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c'est une cible, c'est une poupée de tir, c'est un « carton ». Quand la poupée casse, quand le carton est percé comme une écumoire, et qu'on ne voit plus bien les coups, il faut tout de suite une poupée de plâtre neuve et un nouveau « carton ». Tout est bon pour servir de poupée et de carton. Le Français fait comme ces sauvages dont parlent les navigateurs, qui déclarent fétiche et dieu pour vingtquatre heures le premier individu ou objet qu'ils aperçoivent le matin en sortant de leur cabane : une pierre, une plante, un lézard, et, le soir, ils le rejettent avec dédain ; le dieu a « fait sa journée », passons à un autre.
Hier, on a trouvé M. Gambetta : il a été immédiatement déclaré fétiche et dieu ; mais aussi cible, poupée et « carton ». Voyez avec quelle ardeur on a tiré dessus, avec plus de précipitation et de furie que de sang- froid, de justesse et de précision, mais on ne s'arrêtera pas.
Puisque nous parlons de M. Gambetta, donnonslui un bon avis, ce n'est jamais dangereux, on ne suit que les mauvais ; M. Gambetta s'est trop accoutumé à ne parler qu'à un public conquis d'avance, ne venant à la taverne ou sous le balcon, que parce qu'il est de son avis et décidé à l'applaudir, quoi qu'il dise : il s'est laissé aller à de grandes négligences, et à traiter ses auditeurs un peu trop sans façon.
Je lui rappellerai l'histoire de je ne sais plus quel
roi qui, visitant un peintre célèbre, crut devoir se servir dans la conversation de termes techniques appliqués à la peinture ; le peintre le prit à l'écart et lui dit : « Ne parlez pas ainsi ; les enfants qui broient mes couleurs se moquent de Votre Majesté. »
Un homme d*État étranger du xviii® siècle disait : Comment se fait-il que, en France, où l'esprit court les rues, on nomme toujours aux grands emplois des hommes qui souvent ont du talent, des études, des qualités variés, mais jamais ou presque jamais des hommes d'esprit.
M. Gambetta aurait dû penser qu'en essayant d'émailler ses discours de termes de marine mal compris, qu'il a pu entendre autrefois en canotant à Asnières, il ne pouvait manquer de faire quelque confusion, quelques pataquès ; il aurait dû penser qu'il parlait, cette fois, devant des auditeurs sérieux, sachant quelque chose, et non devant un auditoire « d'hommes politiques ». — la politique et le gouvernement étant les deux seuls métiers qu'on croie ne pas avoir besoin d'apprendre. — On se rappelle ce qui arriva à un Anglais qui écrivait à Voltaire, et qui, confondant deux mots en apparence synonyme, lui dit : « Vous avez toujours eu pour moi des... boyaux de père » — au lieu d'entrailles. M. Gambetta ne pouvait manquer de faire rire les mousses, et ils rient encore.
Nous rappellerons que Louis XVI aussi fit un
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voyage à Cherbourg et qu'il put parler correctement aux marins, parce qu'il était très savant.
Il est dangereux de parler de ce qu'on ne sait pas, quand on n'a pas affaire à des clubs, à des réunions, à des auditeurs politiques. Un président d'un tribunal de Paris et le ministère public de ce même tribunal sont tombés, il y a quelques jours, dans cette faute. Il s'agissait d'un duel ; tous deux ont reproché avec amertume à celui des combattants qui avait blessé l'autre de s'être servi « d'épées à lames triangulaires qui sont bien plus dangereuses ». J'ai vu passablement d'épées dites de combat, il y en a même encore chez moi une paire que me fît faire, il y a bien longtemps, mon vieux maître Grisier. Je n'en connais pas dont la lame ne soit triangulaire, — s'il en est d'autres, — à lames plates, — comme les « lattes » des cuirassiers. Si je ne craignais de parler à mon tour de ce que je ne sais pas, je dirais que la blessure étroite qu'elles peuvent faire présenterait peut-être plus de danger, en ne donnant pas d'issue uu sang. Une autre lame, qui n'est pas triangulaire, mais quadrangulaire, est la lame du fleuret démoucheté qu'on emploie quelquefois. Eh bien, elle passe pour plus dangereuse que la lame triangulaire de l'épée de combat, à cause de la finesse de sa
pointe aiguisée, et précisément du peu de largeur de la blessure.
