AFFAIRES D'ANGLETERRE. RETOUR D'EDWARD I
à la fois en Italie et en Allemagne. Mais TAllomagne s'émut du danger qu'elle avait couru de perdre cet office international de l'Empire qu'elle considérait comme sa chose; et le livre de Jordanus d'Osnabrûck, écrit vers 1285 *, rappelle avec éclat que si le Sacerdoce appartient à Rome , l'Empire du monde, sous Charlemagne et sous Otlion, a été transféré pour toujours à la race germanique *.
D'ailleurs, Philippe III avait été obligé, depuis le commencement de l'année 1273, de s'occuper moins du Saint Empire que de l'Angleterre et de l'Aquitaine, car, à la nouvelle de la mort de Henri III, le nouveau roi, Edward I", avait quitté la Terre sainte pour revenir en Occident ^. Son retour allait poser de très graves questions. En quels termes rendrait-il hommage au roi de France? N'élèverait-il pas des prétentions sur les anciens domaines des Plantagenets, sur l'héritage de la comtesse Jeanne? Des troubles s'élevaient en Béarn et en Limousin, où les intérêts du roi de France étaient plus ou moins eng-agés; l'arrivée du roi d'Angleterre pouvait les rendre redoutables.
Au mois de janvier 1273, Edward était débarqué en Italie; il fut salué d'abord par Charles d'Anjou et par des messagers du pape * qui l'escortèrent jusqu'à Viterbe. Il eut des entrevues familières avec Grégoire X, qu'il avait connu à Saint- Jean-d'Acre avant son élévation; il lui apprit les nécessités de la Terre sainte et il le pria de châtier sévèrement le meurtre de son cousin Henri l'Allemand. On ne sait point s'ils agitèrent ensemble le problème des candidatures à l'Empire. Toujours est-il que le roi traversa en g-rande pompe la Lombardie ^; sur son passage, on criait : « Vive l'empereur Edward <= ! » Les Milanais lui offrirent des chevaux tout harnachés d'écarlate, comme ils en avaient offert jadis à Philippe III. Le 25 juin, le comte de Savoie lui rendit hommage.
1. Jordanus d'Osnabrûck, « De prcrogativa romani Imperii », publié par Waitz, Abh. (1er K. Gesellschaft der Wiss., GoUinsuc, Bd. XIV, p. 43 ssq.
2. Ihid., p. 49. « Germani, ad qiios mundi regimen est transiatum. »
3. Sur la croisade d'Edward en Terre sainte cl sur son retour, voy. Arch. de l'Orient latin, 1, 620.