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CHAPITRE III

Les Prêtres1.

Un autre auxiliaire essentiel du règne du Cœur de Jésus est le prêtre ; le prêtre, la plus haute personnification de l’ordre divin ici-bas ; le prêtre, le don le plus précieux que Jésus ait lait au monde, le moyen le plus puissant de régénération et de vrai progrès pour l’humanité !

Voyons en quoi et comment le prêtre catholique est le grand agent de cette régénération et de ce progrès.

Supposons que Platon, lorsqu’il rêvait son plan de république idéale, eût imaginé d’établir non seulement dans chaque ville, mais dans chaque village, un homme dont l’unique fonction fût de faire du bien ; que le devoir le plus impérieux mît au service de toutes les misères, et qui, sans négliger les souffrances corporelles, eût surtout pour mission de guérir les infirmités morales ; un4 homme chargé d’éclairer l’ignorance, de fortifier la vertu chancelante, de pardonner le crime, de guérir les habitudes vicieuses, d’apaiser les inimitiés,

1 Messager , t. II, p. 42 ; t. XXXIV, p. 490 ; t. XXïX, p. 490.

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d’adoucir les amertumes de la pauvreté, les douleurs de la maladie, les angoisses de la mort ; un homme aux yeux duquel toutes les inégalités sociales dussent disparaître, qui dût dire aux riches leurs devoirs, et rappeler aux pauvres leur dignité ; qui fût redevable envers tous et qui ne s’appartînt pas un seul instant à lui-même ; supposons que Platon eût tracé l’esquisse d’une institution semblable : le monde eût admiré sans doute une idée aussi belle ; mais il n’est pas un seul homme de bon sens qui n’en eût regardé la réalisation comme impossible.

Elle était impossible, en effet, tant que l’homme n’était qu’homme ; mais depuis la venue de l’Homme- Dieu, ce qui auparavant n’était qu’un rêve est devenu réalité ; et une réalité tellement commune et tellement familière, que les hommes la voient sans s’étonner.

Pourquoi faut-il ajouter, hélas ! qu’à force de faire du bien, cette institution a eu le sort de toutes les choses anciennes dont on s’ennuie, et qu’en ce moment il est bien des hommes qui, pour se donner le plaisir de refaire l’humanité à leur guise, voudraient se défaire du sacerdoce catholique I

Ah ! c’est que le sacerdoce catholique est la reproduction la plus saisissante de Jésus-Christ sur la terre, et on ne veut pas de lui, parce qu’on ne veut plus de Jésus- Christ.

Et pourtant, quoi de plus salutaire à la société, quoi de plus humain que cette institution ? Si on la détruit, par quoi pourra-t-on la remplacer? Si le prêtre n’était plus là pour enseigner l’amour de Dieu et l’amour de tous les hommes pour Dieu, qui donc pourrait faire pénétrer dans les cœurs cette grande leçon, fondement de toute morale? S’il n’opposait les enseignements de

FÉvangile et les exemples d’un Dieu crucifié aux envahissements de plus en plus formidables de l’égoïsme, qui pourrait mettre une digue à ce torrent dévastateur? S’il n’enseignait aux pauvres à supporter avec joie leur indigence, en vue des joies d’une vie meilleure, qui éteindrait dans leur cœur les flammes de l’envie? Si le prêtre n’accourait plus auprès du lit du mourant, quel autre consolateur pourrait éclairer les sombres perspectives du tombeau !

Utile à la société au souverain degré, le prêtre n’estil pas nécessaire à l’Église? C’est un des articles fondamentaux de notre croyance que le Fils de Dieu, en montant au ciel, a légué au sacerdoce sa mission et son pouvoir ; qu’il en a fait le propagateur de sa doctrine, le dispensateur de sa grâce, le dépositaire de son autorité? Sans doute, la vie du corps de l’Église et de chacun de ses membres est une vie divine, et, par conséquent, elle a Dieu même pour premier principe.

