MARTIN IV ET CHARLES D'ANJOU
Naplcs, enflammèrent toute l'Italie et le royaume d'Arles; le Saint-Empire et l'Angleterre s'y trouvèrent mêlés; elles mirent aux prises la France et l'Aragon, greffant de nouvelles inimitiés sur les anciennes; enfin, elles grandirent, avec la complicité du Saint-Siège, jusqu'aux proportions d'une croisade prôchée dans toute la chrétienté, non contre les Infidèles, mais contre les héritiers de Manfred.
Les cinq années qui s'écoulèrent à partir de 1280 constituent donc, en quelque sorte, la période angevine du règne de Philippe le Hardi. Pendent cette période, le roi, déjà protecteur de Jeanne de Navarre et des infants de la Cerda, se trouva successivement invoqué par Marg-uerite de Provence contre Charles d'Anjou, par le pape contre les Gibelins d'Italie, par Charles d'Anjou contre le roi d'Aragon. Ainsi, partout la guerre; et, sauf au sud-ouest, partout des guerres angevines.
Il y avait longtemps que Marguerite de Provence intriguait contre Charles d'Anjou, de concert avec Aliénor d'Angleterre, pour récupérer une part de son patrimoine provençal ^ Elle avait demandé à prêter hommage à l'Empereu^ dont la Provence relevait ^. Quand Rudolf de Habsbourg avait formé le projet d'unir sa fille au roi de Sicile, elle avait signalé le danger à son fidèle neveu, Edward I" ^ Mais à partir de 1280, et surtout après les visites du prince de Salerne à Paris, elle agit avec une nouvelle vigueur.
Entrée dans la vassalité impériale, elle invitale roi d'Angleterre par l'intermédiaire de son clerc. M'' G. de Beaufort, à l'aider à reconquérir son héritage. En même temps, elle obtint de Philippe III la promesse de lui prêter main forte et la permission de requérir l'aide de ses amis « dans le roiaume e aillors » \ Ses messagers ayant constaté à Rome que l'inten-
1. V. Potlhast, n° 20657. Commission de Grégoire X à l'évêque de Senlis et à l'abbé de Saint-Denis pour le rélablissemeut de la concorde entre Charles d'Anjou et ses belles sœurs. Cf. ci-dessus, p. 3o.
2. Sur la date de cet hommage, voy. IIellsr, Deutschland und Frankrcich, p. G6, note \.
3. En 1278, Bodtaric, Marg. de Provence, p. 446. — Cf. Heller, o. c, p. 75.
4. Marg. de Prov. à Edw. I" (4 août 1280). Champ., 1, 252. — Cf. l'apostille d'Aliéner, Ibid., I, 264.
tion du roi de Sicile était de la « mener par paroles », elle déclara que « son conseil était d'aler avant en sa besogne et de la pourcliacer » par la force. Sur ces entrefaites, le prince de Salerne vint apporter à Paris ses projets de médiation entre la France et la Castille. « Dieu doint, écrivait prophétiquement, le 4 août, la reine douairière, que bien en vigne, de laquel chose nos n'avons pas graunt espérance; mais nous avons en consoil de mètre en délai nostre besoigne jusquetant à ... que cest tretiés que le prince a aporté tornera. »
Après l'échec de la conférence de Mont-de-Marsan, Marguerite reprit sa liberté d'action, et, sûre de l'appui d'un contingent anglais \ elle convoqua pour l'automne de 1281, à Mâcon, une assemblée de ses partisans. Jean de Grailli, sénéchal de Gascogne, l'accompagnait; et comme, « pour la pesanteur de son corps », elle n'avait pu arriver sans délai en Bourgogne, Edward I", sur sa prière, prolongea la mission de cet habile homme auprès d'elle -. A Mâcon, une foule de seigneurs était réunie ; la reine leur montra « le droit qu'elle avait en la terre de Provence, le grant tort que li rois de Sicile li avoit fait, comment elle avoit poursuivi son droit devant plusors apostoiles et comment le roi d'Allemagne avoit reçu son hommage ». Elle les requit qu'ils l'aidassent « à recouvrer son droit et à empeschier que li prince de Salerne ne poust venir au roiaume d'i^rle et de Viene que il porchaçoit vers l'Empereur ». Ils jurèrent de s'employer à son service et en donnèrent leurs lettres scellées. Rendez-vous fut fixé à Lyon, en armes, au commencement du mois de mai de l'année 1282 ^
La ligue féodale de Mâcon s'était formée avec l'assentiment de Philippe III ; Edward P"" y envoya aussitôt son adhésion '', avec cette sage réserve que, pendant les six mois à venir, il tenterait encore la voie des négociations. En effet, il écrivit au pape pour solliciter sou intervention et à Charles d'Anjou pour
1. Voy. lellrii d'Edw. I" ix Mai-f,'. di; Pruv. (20 sept. 1280). Rymkh, p. 188, c. 2,