‹ Le règne des champignonsChapitre 21 sur 30 · LOUIS · texte numérisé non relu

LOUIS

Je ne rappellerai point ici les menaces, les outrages de toutes sortes dont on l'accablait pour le pousser à bout, je rappellerai seulement sa résolution de ne point se défendre par la force.

Il écrivait, le 7 septembre 1789, au comte d'Artois, qui l'engageait à repousser les agressions :

« Mon frère, vous n'êtes pas roi ! le Ciel, en me plaçant sur le trône, m'a donné les sentiments d'un père, du père d'une grande famille confiée à mes soins. L'ingratitude, la haine s'arment contre moi ; mais le peuple croit s'intéresser à sa propre cause, et c'est moi seul que je défendrais. Je pourrais donner le signal du combat, mais quel combat horrible, et quelle victoire plus horrible encore! »

Il écrivait à M. de Bouille, le 3 juillet 1791, après

sa tentative de fuite et son arrestation à Yarennes.

« Oui, je sais que le succès dépendait de moi, mais il faudrait une âme atroce pour verser le sang de ses sujets, pour amener la guerre civile en France. »

Il écrivait, le !•' juillet 1792, au comte de Provence :

« Vous êtes déjà instruit, mon cher frère, des outrages que j*ai endurés dans la journée du 20 juin ; outrages d'autant plus sensibles que la portion du peuple qui a violé ma demeure était guidée par des hommes que j'avais autrefois comblés de mes bienfaits. — ... On m'a proposé divers plans pour ma défense, mais cela ne pourrait se faire sans effusion de sang, — j'aime mille fois mieux être la victime des méchants que de souiller ma vie par la mort d'un seul Français... »

Encore deux citations pour montrer les idées du malheureux prince.

A un M. de N..., il écrit le 23 décembre 1791 :

« Ce qu*ii me faudrait, ce seraient des hommes prudents, assez généreux pour se sacrifier au besoin, attachés par devoir et par honneur au nouvel ordre de choses et m'aimant assez pour daigner s'inté-

resser encore à moi. Je n^opposerai à mes ennemis que de vrais amis de la Constitution. »

Et le M mai 1792, au ministre Roland :

« Je sais que je peux succomber, que les méchants sont capables de tout, que le peuple égaré croit à leur patriotisme. Mais, Monsieur, j'ose prédire que le triomphe de ces gens-là ne sera pas de longue durée ; quand j'aurai succombé, ils voudront partager nos dépouilles. Ce partage amènera de funestes divisions... )>

Lisons donc ensemble les recommandations que Louis XVI faisait au précepteur de son fils:

Paris, le 11 mars 1791.

« Vous avez à former le cœur, Fesprit et le corps d'un enfant...

»... Que les principes sérieux des connaissances soient gravés dans la mémoire de mon fils ; je méprise les hommes superficiels, ce sont des ignorants présomptueux, plus sujets à Terreur que les autres

hommes.

h Que Tadulation n'excuse jamais les caprices de votre élève, il n'apprendra que trop tôt qu'il serA libre un jour de les satisfaire.

» Ëxaltef à ses yeux les vertus t^tii fbnt les bons

lie LE RÈ6NB DES CHAMPIGNONS

rois, mais que vos leçons soient proportionnées à son intelligence, il ne sera peut-être que trop tenté, un jour, d'imiter ceux de ses ancêtres qui ne furent recommandables que par des exploits guerriers. La gloire militaire tourne la tête, et quelle gloire que celle qui répand des flots de sang humain et ravage Tunivers !

» Apprenez-lui, avec Fénelon, que les princes pacifiques sont les seuls dont les peuples conservent un religieux souvenir, le premier devoir d'un prince est de rendre son peuple heureux : s'il sait être roi, il saura toujours bien défendre le peuple et sa couronne...

» Apprenez-lui de bonne heure à savoir pardonner l'injure, à oublier l'injustice, à récompenser les actions louables, à respecter les mœurs, à être bon, à reconnaître les services.

» Parlez-lui souvent delà gloire de ses aïeux... de Louis XII, qui ne veut pas punir les injures faites au duc d'Orléans ; du grand Henry, le père du peuple ; de Louis XIV, non lorsqu'il donne des lois à l'Europe, mais lorsqu'il est le protecteur des talents, des sciences et des beaux-arts.

D Mettez un frein à ses passions, et ne déguisez jamaisles faiblesses de votre élève ; que le calme des vertus privées maîtrise les sens : il sera doux, pacifique, digne d'être aimé.

» Ce n'est pas des exploits d'Alexandre ni de Char-

les XII qu'il faut Tentretenir, si ce n'est pour qu'il sache que ces princes sont des météores qui ont dévasté la terre. Parlez-lui des princes qui ont protégé l'agriculture, le commerce, les arts, enfin des rois tels qu'il les faut aux peuples, et non tels que l'histoire se plaît trop souvent à les louer.

» En attendant, que votre élève apprenne l'art de régner, faites-lui voir clairement tout ce qui peut lui rappeler qu'il n'est au-dessus des autreshommes que pour les rendre heureux.

« Souvenez-vous de lui enseigner que c'est lorsqu'on peut tout, qu'il faut être très sobre de son autorité, les lois sont les colonnes du trône ; si un roi les viole, le peuple est délié de ses engagements. Les guerres civiles nous ont appris que c'est presque toujours ceux qui gouvernent qui, par leurs fautes, ont fait répandre le sang humain. Le roi juste est le bon roi. »

N'est-il pas évident que si, au lieu de guillotiner le père, et de faire périr l'enfant dans la misère et sous les mauvais traitements, on se fût contenté au moins, provisoirement, des progrès obtenus: qu'on les eût affermis, assurés; qu'on eût pensé, que Louis XVI avait, en allant jusque-là, accompli sa tâche et une grande tâche ; qu'on lui eût laissé finir son règne et sa vie da^s le respect et l'amour du peuple, en at tendant qu'un jeune prince, élevé dans de pareils

principes, trouvant la liberté réinstallée, calmée, ë)l bbhne santé, un peuple habitué & cette liberté qui A pour limite de la liberté de chacun la liberté deé autres, maintenant, continuant, perfectionnant Tœuyre de nos pères, nous serions plus près des saines idées répubhcaines que nous ne le sommes aujourd'hui.

Nous aurions évité, on ne saurait trop le répéter, la Terreur, le Directoire, deux empires, deux restaurations, trois invasions, quatre révolutions, la Commune, des guerres désastreuses, des agitations perpétuelles, des changements onéreux, car c'est surtout à la politique qu'on peut appliquer ce vieil adage du petit bourgeois parisien: Trois déménagements valent un incendie.

N'eût-il pas été plus heureux pour la France, pour la liberté, pour la prospérité, pour le triomphe de celles des idées républicaines que peuvent accepter les bons ou honnêtes esprits de voir Louis XVI mort dans son lit, remplacé par Louis XYII élevé d'après ces principes, plutôt que de lui voir pour successeurs Robespierre, Marat, Lebon, GoUot-d'Herbois, Hébert, qui nous ont conduits au despotisme de Bonaparte, etc. ? »

Ce sont donc, pour la seconde fois, les prétendus républicains, les soi-disant amis du peuple, qui ont alors étranglé la République.

11 nous reste à démontrer clairement qu'ils ont en-

core, depuis, joué deux fois le même rôle, d'où il sera non-seulement facile, mais inévitable, de tirer la conséquence logique, rigoureuse, qu'ils s'occupent infatigablement aujourd'hui d'étrangler la République pour la cinquième fois, et qu'il est plus que probable qu'ils y réussiront.

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