PREMIÈRE RÉPUBLIQUE
Ce qui se passe devant nos yeux est loin d^être nouveau. Aristophane met en scène:
Le pevple, Cléon est un chaircuitier.
« peuple, mon bon petit peuple ! dit le chaircuitier^ oT.fioxiSiov, je veux être haché sur une table et mis en saucisses, si je ne t*aime pas plus que moimême. »
« Et moi, dit Cléon, écoute bien ceci : mouchetoi avec tes doigts, et essuie-les à mes cheveux. »
« Sous prétexte de bien public, dit Salluste, chacun combattait uniquement pour sa fortune particulière. »
c Jamais personne, dit Tacite, n*a voulu dominer qui ne se soit servi du prétexte de la liberté. »
Et chez nous, pour ne remonter qu*à Louis XI, lors de la fameuse ligue dite « du bien public », Gommines nous raconte que les chefs armés, soi-disant pour les intérêts du peuple, ne demandaient qu*à
se vendre au roi ; « le duc de Berry demandait la Normandie ; le comte de Gharolais exigeait, pour sa soumission, les villes assises sur la rivière de Somme, etc., et ainsi des autres. »
La « grande Ligue » ou la « sainte Union » avait mis sur son drapeau la religion et radoucissement du sort du peuple. Les chefs allaient même jusqu'à parler de république, et plusieurs historiens, même modernes, ont cru à ce « boniment » de charlatan, ont cru voir poindre en réalité Fidée républicaine.
En apparence, en effet, le pouvoir était aux mains de la municipalité, quelque chose comme une commune; mais les « seize », chefs des seize quartiers, n'étaient que des hommes de paille, et il était sérieusement question, par un marché fait par le duc de Mayenne et ses complices, grâce au (iCatholicon d'Espagne », de nommer reine de France la fille de Philippe II, à laquelle on eût fait épouser un prince autrichien, et du Vatr s'écriait en plein Parlement: « Seize coquinsont fait vente au roi d'Espagne de la couronne de France. »
Sautons un moment jusqu'à la Fronde ; voyez ces luttes à la fois atroces et ridicules. On dit au peuple que les princes sont la cause de ses souffrances ; on met les princes en prison, et le peuple fait des feux de joie dans Paris. Au bout de quelque temps il s'aperçoit que ça ne va pas mieux. On lui dit alors que c'est à cause de l'emprisonnement des
princes ; on met les princes en liberté, et le peuple fait de nouveaux feux de joie, probablement avec le restant des fagots des premiers.
Le fameux conseiller Broussel est mis à la Bas. tille, c'est un héros, une victime de son amour pour le peuple ; le peuple fait des barricades ; mais Broussel, de (( frondeur » devient « Mazarin » , quand on lui promet pour son fils le gouvernement de cette même Bastille, et surtout quand on le lui donne à lui-même.
Revenons à la fin de la Ligue, c'est-à-dire à Henri IV.
Il n*est pas hors de propos de rappeler aux Français qu'ils ont eu, il y a à peu près trois cents ans, un roi appelé Henri IV... Ne vous récriez pas ; ne me dites pas : Quelle plaisanterie ! Henri IV ! nous ne connaissons que ça...
Ce diable à quatre A le triple talent De boire et de battre Et d'être vert-galant
Oui, vous le connaissez par une légende très incomplète, très au-dessous de la vérité, et par une chanson qui, en quatre vers, renferme au moins une grosse inexactitude.
De cette chanson cependant, si vous voulez bien me prêter un peu d'attention, nous allons faire trois
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points et trois divisions du présent discours, — les «trois talents », ou mieux les trois vertus du Béarnais, et vous verrez combien la légende, contrairement à Tusage des légendes, est restée au-dessous de la vérité et vous laisse ignorer Henri lY.
IL y a des modes et des modes tyranniques pour rhistoire, pour les jupes et les rubans des femmes; pour les mœurs comme pour la coiffure : — c*est en obéissant à une mode de dénigrement universel, qui n'empêche pas Tengouement noil moins universel pour d'autres fétiches, que l'énorme Dictionnaire Larousse a pris à tAche d'éplucher Henri lY, dont la légende, tout incomplète qu'elle est, est gênante cependant pour les ennemis du principe de la royauté.
Ce Dictionnaire, œuvre dont la conception est colossale, avait le tort d'être d'une exécution impossible; il est plein de partialité, de paHis pris et de contradictions, et on croirait difficilement combien un si gros livre, très estimable dans beaucoup de ses parties, a été, dans quelques autres, bâclé avec légèreté.
Revenons à notre chanson.
Des « trois talents » du Béarnais, je commencerai par en supprimer un — « boire. »
(( Henri était sobre, sa p^emière éducation de paysan, sa vie passée dans les càtllps avec des fortunes diverses et prëàquetbùjdlirs àveduiië gràiidë pi^
nurie d'argent, ne Tavait pas accoutumé aux plaisirs de la table.
Roi de France, il écrivait à Sully, à l'Arsenal:
« Mon ami, je monte à cheval après-dlner pour aller coucher à Luzarches, et me rendre demain de bonne heure à Paris, où je fais état d'aller dîner chez vous; tâchez d'avoir du poisson.