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CHAPITRE V

Les Religieux i.

En choisissant une religieuse pour première confidente et première apôtre de la dévotion à son divin Cœur, Notre-Seigneur lui a fait comprendre qu’il appelait les membres de l’état religieux à recueillir les plus doux fruits de cet arbre de vie planté dans leur jardin. Il offre à tous les hommes les eaux vives qui jaillissent de son côté entr’ouvert ; mais il promet spécialement de prodiguer ses grâces les plus précieuses aux communautés qui viendront puiser à cette source de salut. Celles qui auraient eu le malheur de perdre leur régularité primitive sont assurées de la recouvrer sous cette divine influence ; et celles qui se sont maintenues dans la ferveur s’élèveront à la plus haute perfection.

A des âmes qui connaissent le prix de la perfection évangélique, et qui, pour se mettre en possession de ce trésor caché, ont sacrifié tous les biens terrestres, il

1 Messager , t. XXX, p. 384.

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est impossible d’offrir une perspective plus séduisante. Aussi ne croyons-nous point nous tromper en affirmant qu’il n’est pas une seule communauté religieuse qui n’ait voulu entrer en participation -des promesses du Sauveur, en vouant à son divin Cœur un culte spécial.

Ont-elles toutes obtenu la parfaite réalisation de ces promesses? Nous ne pourrions sans impiété poser cette question, si elle impliquait un doute relatif à la fidélité du Verbe de Dieu. Aussi bien que toutes les autres paroles tombées de ses lèvres, celle-là est infaillible ; et, comme elle s’est constamment réalisée dans le passé, elle se réalisera certainement jusqu’à la fin des siècles.

Mais toutes les promesses de ce genre sont, de leur nature, conditionnelles. Dieu s’engage à se montrer généreux à notre égard, pourvu que, de notre côté, nous ne lui refusions pas ce qu’il nous demande : et comme notre fidélité peut avoir des degrés, sa générosité se déploie dans une mesure plus ou moins large. Tel est le sens de la question éminemment intéressante, que nous posons aux communautés religieuses, et que chacun des membres de ces communautés doit s’efforcer de résoudre en ce qui le regarde. Il s’agit ici, en effet, d’un intérêt commun, où chacun a sa part, et à l’égard duquel la diligence de chacun peut et doit accroître la part de tous. Nous ne demandons pas si, dans toutes ces communautés, la dévotion au Cœur de Jésus a produit d’heureux fruits. A cela, il n’y a pas le moindre doute. Mais ce qui n’est pas également certain, c’est que partout où cette dévotion est pratiquée, elle ait produit tous ses fruits ; qu’elle ait ramené à une parfaite régularité toutes les communautés portées au relâchement, et élevé à la plus haute perfection celles où la règle n’a rien perdu de sa vigueur.

Si, quelque part, les promesses infaillibles du Fils de Dieu semblent, sous ce rapport, recevoir des faits un fâcheux démenti; si, d’un côté, nous voyons le Cœur de Jésus honoré; et si, avec les hommages qui lui sont rendus, nous voyons s’allier des imperfections plus ou moins notables, comment nous expliquer ce contraste?

Il n’y a .évidemment qu’une explication possible : c’est celle que Dieu donnait jadis à son peuple, pour lui rendre raison des fléaux qui pesaient sur lui, en dépit des sacrifices journellement offerts dans le temple. Le Seigneur avait fait aussi des promesses magnifiques à ceux qui l’adoreraient dans le sanctuaire figuratif. Il avait annoncé qu’il se laisserait apaiser par le sang des victimes et par l’odeur de l’encens ; mais à condition que ces hommages extérieurs seraient accompagnés du sacrifice intérieur de l’amour et de la prière. Israël ne mérita plus que la colère du Dieu pur esprit, du moment qu’il cessa de l’adorer en esprit et en vérité.

