plus tard ils furent obligés par une autre disposition (24 février 1774) de suivre la pharmacopée de Vienne.
A Gand, le magistrat fut autorisé, en 1786, à publier la Pharmacopea Gandensis. Une autorisation semblable fut donnée à la faculté de médecine à Louvain pour faire imprimer la pharmacopée de Triller, en y opérant les corrections nécessaires et en y introduisant des remèdes spéciaux destinés au pays (2).
La dyssenterie, qui s'était déclarée dans les Pays-Bas dès l'année 1779, fut l'objet de dispositions locales très-utiles dans le but de préserver les habitants de cette épidémie (3). Le grand nombre de malades, atteints de la dyssenterie dans les classes inférieures, engagea le gouvernement à prendre des mesures destinées à pourvoir au traitement des nécessiteux dans les petites villes, villages et autres lieux du plat-pays du Brabant et de la province de Malines. Les administrations de ces localités furent obligées de faire l'avance de ces dépenses (4).
(1) Plac. de Brab., t. X, p. 395
(2) Décret du 24 février 4754.
(3) V. entr*autres ord. du grand conseil de Malines du 14 oct. 1779.
(4) Déclarations du 2 et 15 nov. 1779. Une ordonnance du 13 janvier 1780 révoqua ces dispositions.
Le gouvernement prit aussi quelques mesures préventives dans le but de préserver le pays de l'invasion de la peste (1). En général toutes ces mesures dénotent de la part du gouvernement une prévoyance remarquable en tout ce qui regardait les intérêts matériels du pays et le bien-être de ses habitants.
(1) Ord. des 27 oct. 19 nov. et 13 déc. 1770, 2 nov. 1771 et 12 oct.