‹ Le règne des champignonsChapitre 14 sur 30 · M. LE PRÉFET DE SEINE-ET-MEUSB · texte numérisé non relu

M. LE PRÉFET DE SEINE-ET-MEUSB

le bon temps ; il essaye d'éluder et de changer la conversation, mais on tient bon ; on lui dit : — On s'amusait dans ce temps-là, ma vieille I Qui eût cru te jamais voir où tu es, toi qui as fait ceci et cela ? Ahl j'en sais de bien bonnes sur ton compte et sur ta petite vie I Amanda m'en racontait encore une très drôle hier soir. Mais dis donc, les amis sont les amis; tu as besoin d'hommes dévoués ; trouve-moi donc et donne-moi un morceau de préfecture. — C'est que... il n'y a rien de vacant, vous dit votre ami.* — Allons donc!... tu blagues ; et l'épuration ? On n'épure donc plus ; si on n'épure plus, il faut le dire... Ah ! comme Amanda raconte bien ton histoire avec elle I Elle voulait l'envoyer au Triboulet ou au Monde Parisien,.. Ei\Q lendemain, l'ami a épuré, on a mis dehors un réac, un tiède, un modéré, et vous êtes sous- préfet de Marne-et-Garonne pour commencer, et bientôt préfet de Seine-et- Meuse.

» Tu te rappelais tout à l'heure Hippocrate, — » moi je me rappelle Suétone : « Tibère, dit-il, fit » un jour un festin prolongé avec Pomponius Flac- » eus et L. Pisori ; à la fin de cette débauche, il » les aimait tant, qu'il donna au premier le gouver- » nement de la Syrie, et au second la préfecture de » Rome. »

» Rien n'était plus facile, mais je te l'ai déjà dit.

j'ai assez des préfectures, on y a trop de maîtres ; je ne parle pas des ministres, mais il y a les journaux, les députés et les orateurs de café ; et puis» dans ces petites villes il y a des bourgeois, espèces d*aristos qui reçoivent mal le préfet, ou même ne le reçoivent pas du tout, et ne veulent pas venir chez lui, sous prétexte qu'il n'a pas de bonnes manières ou qu'ils ont reçu sur son compte des lettres de Paris ; mais tu es un ami, je puis tout te dire : je ré- • vais... une ambassade, et elle m'a été promise ce matin.

» — Ah I et pour quel pays ?

» — Je n'en sais rien, mais ça m'est égal.

» — Mais je suis effrayé pour toi. Je lisais par hasard l'autre jour des mémoires d'un très distingué homme d'État allemand, publiés en 1762, le baron de Bielfeld^ et je me rappelle tout ce que, selon lui, doit savoir un ambassadeur ou un ministre à l'étranger. Il doit, dit-il, se procurer des lumières sur les mœurs du pays et les usages de la cour où il va, sur le caractère, les antécédents, la valeur des gens en place. Il doit savoir imperturbablement la généalogie du prince vers lequel il est envoyé, ses alliances de famille, ses alliances politiques plus ou moins avouées, la situation géographique de ses États, leur commerce, les droits et les prétentions du prince, ses vues et ses idées politiques. Il faut qu'il demande aux archives communication des dépêches

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