Murmuraliouis niateriam ministravit
4. Chron. de Jean d'Oiilremeuse, V, ilS. ij. H. F., XXI, 12G, 148.
LA CHUTE DE PIERRE DE LA liROCE 31
avait été public. « La raison pour quoi il fut pris, dit sag-ement le continuateur de Sigebert do Gembloux, je m'en puis bien taire, car je n'en sais rien et il no ni"api)arliont pas de le savoir *. » Cependant, une version finit par se répandre et par prévaloir; on crut généralement, comme le voulait la cour, que le chambellan avait été puni pour ses relations criminelles avec le roi de Castille et pour ses accusations mensongères contre la reine, et, en outre, pour sa « desmesure », pour son org-ueil ^ De plus, un renseignement précis transpira, malgré le secret de l'aventure : à savoir que l'exécution du favori avait été décidée « contre la volonlé du roi ^ ». Enfin, tout le monde tira de l'événement cette conclusion philosophique , développée à l'envi par les chri)niqueurs, que les hommes de basse condition sont fous, s'ils veulent faire la loi aux gentilshommes, en entrant au service des rois *. — Depuis le xni'' siècle, l'histoire a partagé les sentiments et l'incertitude des contemporains ; certains auteurs, comme Mézeray, ont adopté sans réserves la version officielle ^ ; d'autres ont soupçonné en Pierre do la Broco un martyr de la politique et de la calomnie % et se sont demandé si l'exhumation de ce personnage ne serait pas la « révélation d'une époque ». Mais les textes ne permettent pas de garder ces illusions; ils prouvent que le favori fut en effet avide, que sa chute est due à la rivalité qui s'établit, après 1273, entre son influence et celle de Marie de Brabant. Sans doute, il ne commit pas de trahison pondant l'expédition do Sauvetorro; c'aurait été une vilenie bien inutile; mais les partisans de la
1. P. Paris, les Mss. français, V, 373. — Cf. Bern. Gui. H. F., XXI, 703.
2. Voy. les complaintes. Convoitise. Las, que voloie gie? J'ai eu mal corage.
— Avoirs me catoilloit, dont j'avoie à outrage (p. 24). Imposture. Ahi! gentix roïne, preus et vaillant et sage. — Ja portè-je de vous une foiz faus message.
— Or en estes vengie, volant vostre barnage. Trahison : Or as esté com li chaiaus. — Qui runge les sollers de son maistre (p. 34).
3. Ghron. de S. Magloire. IL F., XXII. — Cf. XXI, 138 et Salmon, /. c. « Contra volunlatera régis, ut dicitur. »
4. L'annaliste de S. Martial de Limoges reproduit celle réflexion à propos de l'exécution d'E. de Marigny, qu'il compare à celle de P. de la Broce. IL F. XXI, 723.
3. MézerÂy (ad ann. 1277) traite formellement P. de la Broce de « coiiuin » et d' » âme castillane ».
G. Voy. Vincent, /. c.
reine l'accusèrent de l'échec des armes royales en Castille aussi justement qu'il avait accusé la reine de la mort du fds aîné de Philippe III. Il ne laissa pas d'œuvre politique; nous sommes donc amenés à ne voir en lui qu'un parvenu vulgaire aux prises avec des infortunes méritées par son amiDition. Son histoire ne nous instruit guère, en résumé, que de l'aveuglement incroyable du roi, qui fut faible en créant la fortune de Pierre, et faible en l'abandonnant à regret.
Après la mort de Pierre de la Broce, ses amis furent éloignés \ SCS biens confisqués % sa famille replongée dans le néant ^ La cour de France, décapitée, se partagea en factions hostiles.
La plus puissante de ces factions, en apparence, fut celle qui, le 30 juin 1278, avait définitivement triomphé. De même que la reine Constance, après avoir fait tuer le favori Hugue de Beauvais par son oncle le comte d'Anjou, chef de ses partisans, avait pris un grand ascendant sur l'esprit du roi Robert % la reine Marie de Brabant, débarrassée de P. de la Broce, aurait pu jouer le rôle le plus brillant auprès de Philippe III. Mais elle ne ressemblait point à l'acariâtre Constance d'Aquitaine. Elle était hellc, spirituelle et, quoique très jeune, déjà savante. Sœur du duc Jean de Brabant, nièce du duc de Bourgogne et de la vicomtesse de Limoges, elle avait amené en France une foule de gens de son pays,
1. H. F., XXII, 348. Tous ceuz qui estoienl esleu par luy furent boutez hors de la cour et dou service le roy. — Cf. Jubinal, p. 26, strophe 4.
2. Maurice de Graon, sénéchal d'Anjou, réclama l'amende due, pour cause de félonie, par l'héritage de P. de la Broce. Olim, H, 144, 173.
3. Cependant, Philippe III rendit à Simon de Beaugenci, pendre de son ancien chambellan, en juillet 1280, 200 1. t. de rente [Pièces jusUf., n» XII). Au terme de l'Ascension 1284, Pierre de la Broce, fils du favori, reçut ses gages curie budget de l'hôtel du roi (H. F., XXII, 470, j, tablettes de P. de Condé). En 1287, sa femme Isabelle supplia Edward I" de l'admettre à lui faire hommage d(;s terres de son mari en Saintonge (Bit. Mus. Julius E. 1, f° 51 v"). En 12!)4, Philippe le Bel lui rendit divers domaines. — Quant à P. de Benais, il rentia en possession de son siège épiscopal après la mort de Philippe 111, qui, malgré les protestations du pape ÎNicolas, avait saisi son temporel. Voy. Rayn., i278, n" 1-4, et Arch. Nat., J, 391, n» 1. — En 131o, il y avait à Paris une maison connue sous le nom de « maison au Lion ou de Pierre de la Broce >•, qui avait appartenu récemment à la famille de Chambli. DiOl. Sainte- Geneviève, II, f. 23, f° 28.
4. Voy. LucHAUiK, Inst. mon. de la Fr. sous les pr. CapéL, I, 119, et PrisTEn, Etudes sur le rôijnc du roi Robert, p. G6.