COMITÉ RÉVOLUTIONNAIRE DE ROANNE
Liste des arrestations.
Vougy. — N'a pas paru attaché à la Révolution.
Milly. — Ci-devant noble ; n*a pas manifesté son attachement à la Révolution, et a tenu des propos indiscrets.
Fille Contenson, — Nièce d'émigré, ci-devant noble.
Fille Contenson (la jeune). — Ci-devant noble, nièce et sœur d'émigré.
Basset. — Noble, n'a jamais rien fait pour la Révolution.
Veuve Chavouse. — Nièce d'un fils réputé aide de camp de Perrin-Précy.
Beligny. — Opinions trop modérées.
Femme Sirvinges et Sirvinges. — N'ont jamais rien fait pour la Révolution.
Barthelot, égoïste. — Dénoncé par le commissaire Lopulus. Sans autre explication.
Daneyrac (fils aîné). Égoïste.
Daneyrac (fils cadet). Ne s'est montré d'aucune manière pour la Révolution.
Gonthie d' Auvr illard. — Très modéré.
Grosbois fils. — Froid pour la Révolution.
Mathé Bulichard. — Froid.
Champagny Monpère. — Dénoncé par Lopulus.
Lebeaume aîné, frère d'un ingénieur fusillé. —
Coupable en outre de propos contre la société populaire de Roanne.
Desbrosses, père. — Dénoncé par Lopulus.
Debourg aîné. — Idem.
Moulin. — A tergiversé.
Brus, notaire, — Réflexions inconséquentes.
Geoffroy père, — Assiste rarement aux assemblées.
Abbé Chavognat. — A donné asile à un parent frappé par la loi.
DuvaL — Soupçonné d'avoir été destitué sur un rapport de Lopulus.
Abbé Benard. — N'a pas paru attaché à la Révolution.
Girard père et femme Girard, — Arrêtés par Lopulus qui n'a pas donné de motifs.
Godinot de Saint-Haron. — Idem.
Suivent quatre autres pour la même raison.
Janin. — A dit, à propos d'affaires militaires, que les inférieurs devaient obéir à leurs chefs.
Imbert, curé. — N'a pas prêché en fjtveur de la Révolution.
Chariot. — A dit à des volontaires qui demandaient l'étape qu'il leur donnerait plutôt la tape.
Un Vicaire. — N'a pas célébré la fête du 10 août.
Bessenoir. — Mauvais sujet.
DuDemoy^ Voyet Bretevilk, Michaud, — Arrêtés par Lopulus.
Dupuy. — Arrêté par Lacourt.
LES DOtallftCALES D'ANTtCTRB 231
Je me bornerai là. Gommeùt un grand peuple souffre t-il qu'une, deux ou trois poignées de fous et de scélérats, suivis par quelques milliers de dupes et d*imbécil6s, professent ouvertement, publiquement, le culte des immondes brigands dont lious venons de lire quelques lettres ; les prennent hautement pour modèles, et avouent, proclament leur intention, leur espoir de nous ramener à cette époque néfaste de notre histoire ?
Gomment tolère-t-on davantage ceux qui, après les avoir enivrés et déchaînés, commencent à en avoir peur, et, après avoir exploité leur furie sauvage, cherchent à exploiter aujourd'hui la terreur qu'ils inspirent, en offrant, faux dompteurs, de les combattre et de les mettre en cage, tout en comptant s'en servir encore ?
Je ne me lasserai pas d'exposer aux yeux les routes qu'ont suivies ceux que nos soi-disant républicains d'aujourd'hui prennent pour modèles et avouent vouloir les imiter et les suivre.
Une société d'honnêtes gens de bon sens devrait se former pour exproprier à tout prix, pour utilité publique, les auteurs et les éditeurs des Commune^x de Parùf le courageux ouvrage si spirituellement, si cruellement illustré par ce brave et sensé Bertall, le beau livre des Convulsions de Paris de Maxime
Du Camp et quelques autres ouvrages authentiques sur la Terreur de 92-93 ;
Les publier à un sou la livraison sous toutes les formes, avec tous les moyens de publicité et de propagation imaginables.
