CHAPITRE II
Le Pape.
4 Soldats de la grande armée du Christ, nous avons un chef chargé de nous transmettre les ordres de notre Roi et souverain Seigneur, auquel, par conséquent, nous devons amour, obéissance et dévouement : c’est le Pape. Le Pape, voilà l’image vivante, la sensible représentation et l’instrument infatigable de l’infinie charité du Cœur de Jésus ; il est, après la divine Marie, le grand coadjuteur destiné à établir chez tous les peuples de l’univers la royauté de Jésus-Christ.
Aussi le rôle que le Cœur de Jésus remplit invisiblement par lui-même, à l’égard des âmes, il le remplit visiblement à l’égard de l’Église par l’intermédiaire du Souverain Pontife.
Quel est en effet, dans l’Église de Dieu, le rôle du divin Cœur de Jésus ? Il est l’invisible foyer d’où rayonne, dans toutes les parties de ce grand corps, la vie surnaturelle, la foi qui éclaire les intelligences, la charité qui embrase les cœurs, la grâce qui sanctifie les âmes.
Eh bien ! ce même rôle que le Cœur de Jésus remplit invisiblement par lui-même, dans l’Église, il le rem-
1 Messager , t. XXXVI, p. 123.
LE PAPE
plit visiblement par le Souverain Pontife. La papauté est le foyer toujours actif, d’où rayonnent constamment sur le monde la lumière de la vérité, la chaleur de la charité, la force et la vie de la grâce, d’ou résultent la connaissance et l’amour de Jésus et partant son règne dans les sociétés. Développons cette pensée.
La doctrine du salut est annoncée aujourd’hui à tous les peuples de l’univers. Nous avons , aujourd’hui, plus de motifs que n’en avait saint Paul pour appliquer, au rayonnement de la lumière spirituelle, ce que dit le Psalmiste des enseignements du firmament matériel : « Leur voix s’est fait entendre à toute la terre, et leur témoignage a retenti jusqu’aux extrémités de l’univers. »
Une seule contrée semblait être demeurée, jusqu’à ce jour, à peu près inaccessible aux porteurs de la bonne nouvelle. C’était le centre du continent africain. Et voilà que des expéditions apostoliques se sont organisées de toutes parts pour faire pénétrer, au sein des ténèbres qui couvraient cette contrée malheureuse, les rayons de la céleste clarté. Mais ces rayons salutaires, quel en est le foyer? Qui a envoyé aux malheureux descendants de Cham, aux derniers héritiers de l’antique malédiction, la parole de la réconciliation et de l’espérance? D’où partent ces messagers de salut qui s’en vont faire retentir, sur toutes les plages, l’annonce des divines miséri-
cordes? Ils partent de Rome, du Vatican, de ce palais qui sert de prison au Vicaire de Jésus-Christ.
Cette même Rome, dont la révolution a fait sa capitale, est encore, en dépit de Tenter, la capitale de l’empire de la vérité. Dépouillé par ses enfants de ses possessions temporelles, le Pontife romain continue à répandre sur les nations les plus éloignées les richesses spirituelles. Il n’en est pas une seule qui échappe à sa sollicitude. Sur tous les points du globe, il y a des voix qui font écho à sa voix, pour faire connaître à tous les hommes la vérité qui seule peut les sauver.
Oui, à tous les hommes : car, comme il n’est pas dans le monde un seul peuple auquel n’arrive la parole du Vicaire de Jésus-Christ, il n’est pas au sein de ces peuples une condition si humble, un âge si tendre, une intelligence si faible à laquelle cet enseignement ne soit accessible. Débiteur envers tous du dépôt divin dont la dispensation lui a été confiée, le successeur des Apôtres acquitte sans cesse sa dette envers tous, savants et ignorants, civilisés et barbares. Il ne tient pas à lui qu’il ne reste plus, dans la famille d’Adam, un seul infortuné qui n’ait recouvré la partie la plus précieuse de l’héritage dont nous avait dépouillés la faute de notre premier père.