Nous avons parlé, Tautre jour, de la désorganisation de l'armée par « l'apostolat » de l'indiscipline que pratiquaient les anciens, les modèles, les dieux de nos soi-disant républicains d'aujourd'hui. Nous parlerons, cette fois, de la religion et de l'Église, d'autant plus à propos que M. le Président de la République vient de dire, dans une occasion solennelle, que « la religion et l'Église ne sont nullement mena* cées ».
Ce qui se passait sous le règne des « modèles » de nos prétendus républicains d'aujourd'hui — doit se renouveler avec des <c guides » qui avouent et, qui pis est, prouvent qu'étant les chefs, ils doivent suivre. On a du reste commencé l'imitation par l'archevêque de Paris et M. de Guerry et les dominicains d'Arcueil: pourquoi s'arréteraiton?
D'abord, on va s'occuper de trouver un évoque Gobel — l'évéque Gobel est celui qui, le 17 brumaire an 11 (7 nov. 1793), à la tête de son clergé, tous coiffés du bonnet rouge, vint à la Convention se f déprêtriser », comme on disait alors, et déposa sa croix et son anneau, en proclamant la fraternité, l'égalité et la raison comme seul culte national.
Le 20 brumaire (10 novembre 1793), eut lieu la
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première fête de la Raison à Notre-Dame. On mit surTautel mademoiselle Aubry, actrice deTOpéra, avec des vêtements à la fois tricolores et insuffisants.
A Saint-Sulpice, dit Michelet, la « Raison » fut représentée par la femme d'un magistrat de Paris.
Gobel s'occupa ensuite de marier des curés.
L'exemple en avait été donné, dès 1790, par le curé Rémy Vinchon. Cet exemple fut suivi par des milliers de prêtres. M. Loyson, qui a prévenu le mouvement comme Vinchon, aurait des chances pour le « Gobelat ». Cependant Mgr de Bayeux^ par un discours à M. Grévy, s'est mis pour le moment très bien en cour. — Je ne puis cependant dissimuler aux candidats que l'évêque Gobel fut plus que guillotiné par ses amis.
Une idée que l'on pense à copier déjà aujourd'hui, c'est un « culte national ». Nous avons eu en ces temps regrettés un essai remarquable, mais ce fut seulement sous le directoire : les Théophilanthropes s'assemblèrent à Saint-Sulpice pour célébrer leur culte, dont La Réveillère-Lepeaux était le grand prêtre. Ils étaient vêtus d'une grande robe blanche avec des ceintures tricolores. On prêchait contre les prêtres à robes noires, dont plusieurs avaient pris part cependant à cette mascarade. Les Théophilanthropes avaient demandé à être salariés par les républicains ; le « salariat » étant repoussé, la nouvelle religion tomba en dissolution. Barras, du reste.
avait dit à son collègue La Réveillère-Lepeaux :
— Si vous voulez faire prendre votre religion, il faut vous faire pendre comme Jésus-Christ.
Une jolie idée fut aussi la fonte des cloches et de tous les ornements d'or et d*argent dont on dépouilla les églises.
Mais attendez, Paris n*a pas été fait et ne peut être défait en un jour.
Nos gouvernants actuels et imminents ont tant d'épurations à faire, qu'il est d'un bon citoyen de les aider. Voici tout fait le formulaire que le représentant Albiste faisait signer aux prêtres du département de l'Oise.
«Je..., âgé de..., commune de..., faisant le métier de prêtre depuis l'an..,, convaincu des erreurs par moi trop longtemps professées, déclare y renoncer à jamais, abdiquer et reconnaître comme fausseté, illusoire et imposture, toutes fonctions de prêtres..., etc.
« Signé:... »
Monestier (de la Lozère), représentant du peuple dans les départements de Lot-et Garonne et des Landes, fît afficher ce placard :
1** Les directoires de districts nous adresseront l'état des communes qui ont renoncé à leur culte public, et qui ont élevé dans leurs églises des temples à la Raison ;