Déposition du légat Simon de Rrie, /. c, p
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Tours, où il réunissait son armée pour entreprendre une expédition en Navarre; il en fut « très courroucé et moult à mesèse * », et il pensa qu'on avait bien pu empoisonner son fils, afin de justifier la prédiction du saint homme. Il consulta le légat en secret sur cotte affaire. D'abord, était-il vrai que le chanoine de Laon eût fait la prédiction dont on parlait? Ce chanoine avait bien écrit au roi que les saintes femmes de Liège lui avaient révélé son vice, et que, s'il ne s'amendait, « il ne demeurerait rien de lui sur la terre » ; la reine Marguerite de Provence avait même eu connaissance de cette lettre, qui ne contenait, on le voit, que des menaces vagues et aucune allusion à la fin prochaine d'un enfant * : « Il sembla bon dès lors au roi et au légat d'envoyer aux deux illuminées du diocèse de Liège un homme de confiance pour savoir si elles avaient véritablement parlé au chanoine de Laon du péché en question et de la mort du prince Louis ».
Philippe III, en députant des messagers aux devineresses de Flandre, voulait donc s'assurer qu'une prédiction, relative au malheur domestique qui l'accablait alors, avait été faite après coup. Mais G. de Nangis et, après lui, tous les historiens, ont singulièrement dénaturé ses intentions ; faute d'être au courant de la vérité, ils ont imaginé une explication absurde. S'il fallait accepter leurs récits, le roi pensait avec amertume à l'empoisonnement de son fils quand il apprit qu'il y avait à Nivelle une sorcière « sainte femme et de bonne vie qui merveilles disoit des choses passées et à venir » ; à Laon, un nécromancien qui savait « moult de choses secrètes » ; et, du côté de l'Allemagne, un autre devin de la secte sarabaïte ^ Afin d'apprendre la vérité au sujet de l'innocence de sa femme, il aurait fait incontinent consulter ces personnages *. Conduite surprenante, car il leur envoya successivement les clercs les plus illustres de sa cour, des évèquos, l'abbé do Saint-Donis, un chevalier du Temple. De tels faits, s'ils étaient exacts, donneraient assurément le
2. Le roi ne pardonna jamais au chanoine de Laon ses avertissemonls incongrus; Nicolas m dut le prier de se contenter d'exiler le coupable. Mar- TÈNE, Ampl. Collect., II, c. 1276.