La papauté, en effet, ne cesse pas plus de faire rayonner la vérité divine sur toutes les intelligences que le soleil d’inonder l’espace de ses clartés. Et comme, en dehors des contrées que le soleil éclaire de ses rayons, il n’y a que ténèbres ; ainsi, en dehors de la sphère qu’illuminent les enseignements du Vicaire de Jésus-Christ, il n’y a qu’erreur, incertitude, contradiction. Les maîtres qui n’ont pas reçu de lui leur mission, au lieu de la vérité divine, une, certaine et
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immuable comme Dieu, n’enseignent que des opinions humaines diverses, incertaines et changeantes comme les hommes. Il s’élève constamment de la terre deux grandes voix : l’une est la voix de l’unité catholique ; voix harmonieuse, qui part à la fois de millions de bouches, sans souffrir pour cela aucune dissonnance ; qui chante sur toutes les plages le même cantique; confesse le même symbole; qui dit aujourd’hui ce qu’elle disait il y a dix-huit siècles, et, sur des rythmes différents, module toujours les mêmes accords. Cette voix de la Jérusalem terrestre est l’écho fidèle de la céleste cité; et comme, dans le ciel, les lèvres du Verbe incarné donnent le ton aux anges et aux bienheureux, qui forment avec lui un même chœur, ainsi, sur la terre, le Pontife romain est le coryphée qu’accompagnent tous ceux qui veulent prendre part au divin concert et qui ne veulent pas troubler, par les dissonnances de l’erreur, la divine harmonie de la vérité.
En effet, hors du chœur que guide la voix du Vicaire de Jésus-Christ, il n’y a que désaccord et trouble. C’est Babel, la cité de la contradiction et du désordre, « où nul ne peut entendre son voisin, » parçe que chacun se fait à lui- même sa langue, sa foi, sa doctrine. C’est l’image et l’écho de l’infernale cité « où n’habite aucun ordre, et où l’éternelle confusion fait sa demeure. »
Donner aux hommes la vérité et leur conserver la possession de ce trésor serait déjà faire au monde un assez beau présent : ce serait prêter à l’action invisible
du Cœur de Jésus un concours assez méritoire. Mais là ne se borne pas l’influence bienfaisante du Vicaire de Jésus-Christ. Avec la lumière de la vérité qu’il fait briller aux intelligences, il répand dans les cœurs la chaleur de l’amour, et dans les âmes la vie de la grâce.
Entre toutes les leçons que le successeur de saint Pierre ne cesse de répéter aux hommes, par la bouche de ses envoyés, il en est une sur laquelle il insiste davantage, parce qu’elle renferme toutes les autres, et parce qu’ils ont plus de peine à l’apprendre; et, non content de la rappeler à leur mémoire et de la graver dans leurs esprits, il l’imprime dans leurs volontés et leur en montre la pratique : il leur apprend à aimer, à aimer Dieu et à s’aimer les uns les autres.
Saint Pierre n’oublie pas la réponse que le divin Maître fit, un jour, au docteur de la loi qui demandait de lui indiquer le grand commandement : « Vous aimerez, » lui répondit le Seigneur. Et pour s’assurer que son apôtre avait bien compris cette leçon; avant de l’investir du suprême pouvoir de paître son troupeau, il lui fait subir un examen sur cette unique doctrine. Trois fois il l’interroge, et trois fois il lui pose la même question : « M’aimez- vous? » et trois fois il lui montre comment se montre l’amour envers Dieu, par le dévouement envers les hommes. Saint Pierre n’a pas oublié cette leçon ; et, durant tçut le cours des siècles, il ne cesse de répéter aux hommes, par ses successeurs, ce que le Cœur de Jésus lui a si bien fait comprendre.
Par son exemple, plus encore que par son langage, la papauté ne cesse d’inculquer à l’humanité égoïste le grand enseignement de l’amour. Le nom même du Pape exprime cette douce fonction : car, ce nom signifie Père.
LE PAPE
Le Pape, en effet, est vraiment Père; et il est, sans exception, le Père de tous les hommes. Il est le Père des catholiques, qui le reconnaissent comme tel. Ils le savent, la vie surnaturelle qu’ils reçoivent du sacerdoce par le baptême, par l’eucharistie, par les sacrements, le sacerdoce ne la leur communique qu’en vertu du pouvoir qu’il reçoit de la papauté par l’intermédiaire de l’épiscopat. Cette vie divine, comparée souvent à l’eau vive dans les saintes Écritures, s’oflre à nous sous l’image de ces trois fontaines que nous voyons, parfois, dans nos places publiques, et où l’eau, jaillissant dans un réservoir supérieur, descend, par une série de vasques superposées, jusque dans le bassin inférieur, où elle acquiert toute son étendue. Ainsi la vie divine, dont la source est dans le Cœur de Jésus, se répand dans le cœur du Pontife romain, qui la communique aux évêques, et par eux aux prêtres, et par les prêtres à l’universalité des fidèles. Par cet enchaînement harmonieux, nos âmes sont en communion constante avec le Pape, et par le Pape avec le Cœur de Jésus. Si l’un des anneaux de la chaîne se brisait, la vie divine cesserait de couler sur nous; mais, tant que nous demeurerons unis à notre évêque, si fidèlement uni lui-même avec le Souverain Pontife, la vie du Cœur de Jésus ne peut manquer de couler sur nous avec abondance.
