MÉDIOCRITÉ DE SON ESPRIT
personne. Dante, qui a poursuivi les membres de la dynastie capétienne d'une haine si amëre, n'a point trouvé d'injures à jeter à la face de Philippe III; il ne lui reproche que la forme de son nez, l'échec de sa croisade d'Aragon, et la naissance de Philippe le Bel K
Mais pour être un pasteur de peuples, comme saint Louis, il faut d'autres mérites que la prud'homie et la piété; il faut des idées politiques et des maximes de gouvernement. Or, Philippe n'en eut pas; il n'eut que le ferme propos de marcher, comme il le dit déjà dans une lettre envoyée de Carthage aux régents Mathieu et Simon, sur les pieuses traces de son père. Tout le monde l'y exhortait du reste dès le début de son règne ; l'auteur anonyme des « reg-rès du roi Looys ^ » et le troubadour Daspol ^ saluaient dans le nouveau roi, en 1270, le continuateur de l'ancien; les papes * et les évèques lui rappelaient sans cesse l'exemple du saint roi, et Philippe ne pouvait certainement se proposer un idéal plus élevé ^. Par malheur, il était incapable de s'y hausser, pour deux raisons. La première, c'est qu'il n'avait pas l'intelligence assez nette pour réfléchir sur la nature de son office royal ni pour s'assimiler la théorie très simple que son prédécesseur s'était formée à ce sujet, suivant laquelle il avait orienté toutes ses actions. Il imita donc la. conduite de saint Louis sans en saisir l'esprit. Sans doute, il avait un sentiment assez relevé de la dignité de ses fonctions suprêmes; il se considérait comme le défenseur armé de l'Eglise; il eut comme son père la « folie de la croix », et il ne se consola de ne pouvoir combattre les infidèles qu'en tirant l'épée contre les excommuniés d'Aragon; il eut aussi un certain dédain de la politique utilitaire % mais tous ces sentiments n'étaient pas