Voy. Pièces juslif'., n" XXXII
d'un seul coup près de trente-cinq mille livres pour « restor de chevaux » en faveur des chevaliers qui avaient perdu les leurs. Aussi Philippe III recourut-il, en 1282, au vieil artifice des défenses d'exportation, déjà pratiqué par le roi anglo-saxon Athelstan dans son statut : Ne quis dimittat equum suum ultra mare '. « Sitôt comme je oï la nouvelh; (de la révolte du pays de Galles), écrivait Maurice de Craon au roi d'Angleterre le 19 mai 1282, je atornoi moi et mes compagnons pour aler vers vous; et en nule manière le roy de France ne veut donner congé que nul cheval ne isse hors de son royaume ^ » En juin, Gaston de Béarn informe le même prince que « le roi de France défend de faire passer sur ses terres des chevaux à destination de l'Angleterre ' »; le 15 juillet, les bourgeois de Bordeaux reproduisent la même excuse pour ne pas passer la mer * ; enfin Edward I" ayant prié Philippe de se relâcher un peu de la sévérité de ses prohibitions et de permettre l'importation dans son île de quatre-vingts grands chevaux qu'un marchand florentin avait achetés en son nom, Philippe refusa nettement. « Nous, répondit il, considérant récemment que notre terre se vidait de chevaux et d'armes, après en avoir délibéré diligemment, nous avons ordonné pour la commune utilité et la sécurité de notre royaume que personne n'emporte désormais de chevaux ni d'armes, afin que notre terre en soit toujours fournie ^ »
Philippe III a donné des preuves plus convaincantes encore de sa vigilance à ménager et à accroître les forces défensives du royaume. Il fut en effet un grand constructeur de forteresses, quoique les guerres qu'il a entreprises aient été surtout offensives. Abstraction faite de la ceinture de bastides dont ses officiers entourèrent les frontières d'Aquitaine, il ne faut pas oublier que, sous son règne, les fortifications de la cité de Garcassonne furent complétées; il fit édifier les courtines, les-
1. Voy. les textes groupés par Fr. Micmel. Notes sur la guerre de Navarre. p. 518.