Peut-être arriverait-on à faire voir clair à la France, qui alors chasserait les intransigeants et les opportunistes avec des malédictions et des huées.
MES ALMANAGHS
Voici bientôt la fin de cette année 1880. On appelle cela avoir une année de plus, tandis que c'est, au contraire, une année de moins, c'est-à-dire une année encore dépensée du nombre inconnu qui nous a été accordé ou infligé.
C'est le moment où tombe la pluie annuelle des almanachs. Chacun fait annoncer les siens et dit en quoi ils sont recommandables et supérieurs aux autres almanachs.
Celui-ci raconte le passé, celui-là prédit l'avenir, un troisième donne des recettes et des secrets pour tous les maux, un autre publie des éphémérides et un autre des anecdotes grivoises ; un autre s'écrie : Remarquez que je vous ai prédit de la pluie, du vent, du soleil, des révolutions, des morts et des naissances d'hommes illustres et qu'il y a eu de
» Chacun de ces mots n'est qu'une flèche, qu'une pierre, qu'une balle que chaque personnage tire sur ses « ennemis politiques », c'est-à-dire sur ceux qui occupent la place qu'il yeut avoir, ou qui veulent avoir la place qu'il occupe.
» D'abord, les petits moyens suffisaient ; on attribuait « au gouvernement actuel », c'est-à-dire au ministère, la pluie qui tombait ou qui ne tombait pas ; jamais on n'avait vu tant de chenilles que cette année : la récolte serait mauvaise, le pain très cher, etc.
» Cela suffit longtemps pour faire succéder M. Thiers à M. Guizot et M. Guizotà M. Thiers; M. Passy à M. Dufaure et M. Dafaure à M. Passy, etc.
» Puis, comme tout s'use, on ajouta, un jour que ça n'allait pas, une petite émeute, une émeute de rien : trois lanternes cassées, une pierre jetée à un commissaire.
» Cela réussit.
» A une seconde fois, il fallut six lanternes, trois pierres jetées à trois commissaires.
» Puis un changement de ministère ne se fit plus à moins de trois émeutes et de quelques morts, afin que M. Guizot remplaçât M. Thiers, ou M. Thiers M. Guizot, etc.
» Et nos hommes d'État, occupés du seul soin de « faire cuire leur œuf à la coque», continuent à mettre le feu à tout, bêtement traîtres envers le
pays et envers eux-mêmes ; car, à force de se disputer le pouvoir et de se faire aider, pour le tirer à eux par des mains peu choisies, à chaque fois qu'ils le ressaisissent et Tenlèvent à leurs adversaires, ils doivent voir qu'il est plus sali et plus déchiré, qu'il en reste des morceaux entre les mains de leurs alliés et dans la boue du champ de bataille, et qu'aujourd'hui, déjà, ce n'est plus qu'un déplorable lambeau. »
Octobre 1841.
V Un nommé Barbet, tonnelier, est amené devant le tribunal. Il est accusé d'avoir, dans la dernière émeute, porté le drapeau rouge.
» Ce drapeau, répond-il, était ma cravate qu'on m'avait prise à cause de sa couleur pour en faire un drapeau ; j'ai mieux aimé emporter le drapeau que de me séparer de ma cravate qu'on m'aurait volée.
» Qui sait où Barbet, le tonnelier, pouvait être conduit pour ne pas quitter sa cravate? Que l'émeute eût réussi, et M. Barbet pouvait devenir roi de France, sous le nom de Barbet P'.
» Vous froncez le sourcil, ami lecteur, eh bien, soyez sûr que totU ceci finira par une bouffonnerie de cette force- là. >>
Décembre 1848.
« ... M. Flocon, que l'on dit « fort au billard » et dont le jeu était, avec ses amis, de coller la bille
iÈ6 LE RÈeilB DES GHAMPiaNONS
du pouvoir, fut, après leur triomphe, obligé de prendre la queue du pouvoir désarmé et de continuer la partie « en son lieu et place ».