L’Esprit de Dieu, présent dans toutes les âmes justifiées y entretient par lui-même cette vie ; et, quand elles ont le malheur de la perdre, il fait de constants efforts pour la leur rendre. Mais, dans l’ordre ordinaire, cette action immédiate du divin Esprit sur l’intérieur des âmes ne produit son effet qu’autant qu’elle est aidée, au dehors, par le ministère sacerdotal. C’est bien la lumière de la foi qui éclaire les intelligences ; mais c’est par la parole du prêtre que cette lumière est mise en vibration. C’est la grâce de la charité qui échauffe les cœurs et féconde les volontés ; mais c’est par les mains du prêtre et par les canaux des Sacrements que cette grâce se répand dans les âmes. C’est par un miracle permanent de sa toute puissance que l’auteur même de la grâce demeure constamment pré-

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sent dans nos tabernacles ; mais c’est par les lèvres du prêtre que ce miracle se produit et se renouvelle sans cesse. Jésus-Christ est tout pour l’Église ; mais, comme il ne se donne à elle que par le sacerdoce, on peut dire que le sacerdoce n’est pas moins nécessaire que Jésus- Christ lui-même à la vie de l’Église.

La perpétuité du sacerdoce est donc, pour l’Église, la première de toutes les nécessités. Oui, la première, car par le sacerdoce tous les autres éléments de là vie surnaturelle pourraient être rétablis, s'ils venaient à manquer, tandis que le sacerdoce manquant, tous ces éléments seraient irrémédiablement détruits. On conçoit que l’Église pût subsister, pendant un temps plus ou moins long, sans que le divin Sauveur fût sacramentellement présent sur aucun autel ; mais comment pourrait-elle subsister, s’il cessait d’être présent par son pouvoir dans le sacerdoce? Comment la foi serait-elle fixée? Comment les volontés incertaines et faibles seraient-elles guidées et soutenues dans la voie du bien? Comment les pécheurs seraient-ils assurés du pardon de leur faute? Toutes les fonctions vitales seraient suspendues dans le corps mystique du Sauveur!

Il suit de là que la prospérité de l’Église, soit dans son ensemble, soit dans chacune de ses parties, sera toujours en rapport avec le nombre et la bonne formation des ministres du sanctuaire. Le prophète a dit : « Tel peuple, tel prêtre. » (Is., xxiv, 2.) Et nous pouvons dire avec une égale vérité : Tel prêtre, tel peuple ; tel est le sacerdoce au sein d’une nation, telle sera la nation tout entière. Lumière du monde , flambeau allumé par la main de Dieu même et placé sur le chandelier pour éclairer toute la maison (Mat., v, 14), le véritable prêtre répand autour de lui des rayons vivi-

liants, que les ténèbres pourront combattre, mais qu’elles ne sauraient complètement étouffer. Sel de la terre, il préserve de la corruption toutes les âmes qui ne repoussent pas obstinément sa salutaire influence. (Mat., v, 13.)

Dans la personne du prêtre, Jésus-Christ se multiplie et ?se rend présent à tous les membres de l’Église. Il passe encore en faisant le bien , guérissant les malades et chassant les démons. 11 continue à accomplir par le ministère du prêtre la grande mission de diviniser V humanité. Le prêtre, en effet, n’est occupé qu’à cette œuvre, et toutes ses fonctions ne tendent qu’à ce but. Il y a pour lui obligation étroite, sous peine de damnation, de fournir à tous les enfants des hommes qui naissent dans le territoire commis à son zèle tous les moyens de devenir des enfants de Dieu, et d’arriver à l’éternelle participation de la nature et du bonheur de Dieu.

Pour accomplir cette grande œuvre, il devra s’y prendre dès leur entrée dans la vie. Dès lors, il les incorpore à Jésus-Christ et, à mesure que leurs facultés se développent, il devra former ces facultés à l’image de Jésus-Christ. Leur intelligence, il devra la remplir de la lumière de Jésus-Christ ; il devra fortifier leur esprit par l’esprit de Jésus-Christ ; sanctifier leur chair même par la chair de Jésus-Christ. S’ils ont le malheur de perdre leur vie divine, il devra la leur rendre par la pénitence ; chaque jour, il offrira pour eux le divin Sacrifice ; chaque dimanche, il les réunira autour de l’autel pour les arracher aux soucis et aux luttes de cette vie misérable, et leur rappeler qu’ils sont tous destinés à posséder en commun, dans une vie meilleure, l’héritage du Père céleste; et, quand arrive pour chacun d’eux le terme de l’épreuve, le prêtre est là pour con-

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sommer, au milieu même des ravages de la mort, son œuvre de vie, et préparer l’âme, par une purification dernière, à entrer dans le séjour de l’éternel bonheur.