Bien plus spirituel encore est le culte dont le Cœur de Jésus, vrai temple de la divinité, doit être l’intermédiaire. Ce Cœur est sans doute un objet sensible ; et les hommes, dont il réclame les adorations, ne sont pas, comme Dieu, de purs esprits. Mais sous le voile sensible de ce Cœur de chair, la sainteté la plus spirituelle se cache et se montre tout ensemble à nos regards ; et le culte du Cœur de Jésus n’a d’autre but que de conduire à cette perfection divine, par le moyen des sens, les cœurs humains asservis et dégradés par la tyrannie des choses sensibles. La dévotion au Cœur de Jésus doit donc être revêtue de formes sensibles ; mais elle ne saurait se borner là. Ces formes sont pour elle

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un simple vêtement ; sa substance est toute spirituelle. Ce serait méconnaître complètement sa vraie nature, que d’attendre les bénédictions attachées à son exercice de l’accomplissement de certaines pratiques extérieures. Ces pratiques sont des moyens pour acquérir la vraie dévotion au Cœur de Jésus ; mais elles ne constituent pas cette dévotion, et, par conséquent, elles ne peuvent produire les merveilles de grâces promises aux communautés religieuses comme effet propre de cette dévotion.

En quoi donc consiste essentiellement la dévotion au Cœur de Jésus? Nous l’avons dit souvent, et nous ne devons pas nous lasser de le répéter; car, c’est de l’intelligence pratique de celte vérité/que dépend le parfait accomplissement de desseins du divin amour, à l’égard des chrétiens en général et, spécialement, à l’égard des religieux. La dévotion au Cœur de Jésus consiste essentiellement dans l’union des cœurs des hommes avec le Cœur de l’Hommc-DiEU. Quand nous ne ferons avec lui et en lui qu’un seul cœur, cor unim ; quand il sera pour nous la voie, la vérité et la vie; quand nous le prendrons pour modèle, et que nous nous efforcerons de nous assimiler à lui de plus en plus; quand la réalisation de ses désirs deviendra le suprême objet de nos ambitions ; quand ses sentiments seront l’unique règle de nos sentiments; quand, dans toutes nos actions, nous nous appuierons sur l’action qu’il exerce constamment en nous par son esprit; quand, remplissant à son égard la grande loi de l’amitié,

nous confondrons nos intérêts avec ses intérêts, nous unirons nos désirs avec ses désirs, nos prières avec ses prières, alors nous pourrons nous flatter de pratiquer la vraie dévotion au Cœur de Jésus, et nous pourrons être assurés que cette dévotion portera en nous tous ses fruits ; et, en attendant que nous soyons arrivés à cette perfection, l’énergie avec laquelle nous travaillerons à l’acquérir sera la mesure de l’abondance avec laquelle nous recevrons l’effusion de ses grâces, et nous éprouverons la réalisation de ses promesses.

Nos lecteurs le savent déjà, et nous les conjurons de ne pas l’oublier. Ce que nous nommons l’Apostolat du Cœur de Jésus n’est ni une Œuvre à part, ni une dévotion nouvelle. C’est la dévotion au Cœur de Jésus, considérée sous cet aspect, qui échappe à beaucoup de chrétiens et qui, pourtant, est son aspect principal, produisant entre ce divin Cœur et les nôtres cette union qui fait de nous ses vrais amis, ses instruments dociles et, par conséquent, ses apôtres. L’Apostolat de la Prière tend à ébaucher cette union, et il invite tous les chrétiens à la mettre en pratique par une offrande quotidienne. Mais il est des âmes qui ne se contentent pas de cet acte unique, et qui veulent que, de leur côté, comme du côté de Jésus-Christ, l’union soit universelle et perpétuelle ; qui se donnent tout entières, en retour du don entier que Jésus-Christ leur fait de son Cœur : ce sont ces âmes généreuses qui pratiquent l’Apostolat du Coeur de Jésus et constituent, dans notre grande armée, le corps d’élite des Zélateurs et des Zélatrices de ce divin Cœur. Ces âmes seront-elles moins nombreuses au sein des communautés religieuses qu’au milieu du monde? Évidemment non. C’est là, au contraire, que le divin Cœur doit trouver ses

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instruments les plus dociles, et qu’il doit compter autant de Zélateurs et d’Apôtres que de serviteurs.

