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CHAPITRE III

De la tactique mise en jeu *.

S’il est vrai, comme nous l’avons démontré, qu’il existe aujourd’hui une grande conspiration dont le but est de renverser Jésus-Christ de son trône, de détruire par sa base l’Église qu’il a fondée, et d’arracher aux âmes jusqu’aux dernières racines de la foi ; si, pour exécuter cette infernale conspiration, l’antichrislianisme dispose d’une armée parfaitement organisée et qui se recrute au sein de tous les peuples; si, dans ces derniers temps, l’audace de cette armée s’est accrue outre mesure, et si tout nous porte à croire qu’elle est déterminée à livrer une attaque décisive à l’Église de Jésus-Christ, on ne saurait nier qu’il soit, pour nous, de la plus haute importance de connaître la tactique de nos ennemis, afin de ne pas nous laisser surprendre par leurs embûches et de nous tenir prêts à repousser leurs assauts.

Quelle est cette tactique ? Elle est aussi simple qu’habile et peut être ramenée aux deux points suivants : s’emparer des armes qui avaient été jusqu’à ce jour la propriété exclusive des soldats de Jésus-Christ, et, au moment même où on tourne contre nous ces armes pour nous attaquer, nous mettre dans l'impossibilité de nous en servir pour nous défendre.

i Messager, t. XIV, p. 137.

11 serait facile de montrer que ce système de vol audacieux et d’usurpation sacrilège s’étend à tout, môme au langage. On s’efforce aujourd’hui de nous enlever jusqu’aux mots de notre vocabulaire. Tandis qu’on détruit la notion même de la foi chrétienne, des miracles divins, du vrai surnaturel, de l’inspiration céleste, de l’Incarnation du Fils de Dieu, des extases des Saints, on se sert de ces expressions consacrées pour désigner tout ce qu’il y a de plus profane. On divinise tout, pour mieux avilir tout ce qui est réellement divin ; on nous parle sans cesse de la foi politique, des miracles de l’industrie, des vertus surnaturelles, fruit de la nature, d’inspiration du génie, d’incarnation de l’idéal, d’extase de la passion, nous revenons aux temps dont parle Bossuet où tout était Dieu, excepté Dieu lui-même. Et combien de fois n’arrive-t-il pas que des chrétiens imprudents prêtent leur concours à cette profanation des termes les plus saints, et ne songent pas que l’altération du langage entraîne presque infailliblement la corruption des idées.

Ce n’est là encore, pourtant, que le résultat le moins funeste du système de vol que nous venons de signaler. Avec les mots de notre vocabulaire, on s’efforce de nous enlever les armes les plus puissantes de notre arsenal, et c’est au moyen de ces armes qu’on prétend nous vaincre.

Jésus-Christ en montant au ciel a légué à son Église trois trésors divins, il a mis à sa disposition trois grandes forces : la force de l’unité qui tient tous les

membres de l’Église attachés à leur Chef invisible, qui est Jésus-Christ lui-même, par leur Chef visible, qui est le Pape; la force de l’association, qui permet aux soldats de l’armée divine de se serrer fortement les uns contre les autres, et d’opposer à leurs ennemis un mur inexpugnable ; enfin la force du zèle, qui les pousse à travailler activement pour Celui qui a tant travaillé et tant souffert pour eux, et à mourir, s’il le faut, à son exemple, pour le triomphe de sa cause.

L’armée antichrétienne semblerait irrémédiablement privée de cette triple force : elle est l’armée de l’erreur, et par conséquent elle ne saurait posséder la force de l’unité, qui appartient à la vérité seule ; elle est l’armée de l’orgueil et de la haine, et, par conséquent, elle porte en elle un principe de division et une force contraire à la force d’association; enfin, elle est l’armée de l’égoïsme, et, par conséquent, elle ne saurait posséder la force du zèle et du vrai dévouement au bien du prochain et à la gloire de Dieu. s

Et pourtant, par un suprême effort de son infernale habileté, le chef de cette armée est parvenu à s’approprier au moins la contrefaçon de ces trois prérogatives, que nous avons le droit de revendiquer comme notre propriété inaliénable.

