LA PENSÉE DE LA CROISADE
pompe des croix consacrées*. Manifestation imposante, qui était l'indice d'une résolution durable.
Personne n'ignore cependant que l'extrême bonne volonté de Pbilippe III ne s'est jamais traduite par des actes; de 1270 à 1285 il n'y a pas eu de croisade. C'est que le diable, comme dit un pape -, se jeta toujours au travers des projets qu'on voulait très sincèrement réaliser. Le roi ne pouvait pas s'éloig-ner tant que la sécurité de ses peuples n'était pas complète; or, l'histoire des années qui suivirent le concile de Lyon est pleine de rivalités et de guerres entre les royaumes d'Occident. Malg-ré les efforts persévérants de la papauté pour rétablir partout la concorde, Philippe fut occupé sans relâche à surveiller l'Allemagne, les agissements du roi d'Angleterre en Aquitaine, les Pays-Bas; à régler les armes à la main des questions de succession fort embrouillées en Navarre et en Gastille. Comment s'étonner que \q passagium générale, remis chaque année au printemps prochain, ait fini par être oublié au milieu de ces complications de la politique positive?
Grégoire X savait bien que l'idée de la croisade pouvait se briser contre l'écueil des rivalités politiques, et il apporta tous ses soins à maintenir ou à rétablir la paix entre les princes. A Lyon même, après le concile, il travailla à réconcilier Rudolf de Habsbourg- et Philippe III, les deux chefs de la chrétienté.
Une bulle du 11 novembre 1274 ^ nous apprend que, à celte date, des troupes {militia quedam), prêtes à entrer en campag-ne, se trouvaient concentrées sur l'ordre de Philippe le Hardi vers les frontières de l'Empire. A cette nouvelle, le pape venait d'ordonner à des messag-ers de l'Empereur d'informer leur maître qu'il corrigerait les torts que l'on pouvait avoir eu en Allemagne vis-à-vis du roi de France, afin d'ôter tout prétexte à une querelle ^ De son côté Rudolf, par l'entremise de son ambassadeur à Lyon, Conrad Probus,