COMBAT DE L'ASSOMPTION
chaque côté, mais il est difficile de dire quelle en fut l'issue, car les Aragonais prétendirent qu'ils avaient perdu seulement treize chevaliers et qu'ils avaient tué trois cents ennemis avec leur chef, le comte de Nevers ^; tandis que les croisés n'avouèrent que deux morts et se félicitèrent d'avoir tué le roi d'Aragon, en faisant un grand massacre des siens ^ Or, ni le comte de Nevers ne fut blessé, ni le roi d'Aragon ne fut tué.
Si la route de Rosas avait été un peu dégagée par le combat do l'Assomption, le mois ne se passa pas avant qu'elle fût totalement obstruée. Roger de Loria, en effet, était arrivé de Sicile. Soixante-six galères qu'il amenait et seize autres que R. i\Iarquet et B. Mallol avaient fait radouber à Barcelone formaient une flotte aussi redoutable que celle de Philippe III, alors composée de quatre-vingts vaisseaux et mouillée dans les parages d'Aiguafreda. Roger de Loria, sans prendre le temps de rallier R. Marquet, prévenu par ses espions de la position de l'ennemi, l'atteignit pendant la nuit à las Formiguas et se mit en ligne, trois fanaux allumés sur chaque navire. Avant le lever du soleil, il attaqua brusquement les croisés, épouvantés de cette apparition dans les ténèbres. Il prit cinquante-quatre galères ; quinze qui étaient aux Pisans se jetèrent à la côte; quelques-unes seulement, montées par des Génois, s'échappèrent dans le silence de la nuit*. Plus de quatre mille hommes périrent en cette occasion et l'amiral de France fut fait prisonnier \ Ce désastre devait nécessairement en entraîner d'autres.
« Après cela, l'amiral cingla vers Rosas; le jour même de la bataille, il joignit R. Marquet et B. Mallol et leur confia toutes ses prises en leur disant de passer par Saint-Feliu, d'y prendre les navires des croisés et d'emmener le tout à Bar-
1. Voy. la version aragonaise, Muntaner, chap. cxxxiv. — Cf. Desclot, chap. eux, et les Gesta Comit, Barc, c. 569, qui avouent la défaite des Aragonais.
2. Voy. la version française, Nangis, XX, 334. « Letantes et exultantes, hoc cum gaudio régi narraverunt. »
3. Voy. le récit de la bataille ap. Muntaner, chap. cxxxv. — Lettre de Peyre III, déjà citée. Cakim, p. 61. — Nie. Specialis, Histor-ia, X, 0i9.
4. <• Admiratum Escotum nomine >• (Lettre de Peyre III). — ■< Cum Simone de Trusia, régis Francoruni admirato « (Nie. Specialis).
Langlois. H
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cclone; car, pour lui, il allait à Rosas *. » A Rosas il y avait encore vingt galères et une garnison assez forte. Les vingt g-alères, attirées en pleine mer par le pavillon de France que Rog-er de Loria avait fait arborer à ses mâts, furent aisément capturées ; mais, entre les chevaliers croisés et les marins arag'onais, descendus à terre, le choc fut plus rude ^ Là moururent beaucoup de gens de la maison de Philippe IIL Engucrrand de Railleul fut pris, et le bravo Aubert de Longval tué; le chroniqueur de Saint-Denis accuse, soit dit en passant, le maréchal Jean d'Harcourt de les avoir abandonnés, alors qu'il aurait pu les secourir. Plusieurs charges de cavalerie se brisèrent contre l'ennemi ou s'abîmèrent dans des fossés; enfin, voyant que la position n'était plus tenable,les Français, après avoir racheté E. de Bailleul, se retirèrent en mettant le feu à la ville. — Rog-er de Loria sauva néanmoins les g-rands approvisionnements qui y avaient été entassés, et réinstalla dans le pays l'autorité du roi d'Aragon. Trois jours après, il couronna sa victoire par un succès inespéré. Un grand navire, chargé des trésors du duc de Brabant, accompagné de douze g-alères pleines de vivres et de l'argent destiné à la solde des troupes, parut devant Rosas ^; l'enlèvement de ce magnifique convoi plong-ea les chefs des croisés dans le plus g-rand embarras.
La g-arnison de Rosas s'était repliée sur Girone, dont la capitulation tardive entre les mains de Philippe III, le 7 septembre, n'était pas une compensation aux malheurs qui venaient de détruire les espérances de l'expédition *. Qu'im-
L Muntauer, chap. cxxxvi.
2. Sur le combat de Rosas, vov. Nie. Spec., loc. cit. — Bartîi. de Neocastro, Eistoria Sicula, SS. RR. II., XIIÎ, 1107. — Nangis, XX, 534.