Pour grouper les Zélateurs dispersés au milieu du monde, pour les mettre à même de se connaître, de se réunir, de s’entr’aider, il a fallu leur tracer certaines règles, leur donner un insigne, rédiger un formulaire de réception et de consécration. Rien de semblable n’est nécessaire pour les Apôtres que le divin Cœur s’est choisis au sein des maisons religieuses : la vie de communauté établit et maintient entre eux l’union extérieure la plus étroite; le vêtement religieux est l’insigne le plus significatif de leur dévouement ; les réunions sont quotidiennes et, pour ainsi dire, non interrompues; que peut-il donc leur manquer pour exercer fructueusement leur apostolat, sinon de s’animer de plus en plus de l’esprit que ce mot exprime, et que nous avons décrit plus haut. Que tous ceux qui font partie de ces communautés se livrent sans réserve au Cœur de Jésus, qu’ils se dépouillent complètement de tout esprit propre, de tout amour-propre, de toute volonté propre, pour se revêtir des sentiments de Jésus-Christ, s’embraser de son amour, employer toute leur énergie et toute leur influence à la parfaite exécution de ses desseins, et en eux-mêmes et autour d’eux, voilà ce que nous demandons pour eux.

Si cette prière est exaucée, que seront les communautés religieuses? De vrais paradis terrestres, qui auront, sur le paradis du ciel, l’avantage de faire faire à leurs heureux habitants de continuels progrès en sainteté et en mérite.

Qu’est-ce qui constitue la félicité des bienheureux dans le ciel? N’est-ce pas cette parfaite union avec Dieu qui les fait participer tous ensemble à sa lumière,

à sa beauté, à son amour, à sa vie, à son infini bonheur? Assis autour de la table du Seigneur, ils se rassasient de ses ineffables délices; et, loin que la part de chacun soit au préjudice de celle des autres, chacun des convives jouit d’autant plus pour lui-même qu'il est uni aux autres par une ardente charité. Telle est l’union que le Cœur de Jésus établit déjà, sur la terre, entre les âmes qui ne vivent plus qu’en lui ; telles sont les délices qu’il leur fait savourer. Mais il est bien difficile que la douceur de cette union ne soit mêlée d’aucune amertume hors des communautés religieuses ; et, là même, elle ne peut acquérir toute sa suavité, qu’autant que l’influence du Cœur de Jésus a complètement vaincu les résistances, même les plus subtiles, de l’amour-propre.

Un simple chrétien vivant au milieu du monde peut arriver à la plus haute perfection de la charité ; mais il faut, le plus souvent, qu’il renonce à en goûter les joies. Le monde est le royaume de l’égoïsme. La haine, la jalousie, les ressentiments s’y donnent une libre carrière. On n’aime guère que ceux dont on peut attendre quelque chose ; quant aux autres, si on ne les hait pas, on ne se croit redevable à leur égard que de l’indifférence. Il n’en est pas ainsi des maisons religieuses, où l’hydre de l’égoïsme, frappée dans ses trois têtes, par les vœux de religion, est hors d’état de livrer à la divine charité d’aussi violentes attaques.

Mais il faut bien reconnaître qu’après avoir été dépouillé par le sacrifice religieux de ses formes les plus répugnantes, l’amour-propre peut subsister encore, sous des apparences plus subtiles, et mettre obstacle à la parfaite union des cœurs. Le mien et le tien, qui sont les plus grands ennemis de cette union, ne se combattront

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plus à propos d’un champ ou d’une maison; mais ce sera peut-être à propos d’une idée , à propos d’une bonne œuvre, à propos de l’exercice d’une vertu. Quelle que soit la nature ou même la sainteté du motif, l’union des cœurs n’en sera pas moins troublée; et, avec la plus délicieuse consolation que l’homme puisse goûter sur la terre, on risquera de perdre, pour l’éternité, une partie de ce mérite qui se mesure sur la perfection de la charité.

Comment éviter ce péril? Comment faire que, dans une maison religieuse composée de cent membres, il n’y ait pas cent esprits et cent volontés différentes, mais une seule pensée, un seul désir, une seule tendance? Comment empêcher que la diversité des vues et l’opposition des humeurs n’amènent des froissements, qui s’enveniment par l’impossibilité où l’on se trouve de s’éviter les uns les autres? Comment lutter contre l’influence de l’esprit mauvais qui fait, incontestablement, beaucoup plûs d’efforts pour diviser les serviteurs de Dieu que pour faire tomber ses ennemis dans de nouveaux crimes? — La puissance du Cœur de Jésus est seule capable de faire et de renouveler ce prodige. Ce n’est qu’autant qu’ils sont un avec ce divin Cœur, que les cœurs religieux peuvent être un entre eux. Ipsi in nobis unum synt. Mais cette bienheureuse unité, impossible par elle-même, devient facile du moment que, dans la communauté la plus nombreuse, le Cœur de Jésus est vraiment le maître : car, tandis que les membres de cette famille mettent tout leur

soin à connaître ses desseins et à les réaliser, lui, de son côté, emploie à les unir toute la puissance de sa grâce, toute la vertu de son amour. Sint unum !