La dignité du prêtre est donc d’une suréminence qui impose à tous le respect et la vénération. Oui, mais c’est en raison même de sa dignité que le prêtre, plus que tms les autres fidèles, est tenu de s’attacher à la dévotion du sacré Cœur. Pourquoi cela ? parce que c’est dans cé Cœur adorable qu’il puisera les grâces nécessaires pour la pratique des vertus que réclame la mission qu’il est appelé à remplir au milieu du monde.

Il doit, en effet, donner l’exemple du détachement. A une génération qui ne sait plus estimer que l’or et les biens que l’on acquiert avec l’or, il faut de grands exemples de détachement. Moins elle est capable de le comprendre, plus il faut faire d’efforts pour la contraindre à y croire. Ce n’est pas chose facile, avouons-le, puisque c’est la contraindre à croire l’impossible. Aussi les hommes de notre âge luttent-ils, de toutes leurs forces, contre la croyance au désintéressement du clergé. Dans le ministère pastoral, ils s’habituent à voir un métier comme un autre, et, tant que l’évidence du contraire ne les éblouit point par sa clarté, ils soutiennent que le prêtre n’est conduit, comme les autres hommes, que par l’appât de l’intérêt. Mais qu’un homme apparaisse, pareil au vénérable curé d’Ars, qui naguère brillait comme un flambeau au centre de la France, oublieux de lui-même jusqu’à se refuser le

nécessaire, vivant dans la chair comme s’il n’avait pas de chair, jour et nuit à la disposition des âmes qui viennent réclamer son secours ; ce miracle de désintéressement et d’abnégation frappe d’autant plus les esprits, qu’ils ont plus de peine à y croire. Tous les préjugés tombent devant des preuves aussi éclatantes; en môme temps qu’on admire l’homme, on ne peut s’empêcher d’aimer la doctrine qu’il annonce, et qui produit en lui de pareils effets ; des contrées entières sont renouvelées par cette prédication des œuvres, plus éloquentes que tous les discours.

On a tant abusé de la parole, dans ce siècle, que la parole semble avoir perdu tout empire sur les âmes. D’ailleurs, quels sont ceux qui viennent entendre la parole évangélique, sinon ceux à qui sa lumière est moins nécessaire? Quant à ceux qui marchent dans les ténèbres, ils se gardent bien de venir chercher le flambeau qui pourrait les éclairer. Il faut que la lumière aille à eux, sous la forme la plus capable de détruire leurs préjugés. Il n’y a que les faits qui puissent leur parler, et, pour reconnaître la présence de Dieu parmi les hommes, il faut qu’ils voient des hommes qui ne soient plus hommes, et dans lesquels le dégagement de tout intérêt humain soit poussé jusqu’au miracle.

Le prêtre doit aussi donner l’exemple du dévouement et du zèle. Autant l’héroïsme du désintéressement est indispensable pour gagner une génération asservie à la cupidité, autant l’héroïsme de la charité est nécessaire

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pour conquérir les âmes dominées par l’égoïsme. Jamais l’homme ne sentit plus le besoin d’être aimé, et jamais pourtant le véritable amour ne fut plus rare. Chassé de tous ses antiques refuges par les rivalités et les convoitises qui pénètrent partout, il ne trouve plus d’abri, même sous le toit domestique. L’intérêt divise ceux-là même que le sang avait le plus étroitement unis, et, à mesure que les distances matérielles s’effacent, les âmes semblent s’isoler davantage. De cet isolement moral combiné avec le tumulte des intérêts et l’encombrement de toutes les carrières, résulte pour les âmes un état douloureux, un sombre ennui inconnu aux âges passés et qui ne permet plus à personne de rester paisiblement dans sa position. Ce tourment intérieur s’étend à tous les âges et à toutes les classes ; poussé jusqu’à l’exaspération par le revers, il est loin d’être dissipé par le succès ; alors même que la santé est le plus florissante et que la fortune sourit, les âmes souffrent, et elles souffrent surtout parce que l’amour véritable manque et que rien ne peut remplacer les joies intimes, qu’il peut seul donner au cœur. L’amour véritable a disparu, en même temps que la foi en Jésus-Christ, et le cœur humain sent si bien qu’il est incapable de le produire, qu’il ne veut plus croire à sa possibilité.