» G'estrà-dire que le parti républicain qui, pour arriver et renverser la dernière forme de la monar* chie, avait rendu impossible, non seulement le gouvernement constitutionnel, mais aussi n'importe quel gouvernement qui serait appelé à lui succéder, fut pris au mot, et ne fut pas aussi effrayé qu'il aurait dû l'être»
» Il se trouva condamné à régner dans les conditions qu'il avait voulu imposer au gouvernement de Juillet pour le renverser plus vite ; c'est-à-dire qu'il dut pendre dans ses mains des rênes dont il avait coupé tous les fils dans les mains de ses prédécesseurs en appliquant des théories qui n'avaient été inventées que pour rendre tout gouvernement impossible, c'est-à-dire, le suffrage untvenel direct, Y intelligence des baùmnettesy Yindépendance des fonctionnai^ res, la dimintUion des impôts avec les plus coûteuses améliorations , le droit au travail, la liberté illimitée de la presse, la liberté de réunion^ les clubs et une douzaine d'autres billevesées, etc. »
Ge qui m'a amené à ouvrir ainsi mes vieilles Guipes, c'est le plaisir et l'orgueil de me trouver
ItBS AtMANAGfiS iS9
d'accord avec M. le préfet, de police Andrieux, qui a commencé à comprendre qu'il faudrait approprier la capitale, et qui a, un peu timidement peut-être, commencé par en défendre le séjour aux lapins.
C'est un grand pas de fait ; mais M. Andrieux semble croire que c'est assez, et ici, je cesse d'être de son avis ; je citerai encore, toujours au bénéfice de la vente de nos almanachs, ce que j'écrivais sur ce sujet, en juillet 1848, en l'adressant aux Ledru- Rollin, aux Louis Blanc, aux Flocon, aux Gaussidière, c*est-à-dire aux Gambetta, aux Ferry, aux Andrieux de ce temps-là :
«...La France ne veut plus permettre que les émeutes de Paris décident de la politique, du gouvernement et de tous les intérêts du pays; la France est décidée à secouer le joug du « faubourg An- » toine » ; il ne faut pas songer à déplacer le siège du gouvernement. Paris est et doit rester la capitale de la France, le séjour du luxe et des arts et le siège du gouvernement ; mais Paris est le salon, il faut le balayer et le tenir propre. »
Paris est une ville aujourd'hui où on vient de tous les points, faire ce qu'on n'oserait ou ne pourrait faire ailleurs. On en a fait une sentine, un égout, un « grand collecteur» des ordures du monde entier.
C'est un ridicule et dangereux contre-sens.
Pour procéder au nettoyage, il ne doit y avoir à Paris ni aucun galérien, ni aucun autre condamné libéré, ni personne n'ayant notoirement ni un métier ou des moyens avoués d'existence ; Fadmission et le séjour de tout citoyen à Paris doivent être soumis à un examen.
« Bien plus, et dans un autre ordfe d'idées, tous les ateliers dont rindustrie n'est pas nécessaire à la ville, ou à l'industrie desquels la ville n'est pas néces^ saire, doivent en élre éloignés.
» 11 faut que Paris donne des garanties à la France, il faut que le gouvernement ne puisse plus être enlevé par un coup de main, il ne faut plus que trente millions de Français attendent chaque jour la poste avec anxiété pour savoir ce que les gamins et « voyous » de Paris ont décidé sur leur sort, et quel gouvernement ils ont institué sur Tair des lampions. »
Et, plus tard, à propos des ateliers, je disais en poursuivant ma pensée du nettoyage nécessaire de Paris, et empruntant des renseignements précis et pratiques à mon cher frère Eugène Karr, ingénieur distingué, constructeur et directeur de forges pendant trente ans :
a Les plus importants de ces ateliers sont les ate-
liers de construction de machines, d'outils, de wagons ; les fonderies, les forges, etc.
