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CHAPITRE III

L'administration monarchique, dont la cour du roi était le centre, avait en province des organes essentiels, toute une hiérarchie de représentants officiels de l'autorité centrale, baillis, sénéchaux, prévôts, vicomtes, sergents et forestiers.

La France était partagée, au xnf siècle, en vastes circonscriptions qui s'appelaient bailliages au Nord, sénéchaussées dans le Midi : prévôté-bailliag-e de Paris, bailliages de Gisors, de Sentis, de Yermandois, d'Amiens, de Sens, d'Orléans, de Bourg-es, de Tours, de Rouen, de Caux, de Verneuil, do Cotentin; bailliag'es d'Auvergne et de Mâcon; sénéchaussées de Beaucaire, de Carcassonne, de Périgord, de Toulouse, d'Ag-enais, de Rouergue, de Quercy. Les grands fiefs se trouvaient englobés dans leurs limites : ainsi le duché de Bourgogne ressortissait au bailliage de Mâcon, le duché d'Aquitaine à la sénéchaussée de Périgord. Ces limites, du reste, n'étaient pas si immuables que le conseil du roi ne put les déplacer à son gré ; on a de nombreux exemples de rectifications de frontières opérées sur les bords des circonscriptions administratives du royaume *.

Deux traits caractérisent les attributions des officiers qui g-QUvernaient ces territoires : dépendance étroite vis-à-vis du

I. Olim. I, 939. « Plaçait domino régi ([uod ali^iua de episcopatu lolosaiio, que re<,'ebantur per seuescalliim agcnuensem, per senescallum regerenlur de cetcro tolosanum. » — Cf. Act. Pari., n°^ 1756 [bailliages de Bourges et de Mâcon], 1969, 2222 [bail!. d'Auvergne], etc.

pouvoir central — exercice complet et indivis de l'autorité publique dans leurs circonscriptions.

Ils étaient en effet, à titre de représentants du roi \ investis d'une coKipétence universelle; c'est pourquoi Beaumanoir, qui ouvre son traité sur les coutumes du Beauvoisis par un portrait célèbre du bailli selon le cœur de Dieu, exige de l'administrateur modèle toute une encyclopédie de vertus. D'abord, il convient qu'il soit sage, débonnaire, brave, courtois et loyal; en outre, il faut qu'il se connaisse en hommes, car le coup d'œil et l'expérience sont des qualités nécessaires à celui qui a à diriger la « mesnie » des prévôts et des sergents d'un vaste ressort. Il faut qu'il sache distinguer les bons des méchants, « le droit du tort », car « il apartient à son office de fere droit à ses sougès » ; il est justicier en même temps qu'administrateur. Enfin, il faut qu'il ait en lui « soutil engieng et hastiv de bien esploitier... et de bien savoir conter », car il est chargé de la gestion des affaires domaniales de son seigneur et il est aussi agent de finance; c'est même « un des plus grans perix qui soit en l'office de bailli que d'estre negiigens ou poi soigneus de ses comptes ». — Il n'y a pas lieu de s'étonner que la division du travail, avec la spécialisation des fonctions comme corollaire, qui s'introduisait seulement alors dans la cifria régis, fût encore inconnue dans les administrations provinciales, car les différents services du gouvernement central — administratifs, judiciaires et financiers — n'étaient pas, au xnf siècle, si nettement séparés les uns des autres qu'ils fussent obligés d'entretenir des agents particuliers en province.

Les documents du temps de Philippe III suffisent à donner une idée de la complexité des droits et des devoirs des baillis à la fin du xni" siècle. Le bailli, qui était homme d'épée, avait d'abord la direction des choses militaires : il convoquait « du commandement le roi especial » les vassaux tenus au service d'ost '; il veillait à ce que les châteaux et les manoirs du roi

1, Bkau.m., l, 20 : (( Li baillis, laut qu'il est en l'office de baillie, représente la persone de son segneur. »

2. Voy. les circulaires de G. de Cohardon aux seigneurs de la sénéchaussée de Carcassonne {Hist. gën. Lang., X, pr. c. 125), 8 décembre I2Tt, et de G. Bar-

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