BATAILLES NAVALES 1S
Cardone, Tuii des moillciiis capitaines d'Aragon, y commandait ; et Peyie avait muni de garnisons tous les châteaux d'alentour. — A partir du siège de Girone, la croisade n'éprouva plus que des désastres successifs.
D'abord sur mer. La flotte des croisés, qui servait au ravitaillement de Tarmée, opérait des voyages continuels, pour escorter les navires de transport, entre Aigues-Mortes, Narbonne, Marseille et les ports de Catalogne qui étaient tombés entre les mains du roi de France, Rosas, San-Feliu, Cadaquès; elle était dispersée, vingt-cinq galères seulement, sous l'amiral Guillaume de Lodève, gardaient Rosas. A la vérité, la flotte aragonaise était dans les eaux de Sicile, et la sécurité des croisés ne Sf^iiblait pas menacée; mais deux capitaines catalans, en R. Marquet et B. Mallol ', en attendant l'arrivée de l'amiral Roger de Loria et de ses soixante galères, conçurent le hardi projet de surprendre, avec dix vaisseaux catalans, l'escadre de G. de Lodève. Comme ils étaient très bien renseignés par des gens de Cadaquès sur ce qui se passait chez l'ennemi, leur attaque fut opportunément dirigée ; une manœuvre spéciale — tous les navires liés ensemble et une ligne d'arbalétriers placée au troisième banc des rameurs — eut un succès extraordinaire. Ils emmenaient les prises et les prisonniers qu'ils avaient faits, parmi lesquels G. de Lodève *, quand cinquante autres galères de France, qui croisaient à la hauteur du cap d'Aigua Freda, leur donnèrent la chasse ; mais les Catalans, favorisés par le vent, réussirent à rentrer dans Barcelone sains et saufs, avec onze bâtiments sur vingtcinq qu'ils avaient capturés la veille '\
Un mois s'était déjà écoulé sans profit pour Philippe III
1. En R. Marqiiel et B. Mallol avaient été inve.stis par Peyre III, le 10 mai, de 1' « officium admirallorum •. Carim, p. 79.
2. Voy. une supplique de Jean Estève de Béziers à Ph. le Bel, en 1280, pour lui demander la délivrance de G. de Lodève; il dit qu'il fut fait prisonnier grâce à une trahison des siens, que le troubadour compare à celle de Judas. Mém, Soc. archeolof/. de liéziers, 2'* série, I, 221 .
3. Sur le combat de Rosas, voy. Muntaner, chap. cxxix-cxxxiv. — Cf. une lettre du roi d'Arai^^on qui raconte les épisodes de la campagne (octobre 128")) aux rois de Castille, d'Angleterre et de Portugal. Carim, p. 01. •■ Uecom tantuni galee Catbalonie XXIIII ^raleas régis Francic vicerant et ipsorum ceperant adniiratuni nomine Guillelmum de Lodeva. « — Aurie Ann. ap. Moniiin. Gerrn. hist., XVIII, 31i. — Cf. An. de Ripoll, c. 568.
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depuis qu'il assiégeait Gironc. Il avait ordonné de fréquentes attaques, mais en vain; assiégés et assiégeants parlementaient sans aboutir '. Le roi résolut alors de faire fabriquer une énorme machine propre à renverser les défenses de la place; dès qu'elle fut achevée, les Aragonais la brûlèrent; « quand le roi le sut, il en fut si courroucé qu'il dit que jamais ne laisserait le siège jusques à ce qu'il eût pris la ville ». Mais il était lui-même bloqué, en quelque sorte, par la cavalerie et les Almogavares d'en Peyre, qui enlevaient souvent l'argent et les vivres expédiés de Rosas au camp de Girone; tout homme isolé était aussitôt massacré-; les croisés se fatiguaient dans des combats sans trêve où les Catalans et surtout Galceran de Cartalla firent si bien, dit Muntaner, qu'on pourrait écrire sur leurs prouesses un livre plus étonnant encore que celui de Lancelot du Lac. Le camp était plein de malades, car la chaleur accablante de l'été, la pourriture des cadavres d'hommes et de chevaux (dont on perdit quarante mille pendant le siège), et les piqûres de grosses mouches charbonneuses au ventre vert et noir qui pullulaient dans l'air chargé de miasmes, décimaient l'armée jadis si florissante.
Au commencement du mois d'août, P. d'Aragon pouvait avoir confiance dans l'avenir^; il répondit assez sèchement au fils aîné du roi de France, qui lui avait écrit une lettre (( affectueuse », qu'il ne lui enverrait pas de messager secret *. Bien plus, le jour de l'i^ssomption, il offrit un combat en rase campagne, le premier qui eût encore été livré, entre Rosas et Girone, sur le parcours ordinaire des convois de ravitaillement ; quelques centaines d'hommes y furent engagés de
1. Nangis (XX, 53i) dit que R. Roger de Pailhas et le comte do Foix allaient souvent à Girone parlera R. de Cardonne, leur parent. « Sed si bona pro rege Fraacie et ejus gente locuti suât, a pluribus ignoratur. »
2. Sur les guérillas organisées tout le long de la route du col de Paniçars à Girone, voy. An. de RipoU, c. 569. Cf. Hist. rjcn. Lanq., IX, p. 108, note 7.
3. Gakim, p. 98 (Barcelone, 28 juillet). Peyre 111 écrit aux yrobi hotnines de Lerida, à plusieurs villes et seigneurs que l'osl du roi do France est entré en Aragon; comme ses troupes ne sont pas encore réunies, il estime que la guerre délensive est la plus sûre, d'autant que, par la grâce d(; Dieu, les ennemis diminuent autant par épidémie que par bataille. Cependant il a résolu de combattre, et il invite leurs milices à le rejoindre dix jours avant le i<" septembre.
't. (Barcelone, 'j août). Cap.i.m, p. y9.