‹ Le Règne de Philippe III le HardiChapitre 71 sur 447 · P. de Condé, /. c; H. F., XX, i · texte numérisé non relu

P. de Condé, /. c; H. F., XX, i

sultan de Tunis eut envoyé des propositions pacifiques (car les musulmans souffraient autant que les chrétiens de la pestilence et de l'épidémie), Charles d'Anjou exhorta le roi à les écouter.

Il y avait certainement de bonnes raisons à faire valoir pour décider l'armée à abandonner l'Afrique. Bien que Philippe III eût pourvu au gouvernement de son royaume en expédiant, dès le 12 septembre, aux régents Mathieu de Vendôme et Simon de Néelle, institués par son père, des lettres de confirmation ', il était nécessaire qu'il revînt au milieu de son peuple, qu'il fut sacré et courbnné comme ses ancêtres *. D'ailleurs, le succès de la campagne, si on la continuait, était incertain ^; et, en tout cas, on n'en pouvait g-uère attendre des résultats profitables pour la cause chrétienne. Enfin le sultan semblait disposé à faire des concessions assez larges pour débarrasser son pays des envahisseurs. L'occasion se présentait de liquider honorablement une expédition qui avait été désastreuse. Charles d'Anjou, qui avait jadis conseillé de l'entreprendre, conseilla donc d'y mettre un terme.

Quelques seigneurs voulaient demeurer, pourtant, jusqu'à ce qu'ils eussent conquis et pillé la capitale des Sarrasins. Leur avis fut soutenu dans le conseil de l'ost, et, grâce à l'intervention des rois de Sicile et de Navarre, rejeté par Philippe III. Mais cet avis était partagé par le commun de l'armée, qui aurait trouvé dans le sac de Tunis comme une compensation vengeresse de ses souffrances. Quand on apprit que des pourparlers étaient entamés en vue de la conclusion d'une trêve, les murmures éclatèrent * : le menu peuple s'écria que Charles d'Anjou n'avait amené les croisés à Tunis que pour

d. Mand., n" 2, 3, 4.

2. SpicUège, 111, 670. Lettre des régents au roi, écrite au nom de tout le conseil royal : « Considérantes ex nobis aliqui, quod ctsi preclarissimus genilor vesler pro ncgoliis (idci inlerdum se periciilis exposuil, securius id agere poterat, lieredem rcgni idoneum derelinqnens, sed de vobis est aliter ».

3. Les Ann. de Plaisance attribuent la retraite des croisés à la famine et à la crainte des Sarrasins et des chrétiens ([ue le sultan do Tunis avait à sa solde. {Moniim. Gcrm. hist., XVIII, 5i7.)

4. Dès le commencement de septembre, beaucoup de gens pensaient cependant qu'à cause de la santé du roi on ne resterait pas longtemps en Afrique. Voy. une lettre de P. de Condé, /. c. : « Inde colligunt... quod dominas rex noster Pli. iu brevi forte sit ad propria rediturns ».

Page 1