Nous ne nous étendrons pas beaucoup sur la première partie de la tactique de nos adversaires, que nous avons eu déjà plus d’une fois l’occasion de signaler. Nous avons dit comment, séparés jusqu’ici par les innombrables nuances de l’erreur, aussi opposées les uns aux autres qu’ils étaient tous opposés à la vérité, ils ont fini par trouver l’unité dans le mépris de toute croyance et dans l’indifférence à l’égard de la vérité et de l’erreur. Nous avons depuis longtemps montré

comme le seul adversaire sérieux que l’Église catholique voit aujourd’hui devant elle, sur le terrain des doctrines, cette secte, dont naguère, au Sénat français, l’un de ses plus célèbres adeptes célébrait les progrès ; celle qu’on pourrait nommer la secte de l’erreur universelle, et dans laquelle vont chaque jour plus irrésistiblement se fondre toutes les sectes religieuses ou philosophiques, qui avaient jusqu’à ce jour professé des erreurs partielles : la secte des gens qui méprisent la vérité, et aux yeux desquels les croyances n’ont aucune valeur. Il est vrai qu’en professant ouvertement le mépris de la vérité, les rationalistes, les libres-penseurs, comme ils se nomment eux-mêmes, détruisent la raison humaine, qui n’existe que pour connaître la vérité, et condamnent la pensée à une stérilité sans remède. N’importe : à ce prix du moins, ils acquerront l’unité dont ils avaient été privés jusqu’à ce jour, et ils se mettront en état de combattre avec plus d’ensemble que jamais l’unité catholique.

En développant ailleurs ce point que nous nous contentons de rappeler ici, nous avons montré également qu’à cette puissance de l’unité l’armée antichrétienne joint, à un degré jusqu’ici inconnu, la double puissance de l’association et du zèle. Tous ces orgueils, si indisciplinables par nature, se sont pliés à un joug commun pour renverser l’autorité céleste, qui est l’objet de leur commune haine. Tous ces égoïsmes, qui tendent essentiellement à se diviser, ont consenti à s’unir pour détruire l’unité divine. Et l’on a vu se former une immense association, qui se compose d’hommes issus de toutes les races, habitant les contrées les plus éloignées, différents par leurs idées et par leurs mœurs et pourtant liés par un même seritfient,

et obéissant à un même mot d’ordre. Sid’Église catholique est le plus grand miracle du Tout-Puissant, la contrefaçon de cette Église par les sociétés secrètes est le plus étonnant prodige que l’Enfer ait opéré sur la terre.

Et il faut bien l’avouer : les apôtres et les ministres de cette église de Satan ne manquent ni de zèle, ni d’un certain dévouement. Ils savent faire pour le triomphe de l’erreur ce que beaucoup de chrétiens refusent de faire pour la défense de la vérité : se mettre en avant, accomplir des sacrifices pécuniaires, écrire, agir, user de toute leur influence, s’exposer, s’il le faut, à la mort.

Il est donc bien vrai que les ennemis de Jésus-Christ sont parvenus à contrefaire nos trois plus précieuses prérogatives : l’unité, l’association- et le zèle. Mais ce n’est là encore que la première partie de leur tactique. Pour pouvoir espérer de nous vaincre, il faut de plus qu’ils nous ôtent des mains ces trois armes invincibles. Ils espèrent y arriver, au moyen d’un stratagème auquel plus d’un, parmi les chrétiens, s’est déjà laissé prendre et qu’il est, par conséquent, indispensable de faire connaître.

Une comparaison va nous permettre de nous rendre compte de la nature et de l’habileté de ce stratagème. Voilà une petite armée assiégée par d’innombrables ennemis, mais rachetant l’infériorité du nombre de ses soldats par la supériorité de sa position, l’union par-

faite de tous les corps dont elle se compose et le dévouement de tous à leur commun chef.

Désespérant de la vaincre , les ennemis s’efforcent de la désarmer. Ils tournent en ridicule la discipline de cette brave armée, accablent d’injures le chef qui la commande et n’omettent rien pour indisposer les soldats contre lui. Nul ne saurait s’étonner de cette conduite : ils sont ennemis et ils agissent en ennemis ; ce qui serait non seulement étonnant, mais insensé et trois fois absurde, c’est que ceux qu’ils s’efforcent de perdre par des ruses aussi grossières se laissassent tromper et sacrifiassent, de gaité de cœur, les prérogatives que la haine de leurs ennemis devraient leur rendre plus chères.

