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CHAPITRE V

Point de pacte avec l’erreur.

Entre tous les symptômes alarmants que nous offre l’état présent de la société chrétienne, il n’en est point de plus grave que l’indifférence avec laquelle l’erreur est envisagée par les serviteurs même de la vérité.

C’est ce que nous avons démontré dans le chapitre précédent.

Mais si la foi est pour les âmes le plus essentiel de tous les éléments de vie, le plus infaillible de tous les signes de mort est l’absence de répulsion à l’égard du poison qui tend à détruire la foi ; or, ce poison, c’est l’errëur.

Que conclure de là? Que nous devons réagir de toute notre énergie contre l’erreur, si nous voulons arrêter la décomposition morale des sociétés.

Développons cette importante conclusion.

1 La haine de l’erreur et l’amour de la vérité ne sont pas tant deux sentiments que deux formes d’un sentiment

1 Messager , t. XLlï, p. 129.

POINT DK PACTE AVEC l’eKRKUH. 1i5

unique. Inséparables l’un de l’autre, ils ont le même degré d’intensité; ils croissent et décroissent ensemble. L’amour de la vérité s’affaiblit donc dans les âmes, à mesure que la haine de l’erreur y perd de sa force. Et, comme la vigueur de la volonté et du caractère a pour appui indispensable l’énergie des convictions, il est impossible que, dans une société, la haine de l’erreur diminue sans que la vie morale languisse, sans que les âmes perdent leur ressort, sans que les volontés s’énervent, sans que les caractères s’abaissent, sans que les vils calculs de l’égoïsme prennent la place des nobles inspirations et des sentiments généreux.

N’est-ce pas là l’état où le libéralisme a réduit la société chrétienne? Et, quand cette séduisante hérésie n’aurait pas eu d’autre fâcheux résultat, celui-là seul ne suffirait-il pas pour lui valoir les anathèmes de l’Église?

La contagion est si universelle, et elle a fait tant de ravage dans les âmes, qu’on a cessé d’en apercevoir la gravité ; et qui sait si, en nous efforçant d’en signaler le danger, nous n’allons point passer pour des exagérés, aux yeux même de quelques-uns de nos lecteurs ? Loin de paraître un mal, l’indifférence à l’égard de l’erreur est considérée, en effet, par le plus grand nombre, comme une qualité et une vertu ; comme le signe d’un esprit large et d’un caractère modéré ; comme l’heureux résultat de l’adoucissement des mœurs et des progrès de la civilisation. La tolérance civile, étant devenue l’une des bases fondamentales des constitutions modernes, a entraîné comme conséquence presque inévitable, dans les rapports individuels, la tolérance dogmatique. Obligés d’avoir constamment des relations de politesse avec des hommes qui nient toutes nos croyances, nous nous accoutumons à étendre à leurs erreurs la bien-

veillance que nous témoignons à leurs personnes ; à considérer ces erreurs comme des opinions qui ont des droits semblables, sinon égaux à ceux de notre foi, et qui méritent en tous cas notre respect, alors même qu’elles ne peuvent obtenir notre adhésion.

Un chrétien qui est dans cette disposition d’esprit n’est plus chrétien qu’à demi, car s’il accorde encore son suffrage à Jésus-Christ, il est bien loin de lui reconnaître les droits exclusifs qui conviennent au Dieu unique et à l’unique Roi des âmes et des sociétés. Au lieu d’être, ce qu’il est en réalité, la vérité absolue, l’Évangile n’est pour ce chrétien que la meilleure des opinions qui se disputent l’empire des intelligences; aussi, tout en continuant à lui donner son adhésion, se croit-il obligé par l’équité d’examiner les droits des opinions rivales.