C’est là son désir le plus ardent. Comment ce désir ne serait-il pas accompli dans une communauté où l’accomplissement de ses désirs est la suprême ambition de tous?

Et, avec cette union parfaite, combien d’autres avantages cette vraie pratique de la dévotion au Cœur de Jésus assure aux communautés religieuses! La complète destruction de l’amour-propre le plus subtil, qui est la condition préalable de cette union, en est aussi le fruit. L’amour-propre et la charité du Cœur de Jésus sont deux ennemis irréconciliables; celle-ci ne peut triompher qu’en marchant sur le corps de son adversaire ; et elle ne peut éviter d’être vaincue à son tour, . qu’en continuant à le fouler aux pieds. La pratique continuelle de cette charité fraternelle, qui fait la joie de la vie religieuse, donne lieu à une série non interrompue de petits sacrifices, qui en accroissent continuellement le mérite, et dont la légère amertume ne fait que relever la suavité de l’union.

Et puis, quelle énergie les membres d’un corps religieux ne trouvent-ils pas dans cette union, pour l’accomplissement des œuvres confiées à chacun d’entre eux ! Autant ils seraient faibles et faciles à décourager s’ils étaient désunis, autant ils sont puissants lorsque chacun d’eux met ses lumières, ses encouragements, son influence au service de ses frères. Chaque' homme a, en lui-même, une somme de force naturelle dont il ne soupçonne pas l’étendue; bien plus incommensurable encore est la force surnaturelle que la grâce divine met à la disposition de tout chrétien. Ce qui nous

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empêche d’exploiter ce double trésor, ce qui nous rend si faibles alors que nous pourrions être si puissants, c’est que nous manquons de confiance, et nous manquons de confiance parce que nous ne sommes pas encouragés. Il n’en sera pas ainsi des membres d’une communauté religieuse où la dévotion au Cœur de Jésus sera bien comprise. Tous ceux qu’elle animera de son esprit se feront un devoir de s’encourager les uns les autres. Ils savent que s’ils agissaient autrement, Jésus-Christ ne les reconnaîtrait point pour ses amis.

Les saints nous enseignent que ce bon Maître s’efforce constamment de dilater et d’encourager les âmes de bonne volonté ; et ils nous donnent cette dilatation comme le signe caractéristique de son action relativement à ces âmes, comme le resserrement et l’inquiétude est le signe de l’action du mauvais esprit. Du moment donc que le Cœur de Jésus règne en maître absolu dans une famille religieuse, tous les membres qui la composent , dociles à son impulsion , agissent dans le même sens que lui. Les faiblesses humaines qu’ils trouvent en eux-mêmes et dans leurs frères ne leur font point perdre de vue l’estime infinie dont Jésus-Christ leur donne chaque jour les preuves, les desseins magnifiques qu’il a conçus à leur égard, les secours tout-puissants qu’il leur offre sans cesse.

Pleins de ces grandes pensées, ils ne croient pas pouvoir faire trop d’honneur à ceux que Dieu a ainsi honorés, et ils seront à leur égard d’autant plus prodigues de leurs encouragements qu’ils les verront plus portés à se décourager. Les plus faibles sont ceux à l’égard desquels ils se montreront plus bienveillants. Sursurn corda ! Telle sera la formule de leurs rapports

mutuels ; il n’en est point de plus efficace pour rendre ces rapports consolants et fructueux. Pour animer l’ardeur des forts, il n’est pas de plus puissant stimulant, comme il n’est pas de remède plus infaillible pour guérir les infirmités des faibles.

