HENRY
Il écrivait au môme Sully :
<( Mes chemises sont toutes déchirées, mes pourpoints troués ; depuis deux jours, je dîne chez les uns et chez les autres, mes pourvoyeurs disaient n'avoir plus moyen de rien fournir pour ma table. »
« Son entretien personnel, dit Sully dans jses (( OEconomies royales », était le seul qu'il négligeât; il fallait, pour l'obliger à y penser, que son maitred'hôtel, Montglat, l'avertit que sa marmite était sur le point de donner du nez en terre, »
Une table, où le môme Sully était servi avec une frugalité qui eût pu déplaire aux seigneurs et « marjolets » de la cour, surtout ces sensuels qui se font une occupation très sérieuse de raffiner tout ce qui se mange et se boit, » etc., il y a loin de cela aux m^u5 que publient chaque jour les journaux des festins de nos Excellences actuelles.
Nous renonçons donc pour notre héros à un des « trois talents » que lui prête la chanson. Passons à à un autre.
« Être vert-galant », aimer: il n'y a pas moyen de le nier, même pour un panégyriste : Henri lY aimait les femmes; «la charmante Gabrielle », la belle d'Entragues, occupent une place dans son histoire. Mais écoutons Sully, qui eut, à ce sujet, bien des fois maille à partir avec son maître : « S*il eût été, la première fois, marié à sa fantaisie, à une femme qu*il eût aimée et qui Teût aimé ; si sa seconde femme ne se fût pas entourée de personnes qui lui étaient désagréables, et Teût recherché, caressé, etc., il a juré une fois à ses amis et confidents serviteurs qu*il s*en fût contenté; mais jamais iln*a fait violence ni indignité à mari ni à femme et ne s'est jamais déclaré avoir de l'amour pour une femme mariée. Le feu Roy, pour quelques amourettes qu'il ait pu avoir, n'a jamais, à cause d'elles, ni pour leur complaire, usé d'aucune cruauté, violence, offense, rapt, ^ extorsion, enlèvement, vexations sur les peuples, donné confiscation, ni destitué quelqu'un de ses honneurs, charges et dignités; voire qu'aucune de celle qu'il a aimées n'a jamais osé parler d'aucune de ces choses. »
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Mais, pour être juste, sous ce titre « aimer », il faut faire entrer le plus vrai, le plus constant, le plus désintéressé, le plus chaud de ses amours : c'est Tamour de la France, lamour du peuple, et « surtout des paysans et ouvriers de la terre, de l'agriculture et des pâturages, ces deux mamelles intarissables de la France. »
A propos des ouvriers, il écrit à Sully:
« Mon ami, faites donner au maire de Fontainebleau six mille livres que j*ai promises ; tout retard préjudicierait aux ouvriers, c'est pourquoi je vous prie de les faire délivrer au plus tôt.
Autre lettre : « Mon ami, pour les victimes des débordements de la Loire, Dieu m'a baillé mes sujets pour les conserver comme mes enfants ; secourez-les de tout ce que je peux faire.