En effet, comme le Cœur de Jésus n’a reçu lui-même cette vie que pour la communiquer, le Pape n’en reçoit la plénitude que pour nous y faire participer. « Nous avons vu sa gloire, dit saint Jean du Verbe incarné, la gloire qui lui convient comme Fils unique du Père, la plénitude de la grâce et de la vérité. Et il ajoute incontinent : « Et nous avons tous reçu de sa plénitude. »
Tout pèlerin venant de Rome peut rendre le même témoignage, relativement au Vicaire du divin Sauveur. Si on lui demande : Qu’avez-vous vu dans la ville éternelle? 11 devra répondre : J’ai vu l’homme dans la personne duquel sont concentrées toutes les prérogatives divines ; l’homme qui a le pouvoir d’enseigner infailliblement la vérité ; l’homme qui peut conférer par lui-même les sacrements, et communiquer aux autres le même privilège; l’homme qui peut non seulement donner aux âmes la vie surnaturelle, mais créer encore les pères des âmes ; l’homme qui tient en main les clefs du royaume céleste et qui possède, au même titre que saint Pierre, le plein pouvoir de lier et de délier; l’homme en un mot qui a dans un sens véritable la plénitude de la grâce et de la vérité, puisqu’il est le lieutenant, le plénipotentiaire de Celui à qui cette plénitude appartient comme son droit propre.
Mais immédiatement après avoir fait cette première réponse, le pèlerin de Rome devra ajouter : Cette plénitude, qui élève le Pape au-dessus de tous les autres hommes, je l’ai vu constamment occupé à nous en faire part : Et de plénitude ejus omnes nos accipimus. Loin de la garder pour lui et de se reposer dans la jouissance de ce trésor, il ne se donne aucun repos, et se considère comme le débiteur et le serviteur de tous ses frères. Son continuel souci est de répandre, dans tout l’univers, cette vérité et cette grâce dont Dieu l’a fait le dispensateur : Instantia mea quotidiana sollicitude omnium ecclesiai'um. Quelque part qu’il se montre, on le voit toujours la main levée pour bénir ; et, dans ses bénédictions, il ne fait pas de distinction : sa main s’étend sur les hérétiques et les infidèles, comme sur les catholiques; il les bénit tous, parce que, si tous ne
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le reconnaissent pas pour leur père, il les reconnaît tons comme ses enfants. Et ceux qu’il ne peut bénir par lui-même, il est heureux de leur envoyer ses bénédictions par le ministère des prêtres qui approchent de son auguste personne.
Chose triste à dire : ce digne représentant de la divine charité, ce vivant portrait de ce fidèle organe du Cœur de Jésus, ce père de l’humanité, cet homme dont la vie entière se passe à bénir, il y a sur la terre des hommes qui le maudissent ! Tandis qu’il répand sans cesse sur le monde la lumière de la vérité et la chaleur de l’amour, l’erreur et la haine s’unissent pour le combattre ; tandis qu’il travaille sans cesse pour donner la vie, on complote sa mort !
C’est par là que s’achève la parfaite ressemblance du Pontife romain avec le Cœur de Jésus. Commç l’action de l’un et de l’autre est une seule et même action, leur destinée ne pouvait manquer d’être la même. Aussi, en acceptant son lourd fardeau, ne se faisait-il pas la moindre illusion. Comme le divin Sauveur, il a le droit de dire : Mon cœur , au lieu de la reconnaissance qui m’était due, n’a attendu que des outrages ; * au lieu des jouissances et des honneurs, je me suis préparé aux injustices et aux persécutions; et mon attente n’a pas été trompée : Improperium expectavit cor meum et miser iam.
Il dépend de nous que, du moins, la dernière partie de la prophétie ne se réalise pas ; que le Père de nos âmes n’ait pas lieu de se plaindre qu’entouré d’ingrats et de traitres, il a cherché un consolateur et ne l’a pas trouvé.
