‹ Le règne social du Cœur de JésusChapitre 13 sur 52 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Notre-Dame Auxiliatrice.

A ceux qui recourent à son Cœur très aimant, comme à la source de toutes les grâces ; à ceux qui, lui rappelant ses miséricordieux enseignements, le conjurent de hâter l’heureuse régénération prédite, depuis tant de siècles, à sainte Gertrude ; à ceux qui le pressent d’établir enfin sur le monde ce règne d’amour annoncé par la B. Marguerite-Marie, Jésus répond en montrant sa Mère comme la coadjutrice indispensable de cette grande œuvre, et en nous exhortant à mériter, par la ferveur et la constance de nos prières, sa toute-puissante médiation.

Tel est, en effet, le rôle de Marie, soit à l’égard de l’Église entière, soit à l’égard de chaque chrétien. Elle est la médiatrice secondaire entre nous et son divin Fils, comme son divin Fils est le souverain et unique médiateur entre Dieu et les hommes. Comme nous ne pouvons aller à Dieu que par Jésus, ainsi nous ne pouvons aller à Jésus que par Marie. C’est dans le sein de Marie que le Fils de Dieu a contracté avec notre nature l’ineffable union qui a fait de lui notre frère ; c’est avec son assistance qu’il a accompli, sur le Calvaire, l’immolation par laquelle il a été notre Rédempteur ; c’est en vue des prières de Marie, auxquelles

s’unissaient avec persévérance les Apôtres et les saintes femmes, que ce divin Sauveur a envoyé du ciel à son Église l’Esprit de sanctification ; et c’est encore à son intercession que nous sommes redevables des grâces qui pleuvent sur nous, chaque jour, avec tant d’abondance. Si le Cœur de Jésus est l’unique source de ces grâces, le Cœur de Marie en est l’unique canal. Elle est, pour le nouvel Adam, cet « aide semblable à lui, » qui coopère à l’œuvre du salut, comme la première Ève a coopéré à l’œuvre de perdition. En se donnant lui-même à elle, Jésus-Christ lui a donné tout ce qui lui appartient. Elle est la Reine de l’empire entier dont il est le Roi ; tout ce qu’il possède comme Fils de Dieu, elle le possède comme Mère de Jésus ; et, au moment où il se dispose à faire un suprême effort d’amour pour reconquérir cet empire terrestre, que la haine de Satan se flatte de lui arracher, il appelle Marie à déployer de son côté toute sa puissance, pour partager avec lui l’honneur de cette conquête.

C’est par là que Marie achèvera de mériter ce titre d’Auxiliatrice, que lui a valu le miraculeux secours prêté par elle à l’Église, dans toutes ses grandes nécessités *.

Trois fois, depuis six siècles, l’enfer a mis en œuvre toutes les séductions de sa perfidie et toutes les énergies de sa haine, pour arracher à Jésus-Christ son empire terrestre, et trois fois les serviteurs de Jésus-

1 Messager du Cœur de Jésus, t. XXXVll, p. 513.

NOTRE-UaME AUXILiATRiCE. 13l

Christ ont été redevables à l’assistance de Marie de leur délivrance et de leur triomphe.

Au douzième siècle, c’est du sein même de l’Église qu’est sorti le fléau destiné à la ravager et à la détruire. Le manichéisme, qui n’avait cessé de ronger, comme un chancre hideux, tantôt une partie, tantôt l’autre de la société chrétienne, fait simultanément son apparition en Allemagne, en Italie et dans le midi de la France ; il s’attaque au clergé aussi bien qu’aux fidèles ; en proscrivant l’Eucharistie comme une idolâtrie sacrilège, et le mariage comme l’œuvre de Satan, il corrompt tout à la fois les sources de la vie surnaturelle et de la vie sociale. C’est en vain que, pour se défendre contre cet ennemi qui les menace l'une et l’autre, dans leur existence même, la société civile et la société spirituelle unissent leurs armes et leurs efforts. Cette ligue, à laquelle jusqu'à ce jour rien n’avait pu résister, semble avoir perdu sa force. Les exhortations des papes ne sont pas écoulées ; les prélats se découragent, et les princes se tournent du côté de l’ennemi, qu’ils devraient combattre. Tout semble perdu, quand apparaît sur le champ de bataille un guerrier revêtu d’une armure nouvelle, dont la vertu merveilleuse ramène la victoire dans les rangs de l’armée catholique. C’est le chevalier de Marie; c’est Dominique, qui, armé du Rosaire, ne tarde pas à triompher de la secte contre laquelle les foudres spirituelles et les armes matérielles avaient été également impuissantes.

Délivrée de ces ennemis visibles et mortels, l’Église n’en demeurait pas moins en proie à la haine de l’ennemi invisible, dont les défaites ne font qu’irriter la rage sans diminuer ses forces. Au bout de deux siècles, il revient à la charge, et, pour rendre plus inévitable

le renversement de la cité sainte, il l’attaque à la fois par le dedans et par le dehors.

Au dedans , c’est une hérésie plus séduisante et plus meurtrière que le manichéisme ; plus séduisante, parce qu’elle se présente comme une réforme désirée de tous et destinée à faire cesser les désordres trop réels ; plus meurtrière, parce que le remède qu’elle apporte à la corruption des mœurs est la corruption plus irrémédiable de la foi.

Et, en même temps que le cri de révolte poussé en Allemagne par Luther, et répété en France par Calvin, en Angleterre par Henri VIII, enlève à l’Église le tiers de son patrimoine et menace de lui ôler bientôt tout le reste, voilà que l’empire anti-chrétien du croissant, parvenu alors à l’apogée de sa puissance, se précipite sur la chrétienté. Arrivé en vue des côtes d’Italie, à la tête d’une armée formidable, le farouche successeur de Mahomet jure que bientôt il fera manger ses chevaux sur l’autel de la basilique des saints Apôtres. Et qui peut l’empêcher d’exécuter ses menaces? En perdant son unité, la chrétienté mutilée par le protestantisme a perdu sa force. Les princes catholiques eux-mêmes, insensibles à leur commun danger, et uniquement occupés de leurs funestes divisions, ferment l’oreille aux supplications du Vicaire de Jésus-Christ. Pour arrêter les innombrables et puissantes galères de la flotte musulmane, Pie V n’a pu réunir qu’un petit nombre de vaisseaux, montés par une poignée de braves. Mais Pie V est fils de saint Dominique, et il n’a pas oublié le triomphe dont l’armée de Dieu a été, jadis, redevable au Saint-Rosaire. Il adresse donc un pressant appel à la milice qui manie ce glaive spirituel, et il l’exhorte à prêter son concours au petit bataillon qui lutte avec

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