11 donnera donc entrée dans sa domeure aux livres, aux revues, aux publications de toute sorte dans lesquelles sa foi est attaquée. Ce seront même les lectures dont il se nourrira de préférence, par ce motif que, « pour juger avec impartialité, il faut tout connaître. » Croyant connaître suffisamment la doctrine chrétienne, il ne trouve plus rien de nouveau dans les écrits qui ont pour but de l’exposer et de la défendre ; les bons livres et les bons journaux lui font éprouver le dégoût que causait la manne aux Israélites infidèles dans le désert. Anima nostra nauseat super cibo hoc levùsimo . (Num. xxi, 5.) Mais qu'on annonce l’apparition d’un livre dans lequel le poison de l’incrédulité est rendu plus appétissant par un assaisonnement nouveau, le chrétien dont nous parlons sera un des plus empressés à s’en nourrir; et si, en portant les mains au fruit défendu, il éprouve quelque remords, il se tranquillisera

en se disant que sa foi est assez forte et assez éclairée pour démêler les subtilités du sophisme et pour résister à ses séductions.

Est-ce là un portrait de fantaisie? Nous en appelons à tous ceux qui ont quelque connaissance de la société contemporaine : qu’ils nous disent si le chrétien dont nous venons d’exprimer les dispositions forme, au sein de cette société, une exception rare. Nous ne parlons pas, remarquez-le bien, des hommes qui ont déjà renié leur foi : ce sont les membres de la famille de Jésus- Christ qui sont, en ce moment, l’objet de notre attention, et chez lesquels nous nous efforçons de raviver les éléments de la vie vraiment chrétienne. N’en est-il pas un grand nombre, un très grand nombre, parmi ceux qui se disent et se croient chrétiens, chez qui l’illusion que nous venons de signaler a déplorablement affaibli le plus essentiel élément du vrai christianisme; dans l’âme desquels la croyance et l’amour de la vérité, faute d’être défendus, par la haine de l’erreur, qui en est le nécessaire, boulevard, vont perdant chaque jour de leur force?

Il suffit d’ouvrir l’Évangile, pour comprendre combien est contraire au véritable esprit de Jésus-Christ cette indifférence à l’égard des erreurs qui altèrent la pureté de sa doctrine.

Ce divin Sauveur, qu’on vit constamment si indulgent à l’égard de toutes les faiblesses, si disposé à pardonner tous les égarements du cœur, ne montre que sévérité à l’égard des révoltés contre la foi. « Si quel-

qu’un n’écoute pas l’Église, nous dit-il, qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain! » (Math, xvm, 17.) « Allez, dit-il encore à ses apôtres, enseigne^ toutes les nations ; apprenez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé : celui qui croira et sera baptisé sera sauvé; celui qui aura refusé de croire sera damné. » (Marc, xvi, 16.) Ce n’est donc pas seulement au refus de mettre en pratique sa doctrine qu’il attache la plus terrible de toutes les peines, l’éternelle damnation. Il nous dira ailleurs combien ce second genre de devoirs est indispensable. (Math., xix, 17. Luc, xviii, 20. Jo. xix, 15.) Mais ici il veut nous faire comprendre que la première et la plus essentielle obligation de l’ètre raisonnable, à l’égard de la suprême Vérité, est l’adhésion de son intelligence ; et que le refus de cet hommage, manifesté par la négation d’un seul des dogmes révélés, est un crime, qui suffit pour exclure de la voie de la justice et du séjour de l’éternel bonheur celui-là même qui se conformerait, dans sa conduite, à toutes les lois de l’honnêteté naturelle.

C’est bien ainsi que les Apôtres avaient entendu la pensée du Sauveur. Aussi, la haine de l’hérésie étaitelle un des sentiments qu’ils s’attachaient à imprimer plus profondément dans le cœur dq leurs disciples. Nous disons l’hérésie, c’est-à-dire cette erreur partielle qui, unie à la profession du plus grand nombre des dogmes chrétiens, acquiert par là un plus grand pouvoir pour détruire, dans les âmes, la foi aux dogmes qu’elle combat. Les apôtres se montraient beaucoup plus sévères et inculquaient à leurs disciples une répulsion beaucoup plus énergique à l’égard de cette erreur séduisante % qu’à l’égard des grossières erreurs de l’idolâtrie.

« Je ne vous dis pas d’éviter tout commerce avec les

idolâtres, écrit saint Paul aux Corinthiens, car ce serait vous ordonner de sortir du monde. » (1 Cor. v, 9.)