» Les matières premières qu'emploient ces industries sont la houille, le coke, les fontes brutes, les cuivres, les aciers, les tôles, les fers-blancs, les bois débités, etc.
» Or la houille et le coke viennent, pour la presque totalité, d'Angleterre et de Belgique. Les fontes viennent d'Angleterre, d'Ecosse et de Belgique, Quant aux fers, ceux qui ne viennent pas de la Suède sont tirés pour la majeure partie des forges du Berry, de Montataire, de la Basse-Indre près Nantes; les aciers sortent des fabriques de la Loire, de V Isère, de YAriège et de la Savoie ; les cuivres, de la Russie, de Y Espagne, de l'Angleterre. Les tôles et les fersblancs en grande partie de TAngleterre et de quelques fabriques françaises, presque toutes très éloignées de Paris. Les bois viennent de la Suède, de Y Amérique ; très peu des forêts françaises.
» Donc ces matières, pour venir à Paris, traversent une partie de la France, et arrivent chargées de la dépense de leur transport.
» Est-ce donc pour Paris que travaillent tous ces ateliers ? Non, à part de rares exceptions ; les produits fabriqués retournent, pour leur presque tota* lité, en se répandant dans tous les départements, aux extrémités de la France d'où sont venues les matières premières qui ont servi à leur confection.
i42 LE RÈGNB DBS CHAMPIGNONS
Beaucoup de ces produits sont expédiés hors de France.
» Est-ce parce que les salaires des ouvriers sont à bas prix h Paris, que les fondeurs, les constructeurs, etc., s'y sont installés? Non, le prix de la journée de l'ouvrier y est nécessairement et notablement plus élevé qu'en province. Les terrains, même insuffisants, et les logements comme les vivres y sont beaucoup plus chers.
» Il y a donc un désavantage pour les industries installées à Paris, en face d'ateliers qui le seraient hors de Paris dans des villes rapprochées de la mer et des grands cours d'eau qui leur apporteraient à bien meilleur marché les matières premières, ai remporteraient leurs produits confectionnés, etc., etc. »
Plus tard, j'écrivis deux tableaux faisant « pendants t>, l'un de la vie difficile, anxieuse, effarée, besoigneuse, vertigineuse, de l'ouvrier à Paria; l'autre de la vie facile, abondante, paisible, heureuse, de l'ouvrier à la campagne. Et il en résultait clairement que, dans l'intérêt des industries, des ou^ vriers eux-mêmes des grandes villes et surtout de Paris, les grands ateliers, à l'exc^tion de ceux dont PinduMtrie est nécessaire à ces vilUsy et de ceux à ^'m*
MES ALMANAGHS 243
dustrie desquels ces miles sont nécessaires, devraient être éloignées de ces centres, comme établissements insalubres au physique et au moral.
M. Ândrieux a déjà renvoyé les lapins, c'est bien, c'est beaucoup, mais ce n'est pas assez.
Vous voyez que je ne me suis guère trompé, non que je sois plus habile qu'un autre, mais je vis retiré, je fais ma société habituelle d'un choix sévère entre les grands et immortels morts, j'ai le temps pour réfléchir, le sang-froid pour examiner, étudier et juger, parce que je ne mets rien au jeu qui se joue aujourd'hui ; donc, « prenez mes almanachs ».
Et je dis : vous qui vous êtes laissé séduire par les nuances douces, suaves et tendres, rose, cerise, groseille, giroflée, qui vous êtes approchés de la cuve au rouge et vous êtes penchés dessus, vous y tomberez et vous y serez à la fois noyés et échaudés.
Au moment de la défaite de la Commune, les hordes hétérogènes vaincues se sont éparpillées : les unes se sont sauvées en Belgique, en Angleterre, en Suisse ; les autres sur des sièges plus ou moins élevés du pouvoir, des dignités, des situations rétribuées, d'où ils fusillaient leurs complices malheureux ou les envoyaient à Nouméa ^
Ceux de Nouméa, ceux de Belgique, ceux de Suisse et ceux d'Augleterre sont restés assez rogues et triomphants ; on leur a payé à boire les premiers jours, mais on s*est peu préoccupé de leur donner ensuite à manger. Ils sont mécontents et ne le dissimulent pas.