C’est au prêtre, image vivante du Cœur de Jésus, qu’il appartient de rendre à cette génération égoïste le sens du véritable dévouement; et cette œuvre sera d’autant plus glorieuse qu’elle offre plus de difficultés. Il faut aujourd’hui que le prêtre fasse tons les frais. Jadis il pouvait attendre qu’on vînt le trouver; le troupeau était réuni dans le bercail, il lui suffisait de le garder et de le conduire paisiblement. Àujour-

d’hui le plus grand nombre de brebis, celles surtout dont l’influence sur les autres est plus décisive, courent dans tous les déserts et roulent dans tous les précipices. C’est donc aujourd’hui que le prêtre doit réaliser plus que jamais l’image du bon Pasteur: il, faut qu’il se multiplie, pour courir après toutes les brebis rebelles ; il faut que ses poursuites soient d’autant plus aimantes que leurs résistances sont plus haineuses. Il n’est presque pas une de ces âmes qui, sous une épaisse couche de préjugés et de vices, ne récèle quelque étincelle de bonne foi et de bonne volonté; quelle patience ne faudra-t-il pas, pour aller découvrir cette étincelle et la raviver ! Combien de soupçons injustes, de gratuites méchancetés, de noires ingratitudes ne faudra-t-il pas endurer! Mais quand l’amour se trouvera plus fort que toutes ces résistances, il est impossible qu’il ne remporte pas la victoire.

Oui, c’est par l’amour que le sacerdoce catholique doit triompher dans ce siècle ; et c’est pour cela qu’au prêtre plus qu’à tout autre, Jésus-Christ présente son Cœur, comme le signe de la victoire et comme l’arme toute puissante, au moyen de laquelle il doit vaincre tous ses ennemis.

Ce que nous venons de dire prouve bien que la condition indispensable et décisive du salut des âmes et du triomphe de la cause de Dieu dans le monde est la sanctification du prêtre.

Sans doute, d’autres influences peuvent concourir à ce grand résultat ; mais toutes les influences réunies ne sauraient dispenser de celle-là; et si celle-là s’exerce avec l’énergie voulue, ou elle remplacera les autres, ou elle les mettra en exercice. Admettons que le monde soit mille fois pire aujourd’hui qu’il n’était le jour de

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la Pentecôte ; le nombre de prêtres étant plus de dix mille fois plus considérable, s’ils étaient tous animés, au sortir de leurs retraites, de l’Esprit qui remplit les Apôtres au Cénacle, nous verrions se renouveler les prodiges de ce grand jour, et la face de la terre serait bientôt renouvelée.

Mais si la sanctification du prêtre est la condition nécessaire et infaillible de la régénération du monde, quelle est la condition nécessaire et infaillible de leur sanctification?

Nous pouvons répondre sans hésiter : C’est une vraie dévotion au Cœur de Jésus; c’est-à-dire le dévouement cordial à ce divin Sauveur, la connais-* sance intime de ses desseins et le désir efficace de les réaliser , cette conformité de sentiments et cette fusion d’intérêts qui fait du prêtre le véritable ami de son Dieu.

Voilà pourquoi nous avons dit que la dévotion au Cœur de Jésus est éminemment la dévotion du prêtre.

Ambassadeur et lieutenant du Verbe incarné auprès des hommes, appelé à exercer son pouvoir, à continuer sa mission, à faire ses œuvres, le prêtre est bien plus obligé que les chrétiens ordinaires à se pénétrer des sentiments du Cœur de Jésus, à s’inspirer de son esprit, à vivre de sa vie. Aussi, sans priver aucun chrétien des précieux avantages attachés à l’exercice de cette dévotion, le Sauveur a-t-il fait des promesses spéciales aux prêtres qui la prendraient pour règle de leur vie et pour objet de leur apostolat : il a promis qu’ils y trouveraient le secret « de toucher les cœurs

les plus endurcis » et d’assurer à leur ministère une merveilleuse efficacité.

Cette puissance, du reste, ne dérive pas des seules promesses de Jésus-Christ. Elle est, en quelque sorte, inhérente au culte de son divin Cœur. Le prêtre qui pratique cette dévotion, non pas seulement dans ses formes extérieures, mais encore et surtout dans son esprit, y puisera immanquablement tout ce qui est nécessaire pour assurer le succès de ses travaux, pour rendre sa parole persuasive et son action puissante, pour le faire aimer des chrétiens et respecter de tous.