Mais cette interdiction, il n’hésite pas à la prononcer à l’égard des hérétiques. Il ne permet à son disciple Tite aucun rapport avec eux, si ce n’est pour leur donner un premier et un second avertissement. Après cela, il ordonne de rompre toute relation. (Tit. iii, 10.)

Saint Jean, l’apôtre de la charité, est plus impitoyable encore, s’il est possible, dans sa haine de l’erreur. Loin de voir une opposition entre cette haine qu’il inspire à ses disciples et l’amour dont il est, dans leurs assemblées, l’infatigable prédicateur, • il considère ces deux devoirs comme inséparables. « La vraie charité, leur dit-il, consiste à conformer notre conduite aux commandements du Maître. Or, le commandement qu’il nous a donné, c’est de demeurer fidèle à ses engagements. Nombre de séducteurs vont par le monde refusant de confesser l’Incarnation du Fils de Dieu. Ceuxlà sont des séducteurs, des antechrists... Si quelqu’un d’entre eux vient à vous et ne vous apporte pas la vraie doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, ne le saluez même pas; car celui qui le salue, entre par là même en communication avec ses œuvres mauvaises. » (2 Jo. vi, 2.)

Le plus illustre disciple de saint Jean, saint Polycarpe, évêque de Smyrne, trouve dans un voyage à Rome l’occasion de mettre en pratique les enseignements de son maître. L’hérésiarque Marcion l’ayant rencontré eut l’audace de l’aborder en lui disant : « Ne me recônnais-tu pas? — Oui, lui répond Polycarpe, je te reconnais pour le premier-né du diable. »

Nous ne prétendons pas assurément que les chrétiens doivent appliquer, à la lettre, ces préceples des Apôtres

à Tégard des hérétiques et des incrédules de notre temps. Nul n’ignore qu’il y a une grande différence entre l’homme qui s’éloigne volontairement de la yérité connue et l’homme né dans l’erreur, que l'ignorance seule tient éloigné de la vérité. Mais si notre conduite à l’égard des personnes peut être différente, nos sentiments à l’égard de l’erreur doivent être les mêmes. Sous ce rapport, il n'y. a entre le temps des Apôtres et notre temps aucune différence, sinon en ce que l’erreur est devenue d’autant plus digne de notre haine qu’elle exerce sur les intelligences un empire plus funeste, et qu’elle combat avec un plus déplorable succès la doctrine de Jésus- Christ,

Ce succès, l’erreur en est redevable, en grande partie, du moins — nous l’avons compris — aux ménagements que les chrétiens gardent à son .égard; disons mieux, aux complaisances, au respect qu’ils lui .témoignent. Car ce n’est pas seulement la personne de l’incrédule qu’on respecte, à cause, dès qualités qu’on lui reconnaît et de la bonne foi qu’on lui suppose : ce sont ses erreurs mêmes, ou, comme on dit, ses opinions , puisqu’il est reçu que toutes les opinions sont respectables.

Voilà où le libéralisme nous a conduits. Il a amené grand nombre de chrétiens à faire ouvertement profession de respecter ce que Jésus -Christ déclare être le premier et principal motif de la damnation éternelle; ce que tous les théologiens catholiques, après saint Thomas, considèrent comme le plus grand de tous les crimes.

C’est ici surtout que le modérantisme va se révolter et crier à l’exagération, « Quoi ! Yhérèsie, — une simple opinion, une attaque livrée dans une conversation

ou dans un livre à la vérité abstraite — serait en ellemême un crime plus grave que le vol et le meurtre, et devrait être de notre part l’objet d’une haine plus énergique? » — Oui, telle est bien la doctrine catholique, exposée et, qui plus est, démontrée avec évidence par saint Thomas.