Or répoque où nous vivons n'est qu'un plagiat, une triste et ridicule parodie de 1792 et 1793, jouée par des doublures, et ces doublures sont de « ces esprits si stériles qu'il n'y pousse même pas des bêtises ; certes on y en voit, mais elles sont transplantées d'ailleurs ».
Ceux qui jouent les Marat, comme MM. Blanqui et Pyat, se plaignent amèrement et haineusement de ceux qui jouent les Danton, les Desmoulins, etc., et avec raison.
Voici que les anciens amis de M. Pyat lui font un procès. Est-ce ainsi que, lorsqu'il était question de journal, Danton se conduisait avec Marat ?
Ouvrez le livre du républicain Prud'homme, le Miroir historique et politique, au tome VI, page 260 ; vous lisez qu'en 1792,
« Le citoyen Marat a demandé au citoyen Danton, ministre de la justice, trois presses pour imprimer son journal de Y Ami du peuple ; le ministre lui a donné un pouvoir pour faire enlever de l'imprimerie nationale tout ce dont il aurait besoin. »
A la bonne heure I voilà comment on se conduit
MES ALMANAGHS 245
entre amis et comment on reste dans son rôle et dans la tradition.
Mais M. Gambetta lui-même a-t-il lieu d'être tout complètement satisfait ? Certes il voit avec « facilité le peuple se laisser manier et retourner, comme dit Montaigne, aux sons de la parole, sans venir à peser et cognoistre la vérité des choses ». Mais at-on fait pour lui ce qu'un contemporain de la première Révolution, historien enthousiaste, raconte que Ton fit pour Vergniaud?
(( Vergniaud cesse de parler et descend de la tri* bune au milieu des applaudissements les plus furieux. Plusieurs centaines d'auditeurs se précipitent à la porte du club pour le voir sortir et le porter en triomphe ; mais il s'était échappé par une porte latérale.
» Alors que fait-on ? On se donne rendez-vous pour le soir à la Comédie-Française, pour offrir à l'orateur un témoignage au moins indirect de sympathie et d'admiration. La foule était compacte et cette partie du public fit une ovation, comme jamais actrice n'en a obtenu, à mademoiselle Candeille, maîtresse de Vergniaud. »
L'enthousiasme populaire aussi a bien dégénéré
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OU du moins use de réticences, de périphrases qui accusent Tanémie.
Nos maîtres accidentels souMent avec ardeur dans leur chalumeau et regardent avec joie la bulle de savon se gonfler d*air et grossir — ils admirent les brillantes couleurs qui s'étendent et nagent sur la surface. — Allons, soufflons encore, soufflons toujours... jusqu'à ce que la bulle crève et tombe à terre sous la forme d'une sale et fétide goutte d'eau de savon.
Prenez mes almanachs.
Saint-Rapbael.
P. S. — Sur la route de la Corniche, en descendant pendant une heure dans un désert aride, au centre de hauts rochers, avec quelque maigre végétation dans les fissures, est une vieille église célèbre appelée le Laghetto ; il y a là une dizaine de moines qui vivent assez pauvrement. Ce désert a longtemps appartenu à l'Italie, et Téglise attirait une fois par an une telle affluence de pèlerins, des deux côtés de la frontière, que l'Italie supprimait pendant plusieurs jours tout exercice de police et de douane et laissait sa ligne de frontière complètement ouverte.
Ces huit ou dix moines dans un désert, ça n'avait pas l'air dangereux. Eh bien, il parait que ça menaçait l'existence de la République.
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Un commissaire, des agents, des serruriers, des gendarmes sont allés ouvrir les cellules et expulser les moines.
On parle, en même temps, de nouvelles « épurarations » dans la magistrature ; il est des époques sinistres dont parle un ancien philosophe, comme d*un « malheur souverain ».
« La justice sans force, et la force sans justice. »