Croyants et incroyants se font de la vertu sacerdotale un idéal, dont la réalisation a pour tous d’irrésistibles charmes. Et quel est cet idéal? Celui-là même que le Cœur de Jésus réalise dans le prêtre animé dans son esprit. S’oublier soi-même, pour se préoccuper unique- ’ment des intérêts de Dieu et des âmes, se montrer constamment supérieur aux petitesses de la vanité, aux susceplibilités de l’amour-propre, aux rivalités de la jalousie, aux langueurs de la mollesse, à l’amertume du plus juste ressentiment; ne craindre aucune violence et ne mépriser aucune misère; mettre sa joie dans le partage de toutes les douleurs, et estimer comme un gain les sacrifices accomplis pour le soulagement de l’indigence ; haïr le péché et aimer le pécheur ; faire tout le bien que l’on peut et se réjouir du bien fait par les autres; être aussi sévère pour soimême qu’indulgent pour le prochain, tel est le prêtre selon le Cœur de Jésus.

Il ne suffit pas, sans doute, d’adopter la dévotion à ce divin Cœur, pour arriver aussitôt à cette perfection de la vertu sacerdotale. Mais il est impossible de ne pas s’en rapprocher de plus en plus, si on tient les

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yeux constamment fixés sur le modèle parlait que nous en offre le Cœur du Souverain Prêtre. En lui, cette vertu brille d’un éclat qui dissipe toutes les illusions ; elle y est revêtue d'un charme qui domine toutes les faiblesses. L’amour du Cœur de Jésus convient également aux âmes les plus passionnées et aux âmes les moins sensibles. Chez les premières, il subjugue toutes les autres passions; chez les secondes, il les remplace.

Que cette divine passion s’empare du cœur d’un jeune prêtre, dès le début de son apostolat ; et, si médiocres que soient ses talents, vous pouvez lui prédire les plus heureux succès. S’il ne recueille pas de vains applaudissements, il moissonnera des âmes immortelles. S'il n’a pas l’éloquence du style qui flatte les oreilles, il aura l’éloquence du cœur qui convertit. Sa bouche parlera de l’abondance de son cœur. Comme un feu qui échauffe tout ce qu’il touche, l’amour du Cœur de Jésus se communiquera de son âme à toutes celles qui seront en contact avec lui. L’esprit de Jésus-Christ, dont il est tout plein, attirera à lui, par une sorte de divine affinité, et les pécheurs qui veulent se convertir et les justes qui désirent avancer dans la sainteté. On sentira en lui l’homme de Dieu ; et tous ceux qui désirent se rapprocher de Dieu accourront vers lui. Plus il fera taire en lui les sentiments humains, plus il sera facile de reconnaître en lui l’interprète des sentiments du Cœur de Jésus. Plus l’homme disparaîtra, plus le ministre du Très-Haut se fera respecter. Son influence s’accroîtra d’autant plus, qu'il s’en montrera moins jaloux; et ceux mêmes qui lui résistent seront contraints de lui rendre hommage.

Puisse-t-il donc se répandre de plus en plus, au sein du clergé, cet esprit éminemment sacerdotal, que.

nous pouvons appeler l’esprit du Cœur de Jésus! Puisse- t-il nous élever tous au-dessus de nous mêmes, nous unir tous dans une même pensée et un même désir, faire prévaloir sur nos intérêts particuliers les immenses et éternels intérêts qui nous sont communs, détruire et prévenir toutes les divisions et toutes les oppositions, et faire de nos forces, étroitement liées ensemble, un faisceau compact pour résister aux attaques de l’impiété ! Un assaut furieux ne tardera pas probablement à nous être livré; pour nous préparer à le repousser victorieusement, nous ne saurons mieux faire que nous animer de la force du Cœur de Jésus et de nous serrer autour de sa bannière. Élevé dans les airs par nos mains, ce glorieux étendard ranimera le courage de l’armée sainte dont nous sommes les chefs, et répandra la terreur dans les rangs de nos ennemis : In hoc signo vinces.

Il est donc incontestable qu’à tous les points de vue, la propagation de la vraie dévotion au Cœur de Jésus dans le sein du clergé est, pour le clergé lui-même et pour l’Église tout entière, d’une importance capitale.

Mais si le prêtre a besoin de l’appui de ce divin Cœur, nous pouvons dire que lui, de son côté, a besoin du ministère sacerdotal, pour se faire connaître et aimer des hommes. Autant la dévotion au Cœur de Jésus est utile à la sanctification du clergé, autant le zèle du clergé est utile à cette dévotion, pour lui faire porter les fruits que les promesses du Sauveur, les prédictions des saints et l’instinct universel des âmes pieuses nous

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donnent le droit d’en attendre. En établissant le sacerdoce chrétien et en l’établissant pour l’éternité, Dieu s’est mis, en quelque sorte, dans l’impossibilité de se passer de son concours. S’il peut employer d’autres instruments pour produire des effets particuliers, le sacerdoce restera, jusqu’à la fin, le canal ordinaire par lequel ses grâces se répandront sur le monde. Nous ne pouvons donc attendre aucune grande effusion des richesses du Cœur de Jésus sur la société, si ce divin Cœur ne commence par répandre avec plus d’abondance son esprit sur ses ministres.