Dans sa Somme théologique (i, ir, q. x, a. 3), saint Thomas se pose très nettement cette question : Le péché contre la foi est-il le plus grand des péchés? Voici sa réponse : « Je réponds que ce qui constitue proprement le péché, c’est l’éloignement volontaire de Dieu. D’où il suit qu’un péché est d’autant plus grave qu’il éloigne davantage dè Dieu. Or, par les péchés contre la foi, l’homme est éloigné de Dieu plus que par tous les autres, puisqu’il n’a plus même de lui une connaissance vraie ; et la faussa connaissance qu’il peut conserver de Dieu, au lieu de le rapprocher de lui, l’éloigne encore davantage... Il est donc évident que les péchés contre la foi sont plus graves que tous les péchés qui naissent de la perversion des mœurs. »

Dans un autre de ses ouvrages (In-iv, dist. xiii, q. 2, a. 2), le saint Docteur ajoute à cette considération une autre preuve qui n’est pas moins évidente. <( Le mal, dit-il, est d’autant plus grave qu’il nuit davantage ; or, l’hérésie nuit aux âmes plus que tous les autres péchés, attendu qu’eri renversant le fondement de tout bien moral, elle n’en laisse plus rien subsister. Elle est donc, par elle-même, le plus grave de tous les péchés, bien que, par suite de circonstances accidentelles, d’autres péchés puissent rendre plus coupables ceux qui les commettent. »

Il suffit de bien saisir cet enseignement du grand Docteur, pour y trouver la réfutation la plus péremptoire de la funeste illusion que nous combattons en ce moment. S'il est, en effet, quelque chose d’évident, c’est la liaison indissoluble qui existe entre les croyances et les mœurs , entre les convictions de l’intelligence et les déterminations de la volonté. L’homme peut ne pas accomplir tous les devoirs qu’il connaît ; mais il est impossible que sa volonté soit liée efficacement par un devoir que ne reconnaît pas son intelligence. On ne saurait donc imaginer d’absurdité plus flagrante que celle du principe libéral : Il n'y a pas de crimes de pensées.

S’il n’y a pas de crimes dépensée , il ny a pas non plus de crimes d'action. Un crime, en effet, n’est un crime que parce qu’il viole un droit certain. Du moment que le droit peut être légitimement nié, on ne peut plus voir dans la violation de ce droit douteux un crime certain; et, par conséquent, on n’a plus le droit de le punir.

Si on reconnaît au Mormon le droit d’enseigner que la polygamie est légitime, on commet envers lui une flagrante injustice en le punissant, lorsqu’il exerce son droit supposé. Si Proudhon n’a fait qu’exprimer une opinion libre, en disant : La propriété , c'est le vol, celui qui, en vertu de cette doctrine, vous empêche de commettre ce vol, en vous dépouillant de votre propriété, loin de commettre un délit, acquiert un incon-

testable mérite, car il n’est rien de plus méritoire pour l’être raisonnable que de mettre sa conduite d’accord avec ses convictions.

Tel est donc le résultat inévitable de ce « respect ' pour toutes les opinions » dont font profession les chrétiens soi-disant libéraux : il conduit logiquement à la justification de tous les crimes. L’indifférence envers l’erreur, en se répandant au sein d’une société, porte à la morale publique un préjudice incomparablement plus grave que les plus énormes attentats. Ceux-ci sont des brèches aisément réparables, qui arrachent quelques pierres aux solides remparts d’une forteresse; l’indifférence pour l’erreur est une mine qui détruit les fondements des murailles et en prépare l’universel effondrement. Les grands crimes produisent dans le corps social un désordre local et momentané; l’indifférence pour l’erreur atteint et tarit les sources mêmes de la vie religieuse et morale. Les grands crimes, dans une société animée de l’amour de la vérité et de la justice , provoquent une énergique réaction et amènent un redoublement de vie ; l’indifférence pour l’erreur rend, au contraire, toute réaction impossible, et, comme une fièvre lente, conduit une société à la mort par un progrès d’autant plus irrésistible qu’il est moins aperçu.

Que conclure de ces considérations? Que, dans le double intérêt de leur sanctification individuelle et du salut public, les chrétiens doivent faire un grand effort pour provoquer en eux-mêmes cette réaction salutaire, dont l’absence est le signe le plus effrayant de la décomposition sociale. Cette réaction ne peut venir que de nous. Nous seuls possédons avec la certitude absolue delà vérité le droit et le pouvoir d’opposer à d’erreur

une résistance efficace. En se tondant sur le principe faux de la liberté de penser, la société moderne s’est: mise hors d’état d’opposer une barrière efficace à l’invasion des plus pernicieuses erreurs, et des désordres moraux qui en sont la conséquence logique. Ce n’est que par une nécessaire, mais flagrante inconséquence, que les agents d’un pouvoir fondé sur ce principe peuvent condamner les crimes qui trouvent en ce principe même leur entière justification.