Plût à Dieu qu’on ne pût reprocher à aucun catholique cette folie et cet oubli vraiment inconcevable de leurs plus chers intérêts. Malheureusement, nous sommes contraints d’en convenir, nos ennemis n’ont employé qu’avec trop de succès ce stratagème dont nous venons de parler. Ils se sont attachés à discréditer, par tous les moyens que peut inventer la haine, les trois inappréciables avantages qui font à la fois notre force et notre richesse; à couvrir de ridicule ceux d’entre les catholiques qui, comprenant la puissance de l’unité, la puissance de l’association et la puissance du zèle, s’efforcent d’être conséquents avec eux-mêmes, et emploient, pour défendre la vérité, ces armes qu’ils voient employer avec un si déplorable succès pour la combattre.

Nos adversaires savent très bien quel est le pouvoir des mots sur l’esprit du vulgaire. Un mot qu’on a su rendre bien ridicule, bien injurieux, produit incomparablement plus d’effet sur les masses que les raisonne-

ments les plus péremptoires. Il suffira d’inventer quelques épithètes de ce genre pour ridiculiser les vrais catholiques, les rendre odieux, et paralyser, par conséquent, tous les efforts de leur zèle.

Avant tout, il faut discréditer ceux qui sont fermement attachés au centre de l’unité catholique, à ce roc sur lequel Jésus-Christ a bâti son Église. L’unité est la première des notes de l’Église, et elle est aussi la première de ses forces ; mais cette note si lumineuse, cette force divine est maintenue au sein de l’Église, elle est constamment manifestée au dehors par le Souverain Pontife, qui en est la personnification. Donc, détacher les catholiques du Souverain Pontife, c’est priver l’Église de sa force principale et obscurcir l’éclat de son flambeau.

On a déjà à demi vaincu une armée, quand on a réussi à détruire dans le cœur des soldats l’estime et l’amour pour leur général. Le général de l’armée catholique, c’est le Pape ; et il est évident qu’au moment où nos ennemis nous attaquent avec plus de fureur, nous ne saurions nous serrer près de ce chef avec trop d’empressement et d’amour. Choisir ce moment pour lui marchander notre obéissance, serait une imprudence impardonnable, sinon une trahison criminelle. Nos ennemis le comprennent très bien ; et c’est pour cela qu’ils s’acharnent à détruire, dans notre cœur, cet attachement pour le Souverain Pontife. Ceux d’entre les catholiques qui, loin d’en rougir lâchement, l’affichent et s’en font gloire, sont qualifiés 4’ ultramontains ou de cléricaux ; et, en leur décernant l’une ou l’autre de ces qualifications, on croit leur infliger un opprobre bien plus ignominieux que si on les eût qualifiés de musulmans, de juifs ou d’athées.

Quant aux catholiques qui se proclament et qui sont des indépendants, soldats révoltés contre leur chef, loin de les insulter, on les loue et on les encourage. En toute guerre, ces sortes de soldats sont les auxiliaires de l’ennemi.

Rien de plus logique, on le voit, que cette tactique de nos adversaires et, par conséquent, rien de plus insensé que la conduite des catholiques qui en favoriseraient le succès. Si nos ennemis font leur métier en cherchant à briser notre unité, nous manquerions à tous nos devoirs en nous privant de cette incomparable force. Le seul sentiment de notre conservation doit nous porter à nous glorifier d’autant plus des titres d’ultramontain et de clérical, qu’on fait plus d’efforts pour rendre ces titres odieux. Ce ne sont pas les soldats de Jésus- Christ èt du Pape qui ont à baisser le front devant les adorateurs de Satan et des autres fétiches de la Révolution.

Demeurons donc fermement unis au Vicaire de Jésus- Christ, et, en même temps, gardons-nous bien de nous dépouiller de la force que donne l’association, au moment où l’antichristianisme sait si bien exploiter cette force contre nous. Celui-ci pourtant n’omet rien pour nous ravir cette force ; et il n’y a que trop bien réussi, au moyen d’un mot qu’il a su rendre plus odieux encore que celui d’ultramontain, le mot de Congréganiste.

