‹ Le règne social du Cœur de JésusChapitre 14 sur 52 · NOTRE-DAME AUX1LIATRICE · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME AUX1LIATRICE

les armes matérielles. Cette fois son appel est entendu : les soldats de Marie se lèvent dans toutes les contrées du monde catholique ; ils forment une immense armée priante, dont les vaillantes légions suppléent au petit nombre des combattants ; et le secours de Marie, obtenu par leurs supplications, donne au choc des vaisseaux chrétiens une force irrésistible. Par cette victoire miraculeuse qu'elle révèle miraculeusement à son Pontife, la Vierge Auxiliatrice a porté à l’empire anti-chrétien un coup qui anéantira son prestige, et d’où datera sa décadence.

En même temps Marie suscitait, pour écarter le péril plus redoutable de l’intérieur, un autre guerrier aussi résolu que Dominique à combattre sous ses livrées et à lui faire hommage de ses triomphes. Visitant Ignace de Loyola sur son lit de douleur, elle lui inspirait la divine ambition de reproduire la parfaite ressemblance de I’Homme-DiEU ; et, après avoir reçu ses serments dans le sanctuaire de Montserrat, elle lui révélait, dans la grotte de Manrèse, le plan de la campagne qui devait arrêter les conquêtes de l’hérésie. C’est un grand pape, Benoit XIV, qui va nous dire la part qui revient à la protection maternelle de Marie dans les travaux et les succès de la Compagnie de Jésus. Voici ses paroles :

« En mettant au service de l’Église de nouvelles légions, enrôlées sous l’étendard du saint Nom de Jésus, Ignace de Loyola, persuadé que, dans l’œuvre de leur propre salut et de l’apostolat, lui et ses soldats auraient de rudes combats à livrer, jugea très sagement qu’il ne pouvait trouver de secours plus assuré que dans la protection de la bienheureuse Vierge. Aussi, s’éloignant de la demeure de ses pères, roulant déjà dans son esprit de vastes projets, et résolu de faire l’apprentissage

de la guerre des saints, il alla d’abord se jeter aux pieds de cette Vierge, et entra sous ses auspices dans le chemin de la perfection.

« Plus tard, continue Benoit XIV, après avoir choisi ses premiers compagnons d’armes, et déjà sur le point de les mener au combat, il ne voulut pas d’autre sanctuaire qu’une chapelle consacrée à la Vierge, sur le mont des Martyrs, à Paris, pour se lier avec eux par de sacrés et solennels engagements ; et c’est là-dessus, comme sur une pierre inébranlable, qu’il posa les premiers fondements de son Institut. Et, comme il avait lui-même coutume de ne prendre aucune décision, de ne mettre la main à aucune entreprise de quelque importance, sans avoir invoqué le nom de Marie, il voulut qu’à son exemple, dans tous les travaux et les ministères de leur profession, ses enfants missent, avant tout, leur espérance dans son intercession auprès de Dieu ; et qu’en allant affronter tant de périls pour la foi, ils regardassent avec confiance, comme leur refuge et leur rempart, en face des ennemis, cette tour inexpugnable à laquelle sont suspendus mille boucliers.

« Aussi, portant à travers l’immensité des terres et des mers, devant les rois et les nations, le nom adorable de Jésus, ils n’ont pas cessé de publier, en même temps et partout, le nom très doux de Marie ; et, en propageant la lumière de la foi et la sainteté des mœurs, ils ont donné, dans toutes les contrées des deux mondes, au culte et à l’honneur de Marie un merveilleux développement. »

Ainsi toujours, dans ses nécessités et ses entreprises de tout genre, dans ses luttes contre des fils révoltés et dans ses conquêtes sur les infidèles, l’Église a constamment mis sa confiance, après la bonté et la puis-.

NOTRE-DAME ÀUXILIATRICE.

sance infinie de Jésus, dans l’amour et la protection de Marie ; et toujours Marie a répondu à cette confiance par des miracles de protection. Toujours, les défenseurs de la cause de Jésus-Christ ont pu rendre à Marie, avec une même vérité, ce témoignage que l’Église lui rend au nom de tous dans l’office de Notre-Dame Auxiliatrice : « Tandis que nous combattions, nous mettions en Marie notre espérance, et elle est venue à notre secours : Ecce Maria erat spes nostra, et venit in adjutorium nobis . » Après Lépante, c’est Corfou, c’est Belgrade, c’est Vienne qui ont été les théâtres de cette constante correspondance entre les espérances de l’Église et les prodiges de la puissance de Marie.

En présence de faits aussi éclatants, nous n’avons pas, en vérité, grand mérite à compter avec assurance sur le secours plus efficace que les périls constants de l’Église rendent indispensable. Est-il besoin d’une foi bien robuste pour prédire avec certitude, quand le soleil se couche, le soir, qu’il se lèvera le lendemain matin? De ce que Dieu a fait^usqu’à ce jour dans l’ordre physique, nous déduiptfns sans hésiter ce qu’il peut et veut faire à l’avenir : pourquoi ne raisonnerionsnous pas de la même manière, relativement à l’ordre moral? Dieu est-il moins puissant ou plus capable de se dédire, quand il s’agit de l’honneur de sa Mère et de l’intérêt de son Église, que lorsqu’il est question des lois et des intérêts du monde matériel? Puisque, jusqu’à ce jour, il a constamment proportionné la gran-

deur des miracles à la gravité des dangers, ne doutons pas que, pour délivrer l’Église du péril le plus grave qu’elle ait jamais subi, il ne prépare le plus éclatant des prodiges de sa droite ; mais, en môme temps, n’oublions pas que, dans notre siècle comme dans les siècles passés, les grands prodiges de la puissance de Dieu doivent être le prix des témoignages héroïques de notre confiance dans l’intercession de Marie.

Oui, ils sont immenses les périls de l’Église. Assaillie à la fois, comme au seizième siècle, parles ennemis du dedans et du dehors, elle les voit se liguer ensemble avec un accord inouï jusqu’à ce jour, et créer, pour la détruire, ce qui ne s’était jamais vu et ce qui semblait contraire à la nature des choses : l’unité dans le royaume de la division, la discipline dans la révolte, une sorte d’abnégation diabolique dans la cité de l’égoïsme. Du sein même de la chrétienté est née une hérésie plus radicale que toutes les autres, puisqu’elle nie absolument tous les dogmes. Un nombre immense de baptisés professent, aujourd’hui, un paganisme incomparablement plus contraire à la vérité que celui des adorateurs de Jupiter : et ils ne s’en tiennent pas à la négation de la vérité, ils la haïssent, ils la détestent ; ils lui ont déclaré une guerre à mort, qu’ils poursuivent avec un acharnement toujours croissant. Leur but avoué est d’anéantir le règne de Dieu dans la société d’abord, puis dans la famille, enfin, dans les âmes; et, pour atteindre sûrement ce but, ils ont formé dans le monde entier une immense société, calquée sur l’organisation de l’Église et des Ordres religieux. Mauvais catholiques, protestants, déistes, spirites, musulmans, athées sont enrôlés ensemble dans cette armée de la négation; et, quelque contradictoires que soient leurs

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