Pour conserver un peu de vie morale dans les sociétés dont l’organisation tend à détruire cette vie, il faut que les individus réagissent constamment et énergiquement contre cette influence meurtrière. La société moderne, qui fait consister son progrès dans la répudiation du christianisme, n’a de vie que par ce qui reste encore de christianisme dans ses membres.

Mais nous l’avons compris : si, dans les membres vivants d’un corps que la vie chrétienne a presque entièrement abandonné , les convictions catholiques n’ont pas assez d’énergie pour réagir contre l’influence mortelle des membres putréfiés, ils ne tarderont pas à perdre eux aussi le souffle vivifiant qui les anime encore.

On le voit clairement : il n’y a rien d’exagéré à dire que pour chacun de nous, comme pour la société dont nous faisons partie, cette question de la haine de l’erreur est une question de vie ou de mort.

Nous pouvons mesurer les garanties de durée que cette vie chrétienne possède en nous à l’énergie avec laquelle nous repousserons l’erreur, la violence de la haine dont nous serons animés contre elle. Cette haine ne doit pas plus avoir de bornes que notre amour pour Dieu, puisque la vérité, c’est Dieu; et que la haine de

l’erreur a nécessairement la même énergie que l’amour de la vérité. Donc, point de pacte avec elle ; point de ménagements; point d’illusions. Ne nous laissons pas plus tromper par ses déguisements que séduire par son beau langage. Repoussons-la avec plus d’horreur encore, lorsqu’elle se présente revêtue du style le plus élégant, que lorsqu’elle apparaît couverte des haillons d’une abjecte littérature. Entrons dans la pensée de l’Église, qui défend de lire les livres même bons des hérésiarques, de peur qu’en s’affectionnant à l’auteur les chrétiens ne se sentent portés à embrasser ses fausses doctrines. Si peu qu’il y ait dans notre cœur de loyauté envers Jésus-Christ, notre divin Roi, loin de trouver injustes ou trop rigoureuses ces condamnations inodmm auctoris 4, nous en ferons la règle de nos sentiments et de notre conduite.

Ne l’oublions pas, en effet : la vérité qui réclame l’hommage de notre foi n’est pas une froide abstraction ; c’est la parole vivante de Jésus-Christ. La nier, c’est infliger à ce divin Sauveur un criminel démenti ; la révoquer en doute, c’est mettre en suspicion sa véracité. Nous ressentirions vivement un pareil outrage, s’il nous était adressé : y serons-nous moins sensibles, quand il s’adresse à notre Roi et à notre Dieu? Et quand nous nous trouvons en présence d’un de ces antechrists, dont nous parlait naguère saint Jean, qui mettent tout leur esprit à rendre plus persuasif et partant plus nuisible ce démenti donné à la parole du divin Maître, est-ce que l’indignation soulevée dans notre cœur par le cynisme des uns et par l’hypocrisie

1 Condamnations portées contre toutes les productions d’un écrivain, quelles qu’elles soient, « en haine de leur auteur. »

des autres ne l’emportera pas sur le plaisir que causerait peut-être à notre esprit les charmes du style le plus enchanteur? Fuyons la fascination de ces sirènes, si nous ne voulons pas être arrêtés dans notre course vers l’élernelle patrie! Rappelons- nous l’avertissement que l’Apôtre emprunte à un sage païen : « Les discours mauvais corrompent les plus belles vertus. » (Cor., xv, 33.) Ne craignons pas qu’on nous accuse d’être exagérés dans notre piété et trop absolus dans nos principes : de pareils blâmes sont aujourd’hui les plus beaux de tous les éloges. En présence des trahisons criminelles et des lâches défections dont un maître coteme Jésus-Christ est la victime, l’exagération dans la loyauté devient un devoir pour ses fidèles serviteurs; et les principes absolus sont l’unique salut d’une société qui s’écroule, parce qu'elle n’est bâtie que sur le sable mouvant des opinions.

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