CONSEILLERS DE LA COURONNE. — MATHIEU DE VENDÔME
Mathieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis ', fort aimé par Louis IX, fut en quelque sorte le premier ministre de Philippe III. « Le roi, dit G. de Nangis, usa du conseil de M" Maci, abbé de Saint-Denis, qui estoit aourné en flour de sapience, et li bailla toutes les causes et les besongnes de son roiaume, ainsi que son père le faisoit". » « Il régnait en France, ajoute un annaliste normand; tout se faisait à sa volonté; il élevait et il abaissait les hommes à son gré ^ » Deux fois il fut investi officiellement de la rég'ence pendant les croisades de Tunis et d'Aragon. — Ce que l'on rapporte de sa vie satisfait mal notre curiosité; nous savons cependant qu'il prenait une part active aux délibérations des Parlements *, et les règlements qui émanèrent alors de la cour du roi furent sans doute élaborés sous sa direction. Quant à la politique extérieure, il ne s'en désintéressait nullement; comme chef reconnu du g-ouvernement royal, il correspondait avec le roi Edward et l'évêque de Bath, chancelier d'Angleterre ^; dans des circonstances graves, il mena même avec Edward P"" toute une négociation secrète, à l'insu de Philippe III ^. Mathieu de Vendôme avait gardé la tradition de saint Louis, c'est-à-dire l'amour de la paix, à l'extérieur; à l'intérieur, l'amour de la justice et de l'ordre, combiné avec le respect scrupuleux des droits acquis. Il fut, quoique les chroniqueurs ne l'aient peint que par des épithètes vagues, le premier homme d'État de son temps.
Après Mathieu de Vendôme, ce fut un autre abbé, Bertrand do Montaigu, abbé de Moissac, qui pénétra le plus avant dans la confiance du roi, d'après la chronique locale d'A. de Peyrac : « il était, dit-elle, son compère ' ». Il est vrai que les archives du monastère de Moissac ont conservé de