Cette lie la plus amère de son calice, Jésus-Christ se l’est exclusivement réservée ; et il est le premier à
nous conjurer d'en épargner l’amertume à son Vicaire; de 11e pas imiter la torpeur des Apôtres, qui, au jardin des Olives, le laissèrent seul endurer sa sanglante agonie. Si le Pape se voit assailli par des disciples apostats, par d’orgueilleux sophistes et par des politiques lâches et égoïstes, qu’à côté des Judas, des Pharisiens, des Hérodes et des Pilâtes, il y ait des disciples fidèles, plus nombreux que ceux dont la croix fut entourée. L’Apostolat de la Prière lui fournira ces compagnons et ces défenseurs, qui, s’ils ne peuvent combattre avec le glaive matériel, souffriront du moins et prieront avec lui. Notre fidélité sera d’autant plus méritoire que nos efforts semblent condamnés à une plus complète stérilité. C’est l’heure de la puissance des ténèbres; mais c’est aussi l’heure où se montre le mieux l’énergie des fils de la lumière.
* 1 Si dans le Pape la secte révolutionnaire ne voyait que l’homme, elle ne pourrait susciter contre lui que des haines individuelles ; si elle n’envisageait que le roi légitime, l’hostilité serait purement politique et se bornerait à l’étroite sphère où s’agitent les partis politiques. Mais, aujourd’hui, nous voyons de toutes les contrées du monde s’élever des cris de haine contre cet homme si doux, contre ce souverain si généreux. Comme Jésus-Christ, il a passé en faisant le bien, et
1 Messager, t, XXXI, p. 602.
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comme Jésus-Christ il entend les foules demander sa mort et lui préférer Barrabas. Depuis qu’il a été placé sur le trône le plus élevé de l’univers, sa main ne s’est étendue que pour bénir, et il se voit poursuivi par une immense malédiction. Il n’a cessé de soutenir les droits de l’autorité, et les dépositaires de l’autorité l’accusent de fomenter la sédition. Il a constamment défendu les intérêts des classes pauvres, et on le fait passer à leurs yeux pour un ennemi. Comment expliquer ce concert d’hostilité, cette ligue de toutes les classes et de tous les peuples contre un homme dont le caractère individuel, les actes, les sentiments ne donnent pas à la haine la moindre prise?
A cette question, il n’y a qu’une réponse. On hait le Pape pour le même motif qui a fait haïr Jésus-Christ lui-même. Jésus-Christ n’est-il pas l’amour incarné? Ne s’est-il pas montré au monde comme la personnification de la divine philanthropie? C’est l’expression dont saint Paul se sert pour indiquer son Incarnation. (Tit. ni, 4.) Il a été haï pourtant, et pourquoi? A cause même de son amour. Et voilà aussi la cause, l’unique cause qui fait haïr le Pape ; voilà le motif qui nous oblige de redoubler envers lui de dévouement.
Oui, la gloire, l’incomparable gloire du Vicaire de Jésus-Christ, c’est de concentrer dans sa personne la grande lutte qui constitue la vie terrestre de l’humanité, et qui remplit son histoire : la lutte de la haine contre l’amour, de l’amour mauvais contre l’amour divin. Dieu, en effet, qui vit d’amour, n’a pas d’autre désir que de communiquer cette vie aux hommes; et, dès l’origine, il s’est mis à l’œuvre; mais, dès l’origine aussi, il s’est heurté contre l’égoïsme, qui porte l’homme à vivre de sa vie propre et à n’aimer que lui-même. Il
y a donc eu sur la terre, depuis qu’elle est devenue l’habitation de l’humanité, un grand parti composé d’hommes décidés à ne rien devoir à Dieu et à repousser toutes les avances de sa bonté. Ces ennemis du divin amour sont devenus d’autant plus haineux, qu’ils ont été l’objet de prévenances plus miséricordieuses.
Ce sont eux qui ont condamné à mort le Fils de Dieu, paru sur la terre pour leur donner la vie. Pharisiens, sadducéens, hérodiens, juifs, idolâtres, incroyants, bien qu’ils lussent séparés en apparence par des abîmes, se sont unis dans une ligue étroite contre le Sauveur : c’est qu’en réalité, ils appartenaient tous à la même armée, à l’armée de la haine. Ils avaient tous une même religion, le culte de l’égoïsme. Leurs diverses croyances n’étaient que des masques divers sous lesquels se cachait le même sentiment, et les pharisiens les plus orthodoxes étaient probablement, entre tous ces ennemis de la Vérité incarnée, ceux qu’un plus criminel orgueil animait contre elle d’une haine plus infernale.