Il y a soixante ans, on était parvenu à faire de ce mot le synonyme de tout ce qu’on peut imaginer de plus méprisable. Un Congréganiste était un intrigant, un hypocrite, un délateur, un homme disposé à employer, pour satisfaire son ambition, les procédés les plus honteux. Ce mot fut une vraie machine de guerre, employée pour détruire à la fois l’influence de l’Église et

le prestige de la royauté, dont on supposait les intérêts inséparables de ceux de l’Église. La royauté est tombée sans que l’Église ait, grâces à Dieu, rien perdu de son influence ; cependant, le discrédit dont la Révolution avait frappé les Congrégations d’hommes est loin d’avoir disparu, et l’on voit, parmi nous, un bien petit nombre de ces associations pieuses qui réunissent les chrétiens d’un même âge et d’une même condition, et leur font trouver dans leur union plus de lumière pour connaître leurs devoirs, et plus de force pour les remplir.

Il n’en est pas ainsi dans certains pays voisins, dans la Prusse rhénane, par exemple, où une seule ville compte jusqu’à six et sept congrégations, composées chacune de mille ou quinze cents hommes ou jeunes gens.

Il est vrai que parmi nous, après 1830, une heureuse réaction s’est opérée. De généreux jeunes gens ont relevé le drapeau que l’impiété croyait avoir renversé pour jamais. Des Œuvres nouvelles se sont formées, pour mettre de nouveau au service de la cause de Jésus- Christ la force de l’association.

Les sociétés de Saint-Vincent de Paul, de Saint- François-Xavier, de la Sainte-Famille, *mt comblé en partie la lacune qu’avait laissée parmi nous l’absence des Congrégations ; mais il faut bien l’avouer, nous sommes loin d’avoir complètement reconquis le terrain perdu. Les sociétés de Saint-Vincent de Paul ont pour but l’exercice de la charité, tandis que les Congrégations se proposent, avant tout, le développement de la piété. Loin de faire double emploi, ces deux genres d’Œuvres seraient appelés à se prêter un mutuel appui, attendu que la vraie charité ne peut être fondée que sur la piété.

Quoi qu’il en soit, du reste, il serait grand temps, ' ce semble, que les Congrégations hautement approuvées par l’Église se relevassent de l’injuste discrédit dont l’antichristianisme les a frappées ; il serait grand temps que les catholiques cessassent de se laisser etlrayer par l’épouvantail d’un vain mot. Ce n’est pas à une époque où les congréganistes sataniques se multiplient partout, que des chrétiens devraient avoir honte d’appartenir aux Congrégations de la Reine du ciel. Si nos ennemis sont fiers d’entrer avec le vieux Serpent dans une société plus intime, nous serions bien lâches si nous rougissions de combattre sous les drapeaux de Celle qui lui a écrasé la tête ; et s’il leur plait de trouver mauvais que nous nous unissions plus intimement pour les combattre, nous serions vraiment trop bons de nous priver de cette force pour leur procurer le plaisir de nous vaincre plus aisément.

Nous n’avons pas encore prononcé le mot qui sert le plus utilement la tactique de nos adversaires, qui résume tout ce qu’il y a d’odieux dans les qualifications d’Ultramontain, de Clérical, de Congréganiste, et qui y ajoute quelque chose de plus odieux encore : l’épithète la plus injurieuse que les ennemis de l’Église aient inventée pour désigner le genre de catholicisme qu’ils redoutent et qu’ils abhorrent le plus, c’est l’épithète de Jésuite. Un Jésuite, dans leur vocabulaire, ce n’est pas un religieux de la Compagnie de Jésus ; non ; une preuve, c’est que dans certains pays où les

ennemis de l’Église se sont emparés du pouvoir et ont pu librement réaliser leurs plans, on les a vus proscrire, sous le nom de jésuites, des Congrégations complètement indépendantes de la Compagnie de Jésus, les Rédemptoristes, par exemple.

Qu’est-ce donc qu’un Jésuite? Est- ce un ultramontain?

