‹ Le Règne de Philippe III le HardiChapitre 344 sur 447 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La ciiria régis n'était pas seulement, au xni" siècle, le cerveau de l'État, où s'élaboraient les ordonnances et les volontés, c'était aussi le cœur qui faisait circuler dans tout le corps administratif le sang- et la vie. Toute la hiérarchie administrative y aboutissait; et c'est même parce que le gouvernement royal avait ainsi un centre où venaient converger tous les rayons de sa puissance qu'il a réussi à en augmenter étonnamment l'intensité. Cela est si vrai que les progrès du pouvoir royal correspondent à peu près, en ce siècle critique, aux progrès de l'évolution organique de la curia régis.

La « cour » avait été primitivement composée des dignitaires et des serviteurs de la domesticité royale , dont les principaux portaient les titres parlants de connétable, de bouteiller, de sénéchal, de cubiculaire. Grâce aux idées germaniques qui font de la domesticité personnelle, pourvu qu'elle soit relevée, et de l'attachement de l'homme à l'homme, plutôt un honneur qu'une honte, ces officiers du ministerium regale avaient grandi jusqu'à devenir, dès l'àg-e des Mérovingiens, des dignitaires politiques. Il y avait eu confusion de la chose privée et de la chose publique en leurs personnes. Ils régissaient l'administration du palatium; or le palalium était un mot à double visage qui signifiait à la fois le palais et l'Etat. C'est à peine si, sous la dynastie carolingienne, quelques offices, empruntés à la cour byzantine, furent substitués à quelques offices d'origine germanique; s'il y eut

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quelques changements dans l'importance relative et la hiérarchie des charges palatines. Bien plus, la confusion traditionnelle des fonctions privées et des fonctions publiques persista encore sous les premiers Capétiens ' ; seulement, il arriva alors que, les offices du palais « n'ayant point échappé au mouvement général qui tendait à transformer toute délégation du pouvoir en iief héréditaire », certaines maisons féodales essayèrent de s'y perpétuer et d'en usurper la propriété. — Ainsi, les dignités du palais, d'abord domestiques, puis politiques, devinrent à la fm féodales. Les rois s'en inquiétèrent à bon droit; ces anciens serviteurs, investis par eux d'une part de leur autorité, et qui voulaient la retenir au lieu de la transmettre, leur firent ombrage dès le xi^ siècle. Pour s'en débarrasser, ils réduisirent et fixèrent le nombre des grandes charges, de celles qui donnaient le droit de souscrire les diplômes ; de plus, ils s'appliquèrent à enlever toute influence réelle à leurs détenteurs. Nominalement les grands officiers de la couronne furent toujours les serviteurs et les ministres du prince; en réalité, ils n'étaient plus du temps de Philippe III que les premiers de ses courtisans. Les grands officiers de Philippe le Hardi ont été des seigneurs qui tenaient fort aux prérog-atives traditionnelles et aux profits pécuniaires de leurs fonctions % mais qui n'ont jamais exercé, à cause d'elles, la moindre action sur la conduite du g-ouvernement. Cependant les rois avaient toujours besoin de serviteurs et de conseillers intimes; c'est pourquoi, au-dessous du sénéchal, du connétable, du chancelier, ombres vaines et solennelles, s'était formé de bonne heure un groupe compact de laïques et de clercs qui, sans titres officiels, étaient devenus les vrais maîtres du palatium; on les appelait famiiiares, curiales, consiliarii^. Déjà, sous Louis VII, ils délibéraient

1. A. LucHAiRE, Instit. mon. de la Fr. sous les pr. Capét., I, 159 et suiv.

2. Jean d'Acre, surtout, maintint vigoureusement les droits du buticulariat; et quand on voulait établir, au xiv et au xv^ siècle, les droits de cette cliarge, c'est au temps de Jean d'Acre qu'on remontait pour trouver des précédents incontestables. Voy. Arch. Nat., P, 2569, f" ITt r» (copie du registre Pater). « Ce sont les droit/, que le bouteiller de France doit avoir en la ville de Paris. » [Record du 21 janvier 1427.] — Cf. Règlement touchant les droits des chaa'ibellans [31 août 1272]. Ord., ], 296.

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