LA CHUTE DE PIERRE DE LA DROCE
l'évêque furent arrivés à Nivelle, la béguine fut très prudente. L'enquête de 1278 se tait sur ce qui fut « fait et trouvé * » pendant ce second voyage. L'historiographe de Saint-Denis, qui le confond probablement avec le premier, raconte seulement que Pierre de Benais réussit encore à devancer son collèg'ue; que, quand l'abbé vouhit interroger Isabelle, celle-ci lui répondit « qu'elle avait déjà tout dit à l'évêque ». Indig-né do ces paroles et pensant qu'il y avait quelque trahison, l'abbé serait aussitôt revenu à Paris pour raconter l'aventure. Là-dessus, Philippe aurait interrogé Pierre de Benais, qui aurait allégué, pour excuser son silence, le secret oblig'atoire de la confession. A quoi le roi aurait répliqué en colère : « Par mon chief, je ne vous avoie pas envoyé pour la confesser, et par Dieu qui me fist, j'en sauray la vérité et à tant ne le lairay pas ^ ».
Cela se passait pendant les derniers mois de 1276 et les premiers mois de 1277. En même temps, une autre intrigue suivait son cours. De même que Pierre de la Broce avait essayé de profiter, contre ses adversaires, de la mort subite du prince Louis en les accusant de l'avoir préparée, les partisans de la reine cherchaient à profiter dos échecs que subissait alors la politique extérieure de Philippe III pour ruiner le crédit du favori en l'accusant de trahison. En 1276, l'armée royale, au lieu d'envahir la Castille, fut obligée de s'arrêter piteusement à Sauvetorre en Gascogne, puis, faute de vivres. de rebrousser chemin. La retraite eut lieu, rapporte G. de Nangis, malgré le roi et « sur le conseil de cerlains traîtres, à ce qu'on dit ^ ». Le comte Robert d'Artois se trouvait justement avec un sauf-conduit à la cour d'Alfonse X pour parler de la paix; il y apprit de la bouche du roi de Castille la retraite de l'armée de Philippe III vers le nord. « Ayant entendu cela et beaucoup d'autres choses concernant l'état de
la béguine. « Dans Jakes dist en tieys [en flamand] a Ysat)el ke s'ele estoit requise de ce k'ele avoit autrefois dit k'cle le desist hardiemcnt et ne s'en maiast mie. El pour ce qu'il se doutoit k'ele n'entendoit mie son tieys, li maires li répéta les paroles ke dans Jakes 11 avoit dites. Et Ysabiaus s'esmorveilla moult do ces paroles, et commença à rire et dist : — » Ke vuet-il dire? je renierai ja cou ke j'ai dit ».