Oui, mais c’est pis encore. Jadis il était de mode de . faire du mot de jésuite le synonyme de fourbe et de menteur ; il était reçu que les Jésuites avaient le monopole de la duplicité, et que leurs adversaires étaient la sincérité même. Aujourd’hui, si nous ne nous trompons, la signification de ce nom dans la bouche de nos adversaires n’est plus tout à fait la même. Nous en avons une preuve, en quelque sorte officielle, dans la réponse donnée par l’un des gouvernements auxquels nous venons de faire allusion.

Pressés d’accorder le libre exercice de leurs droits de citoyens aux membres des Congrégations proscrites pour crime de jésuitisme, ces hommes, qui se décernent à eux-mêmes le titre de libéraux, répondirent que les individus ne pouvaient pas prétendre à plus de liberté que le corps lui-même, à cause de Y esprit remuant qui les rendait redoutables.

Cette explication nous parait révéler assez clairement la pensée du parti. Qu’un catholique se contente d’être bon pour lui-même ; qu’il laisse les ennemis de Jésus- Christ attaquer son Église, sans trop paraître s’en préoccuper ; qu’il voie le déluge des doctrines impies et immorales inonder la société sans chercher à en arrêter l’invasion; qu’il n’use ni de ses talents, ni de sa fortune, ni de ses droits de citoyen, ni de son influence politique, pour faire triompher la cause de Jésus-

Christ, un pareil catholique sera toléré, et on consentira même, sans trop de peine, à ce qu’il ose aller à la messe le dimanche et communier à Pâques.

Mais qu’un catholique prenne au sérieux les droits de Jésus-Christ, qu’il ne croie pas pouvoir, sans une criminelle inconséquence, le reconnaitre pour son Dieu et demeurer indifférent aux outrages qu’on lui adresse ; qu’intimement persuadé que le salut des âmes et des sociétés dépend de l’accomplissement de sa loi, il fasse consister son dévouement et son patriotisme à leur procurer ce salut ; qu’aimant de tout son cœur ce Dieu qui l’a aimé jusqu’à mourir pour lui, il fasse tous ses efforts pour le faire aimer ; qu’il ne recule pas devant le> contradictions, les luttes, les persécutions, les ignominies ; si prudent, si charitable, si dévoué qu’il soit d’ailleurs, un pareil catholique est évidemment digne de tout mépris et de toute haine ; il ne doit y avoir pour lui ni droit commun, ni justice, ni liberté, ni place au soleil ; c’est un être intolérant et intolérable, qu’il faut combattre avec toute sorte d’armes et dont il faut se délivrer à tout prix ; c’est un jésuite !

Eh bien ! si tel est le sens du mol « jésuite, » nous osons dire qu’il n’est pas de qualification dont un catholique doive être plus fier, et nous ne pouvons, pour notre compte, rien souhaiter de plus glorieux aux membres de la Compagnie de Jésus, que d’être toujours, dans ce sens, de vrais jésuites. Qu’il y ait au monde des chrétiens croyant fermement que le Fils de Dieu ^st mort pour eux sur une croix, et qui allient avec cette croyance une froideur glaciale pour les intérêts et la gloire de ce divin Sauveur, voilà ce qui pourrait, à bon droit, exciter l’étonnement et l’indignation de nos adversaires ; mais qu’ils trouvent étrange que

nous évitions de nous contredire ainsi nous-mêmes et que, pour nous, le dévouement envers Jésus-Christ soit la conséquence de notre foi en sa divinité et en sa mort, voilà ce que je ne puis admettre, quel que puisse être leur aveuglement. Au fond du cœur, il est impossible qu’ils n’estiment pas ces catholiques stigmatisés par eux du nom de jésuites; et les injures dont ils les accablent ne prouvent qu’une chose : c’est qu’ils redoutent leur zèle, tandis qu’ils n’ont que du mépris pour l’indifférence de ceux auxquels ils prodiguent leurs éloges.

Que cette crainte de nos ennemis et les injures par lesquelles elle s’exprime soient pour nous une règle et un enseignement. L’instinct de leur haine est infaillible, et nous ne saurions nous tromper en le prenant pour guide. Tout ce qu’ils craignent, c’est ce que nous devons désirer ; tout ce qu’ils méprisent, c’est ce que nous devons estimer. C’est ainsi seulement que nous déjouerons leur tactique, et qu’au lieu d’en favoriser sottement le succès, nous la ferons servir au triomphé de notre sainte cause.

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