Cette nécessité, fondée sur la constitution de la société chrétienne, est pour les Zélateurs du Cœur de Jésus un fait de quotidienne expérience. Leur dévouement, il est vrai, n’estrjamais complètement stérile, alors même qu’il est le moins aidé. Le feu échauffe toujours, alors même que le rayonnement de sa chaleur rencontre plus d’obstacles. Quand on aime ardemment Jésus-Christ, on trouvera immanquablement quelques occasions de parler de lui, de faire connaître les bénédictions attachées au culte de son divin Cœur, d’enseigner la manière de l’honorer, de procurer quelques nouvelles recrues à son Apostolat.

Mais combien cette propagande acquiert plus de fécondité , lorsqu’elle est activée par la direction d’un prêtre zélé ; lorsqu’au lieu de lui accorder une simple tolérance, le curé de la paroisse, le supérieur ou l’aumônier d’une communauté religieuse, comprenant la puissance du levier qu’elle met entre ses mains, s’en saisit résolument et se fait, au sein de son troupeau, le premier Zélateur du Cœur de Jésus ! Alors tout est dans l’ordre ; toutes les énergies individuelles se groupent autour de leur centre naturel et suivent sa direc-

tion. L’amour du Cœur de Jésus, qui est l’àme de toute société religieuse, fait mouvoir les membres inférieurs de ces différents corps, par l’impulsion qu’il imprime d’abord aux membres supérieurs ; la piété, qui est dans l’Église ce qu’est le sang dans le corps humain, transmet sa chaleur vivifiante par les organes chargés de donner le mouvement et la direction. Ces différentes influences se fortifient l’une l’autre par leur accord; le zèle des fidèles offre joyeusement ses services, en retour des encouragements que lui accorde le zèle des pasteurs; et le Cœur de Jésus, trouvant dans les uns et les autres des instruments également dévoués, répand largement ses bénédictions sur leurs travaux.

Rien n’est plus triste, au contraire, que l’état d’une famille religieuse, paroisse ou^communauté, dont les membres ne peuvent exercer leur zèle, même en s’entourant de tous les ménagements suggérés par la sagesse et commandés par l’obéissance, sans paraître faire de l’opposition à ceux dont ils seraient heureux de recevoir le mouvement; où le culte du Cœur de Jésus, si hautement approuvé par l’Église, est, sinon condamné ouvertement, du moins pratiquement rejeté ; où une dévotion destinée à ranimer dans les âmes ce dévouement à Jésus-Christ, qui est l’essence même du christianisme, est coufondue dans un même blâme dédaigneux avec des pratiques puériles, propres à égarer la piété et à rétrécir les âmes; où enfin, sous prétexte de repousser les nouveautés nuisibles, on se renferme dans une désolante inertie.

A cette vue, le vrai zèle ne doit pas sans doute se décourager, mais il ne, saurait manquer de s’attrister ; il ne renoncera pas à agir dans les limites dans lesquelles l’action est possible et permise, mais il ne sau-

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rait se promettre, de son action, des résultats comparables à ceux qu’on obtiendrait, infailliblement, si les intérêts du Cœur de Jésus étaient mieux compris. Il faut donc prier pour que cette intelligence soit donnée à tous ceux que leur position et leur sacré caractère obligent à défendre ces divins intérêts. Grâces à Dieu, ils sont rares aujourd’hui dans l’Église, les prêtres qui ont hérité des préjugés, si répandus au siècle dernier, contre la dévotion au sacré Cœur. En rendant impossible l’opposition théorique, fondée sur les doctrines jansénistes, les actes solennels du Saint-Siège, qui ont anathématisé ces doctrines, ont porté un coup décisif à l’esprit janséniste, qui faisait à l’esprit du Cœur de Jésus une opposition pratique également violente. Il faut obtenir par nos prières que cet esprit disparaisse entièrement, et que le Cœur de l’Homme-DiEU, établissant dans les cœurs de tous ses prêtres le règne de sa charité, en fasse de vrais apôtres, et répande par eux sur la terre le feu qui doit le vivifier.

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