Grande est la force d’un corps religieux dont tous les membres sont animés de cet esprit, qui est le véritable esprit du Cœur de Jésus ; mais combien plus grande encore serait la force de l’ordre religieux tout entier, si les corps dont il se compose entretenaient les uns avec les autres ces doux rapports ? Et pourquoi n’en serait-il pas ainsi? Que sont les corps religieux, sinon les divers bataillons de la troupe d’élite qui forme la garde royale de Jésus-Christ? L’uniforme de ces bataillons est différent ; leur armement n’est pas exactement le môme; chargés de défendre divers postes, ils n’ont pas tous la même consigne ; mais ils ont tous un même chef, un même drapeau, les mômes ennemis; ils défendent la même cause, et, par conséquent, ils ont tous les mêmes intérêts et des espérances communes.

Ne serait- ce pas compromettre ces intérêts et ces espérances, trahir leur chef et leur drapeau ; ne serait-ce pas jouer le jeu de leurs ennemis, que de laisser pénétrer dans leurs rangs l’ombre même de la rivalité et de la division? A d’autres époques, les luttes des corps religieux purent avoir des résultats moins funestes; aujourd’hui, elles seraient meurtrières. Ne regarderaiton pas comme traîtres à la patrie les régiments qui, sur

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le champ de bataille, chercheraient à vider les querelles nées des loisirs de la vie de garnison ? Mais il ne suffit pas à Jésus-Christ que les âmes qui ont tout quitté pour le suivre s’abstiennent, ce jour de suprême péril, de luttes qui, grâces à Dieu, sont oubliées pour jamais. Ce qu’il désire et ce qu’il veut, c’est que, entre ces âmes, s’établisse une union de plus en plus intime.

S’il est une classe d’hommes à l’égard desquels ce divin Sauveur ait le droit de voir se réaliser plus complètement le vœu de son Cœur, sint unum ! ce sont bien certainement ceux qui font profession de se donner entièrement à lui. Il est une règle qui domine toutes les autres règles religieuses et dont toutes les autres règles ne sont que l’application et le développement : c’est la grande loi de la charité. Et, puisque l’union est la marque et le fruit de la charité, on peut dire que l’obligation d’être étroitement unis ensemble est le premier de tous les devoirs que les religieux contractent par leur profession.

Ce devoir ne saurait être oublié, et il sera facilement pratiqué partout où le Cœur de Jésus trouvera des serviteurs fidèles et des apôtres dévoués. *

Quand on a appris à connaître ce divin Cœur et à apprécier ses immenses intérêts, combien il est facile de s’élever au-dessus des misérables considérations humaines qui pourraient nous mettre aux prises les uns avec les autres ! On ne regarde plus alors à la couleur de l’uniforme, ni au numéro du bataillon ; partout où on trouve un vaillant soldat de Jésus-Christ, on trouve un frère d’armes ; on s’estime heureux d’aider ses efforts et d’applaudir à ses succès. L’amour du Cœur de Jésus établit, entre les religieux des divers Ordres qui s’abandonnent à son inspiration, une fusion

d’intérêts et une similitude de sentiments qui ne sauraient exister entre des religieux du même Ordre, mais animés d’un autre esprit. Nous ne dirons que ce que nous avons éprouvé mille lois, et ce dont chaque jour nous apporte des preuves plus consolantes. Le Cœur de Jésus, qui travaille sans cesse à resserrer l’union de ses amis, a bien voulu se servir aussi de notre Œuvre pour atteindre ce but qui lui est si cher ; et, entre toutes les bénédictions dont il l’a comblée, il n’en est pas à laquelle nous attachions un plus grand prix.

Puisse-t-il nous aider à généraliser tous les jours davantage cette union, si délicieuse et si féconde, de tous ses vrais serviteurs ! Nous ne cesserons de le lui demander, non plus que de plaider auprès de nos Associés une cause que nous savons être par excellence la cause de Dieu. Qu’on nous pardonne d’affronter le reproche d’importunité et de monotonie qu’affrontait saint Jean, lorsqu’il inculquait sans relâche à ses disciples la même leçon. Que d’autres présentent sous d’autres aspects la dévotion si riche, si multiforme du Cœur de Jésus. Pour nous, nous en reviendrons toujours à un seul point, parce que c’est là par excellence le précepte, le vœu, l’ambition, l’intérêt de ce divin Cœur : sint unum! Union des chrétiens, union des prêtres, union des religieux, union de tous à Jésus-Christ, et union mutuelle de tous en Jésus-Christ, voilà ce qui fera de nous ses apôtres et nous mettra en état de rétablir son règne dans les sociétés.

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