Ce qui se passait il y a dix-huit siècles, c’est ce que nous voyons encore de nos yeux. Le divin amour n’a cessé, depuis cette époque, de renouveler à l’égard des hommes ses infatigables poursuites ; et il ne l’a pas fait en vain. Il s’est formé une armée, et à son aide il a renouvelé, dans chaque siècle, ses luttes et ses conquêtes. Mais l’armée de la haine n’a cessé de lui résister, et l’acharnement de la résistance s’est accru avec la générosité du divin amour. Les formes que prend la haine ne sont pas moins variées, de nos jours, qu’aux jours du Sauveur. Elle s’allie avec toutes les croyances et avec toutes les incrédulités. L’unique point important pour elle, c’est de ne pas dépendre de Dieu. Cette
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prétention, qui a toujours été la sienne, elle l’affiche de nos jours avec plus d’audace que jamais. Tandis qu’auparavant elle la dissimulait avec soin, aujourd’hui elle lui donne un nom, et ce nom est devenu son cri de guerre : C’est le libéralisme. Croyez tout ce que vous voudrez, adoptez la religion qui vous plaira davantage, soyez pharisien ou sadducéen, pourvu que vous refusiez à Jésus-Christ le droit d’enchaîner la liberté de votre esprit et de votre cœur par la manifestation de sa vérité et de son amour, vous êtes libéral, et par conséquent, vous appartenez à la grande armée qui cômbat contre Dieu et contre son Christ.
Plus nombreuse, plus forte, plus audacieuse, plus acharnée qu’elle ne l’avait jamais été, cette armée de la haine se croit au moment de remporter une victoire décisive ; mais elle ne triomphera pas, parce que la haine ne l’emportera pas sur l’amour, et que le Pape est la grande personnification de l’amour.
Oui, vraiment, il est sur la terre la grande personnification du divin amour ; oui, c’est au divin amour que s’attaquent tous les orgueils ligués contre lui; et, par conséquent, il ne pourrait être vaincu qu’autant que le divin amour succomberait sous la coalition des haines terrestres et infernales.
Sa défaite est donc impossible et son triomphe au contraire est assuré. Bien aveugles sont ceux qui se laissent donner le change par son apparente faiblesse ! N’est-ce pas ainsi que le divin Amour s’est constamment présenté aux hommes; et n’est-ce pas ainsi qu’il devait leur apparaître, pour pouvoir discerner les cœurs généreux? S’il se fût montré dans sa gloire et dans sa richesse, les mercenaires eussent été les plus empressés autour de lui. Mais quand il se montre sous
les traits de Jésus crucifié, quand il a contre lui toutes les puissances du monde, et ne semble réserver à ses amis que son amer calice, c’est alors que la générosité peut se montrer avec éclat, c’est alors que la fidélité devient méritoire; c’est alors que ce divin amour remporte dans les âmes de ses serviteurs un triomphe d’autant plus glorieux que sa défaite dans le monde semble plus complète.
Telle est la gloire que conquirent jadis, au pied delà croix, les fidèles amis du Sauveur expirant ; c’est celle que le Pape offre aujourd’hui aux catholiques qui s’associent à ses douleurs. Aucun des bienfaits miraculeux que le Sauveur conféra aux hommes durant sa vie mortelle n’est comparable à la grâce qu’il fit à Marie, à saint Jean, aux saintes Femmes, en les appelant à partager son agonie ; aussi, nous qui pouvons aujourd’hui entrer en partage des ignominies du Vicaire de Jésus-Christ, sommes-nous plus favorisés que les chrétiens envers lesquels, à l’époque de ses splendeurs, la papauté s’es <t montrée plus prodigue de ses faveurs.
Mais que ferons-nous pour témoigner notre dévouement à cette auguste victime ? Comment pourrons-nous prendre part à la lutte qu’il soutient si vaillamment? Comment le défendrons-nous contre la haine acharnée contre lui et hâterons-nous le triomphe du divin amour personnifié dans sa personne ? En imitant Marie, saint Jean et les saintes Femmes réunis autour de la croix. Nous aussi serrons-noue autour de la croix du Pape ; et si nous ne pouvons nous rapprocher de lui visiblement par un pieux pèlerinage, unissons-nous à lui du moins en esprit. Faisons hautement profession de soumission à son autorité ; ne dissimulons pas notre horreur pour la trahison et l’injustice ; usons de notre
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influence pour faire prévaloir les droits de la justice et de la vérité ; prions surtout avec Une confiance toujours croissante.
Conjurons enfin le Cœur de Jésus de soutenir, par une grâce de plus en plus puissante, celui qui est ici-bas la personnification de sa charité ; et qu’il lui donne même sur la terre le triomphe qui fera triompher, dans sa personne, la divine royauté de son amour, et qui contribuera si puissamment à établir le règne de son Cœur dans les âmes et les sociétés.