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CHAPITRE VII

La Presse chrétienne 4.

11 fut un temps où le monde n’obéissait guère qu’au sceptre et à l’épée ; mais aujourd’hui il reconnaît une puissance supérieure à celle-là, c’est la puissance de la plume. Les écrivains exercent sur le monde une influence plus prépondérante que celle de l’artillerie la plus meurtrière et de la politique la plus habile; ils forment l’opinion, éclairent ou obscurcissent les intelligences, répandent les idées, excitent les passions. Leur pouvoir a toujours été grand; mais, depuis l’invention de l’imprimerie, il a été plus que centuplé, et il est devenu presque irrésistible. La lutte des idées, auparavant bien plus restreinte, a pris des proportions gigantesques, qui vont s’accroissant tous les jours.

L’empire des plus puissants princes a des limites, celui des écrivains n’en reconnaît aucune ; les traits qu’ils lancent atteignent les esprits et les cœurs aux extrémités du monde, et ces traits conservent leur pouvoir salutaire ou meurtrier longtemps après la mort de celui qui les a lancés. Le champ de bataille sur lequel les écrivains combattent, ce sont les âmes ; et qui ne voit que c’est sur ce champ de bataille que doivent se décider, en définitive, les destinées du monde?

4 Messager , t. VI, p. 113; t XXVI, p. 361 ; t. XXI, p. 63.

Rien n’est donc plus important, pour la vérité, que d’avoir à son service un nombreux bataillon d’écrivains habiles et dévoués, toujours prêts à la défendre sur tous les terrains où elle est attaquée. C’est là, sans doute, éminemment la mission du sacerdoce; mais cette mission, le sacerdoce ne suffit pas à la remplir. Au moment où l’attaque est générale, la défense doit le devenir également. Dans les dangers extrêmes de la patrie, tout homme capable de manier une épée devient soldat. Aussi, ne saurions-nous nous étonner de la gratitude avec laquelle l’Église accueille le concours des écrivains laïques, lorsqu’ils se montrent animés d’un sincère désir de combattre pour sa défense. C’est le sentiment qu’exprimait naguère le Souverain Pontife, dans une Encyclique adressée aux Évêques de France :

« Nous vous le demandons avec instance, leur disaitil, veuillez favoriser, de toute votre bienveillance et de toute votre prédilection, les hommes qui, animés de l’esprit catholique et versés dans les lettres et les sciences, consacrent leurs veilles à écrire et à publier des livres et des journaux pour que la doctrine catholique soit propagée et défendue, pour que les opinions et les sentiments contraires à ce Saint-Siège et à son autorité disparaissent, pour que l’obscurité des erreurs soit bannie, et que les intelligences soient inondées de la douce lumière de la vérité. »

Le premier de tous les apostolats extérieurs est, sans doute, celui de la parole. Rien ne peut remplacer

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cette communication immédiate d’âme à âme, qui se fait par la prédication publique ou par les entretiens privés. « La foi vient de l’ouïe, » dit saint Paul; et l’ouïe suppose la parole de Jésus-Christ, transmise par la bouche de ses envoyés. La presse chrétienne ne saurait donc prendre la place de la prédication orale ; mais elle peut en accroître immensément la puissance et suppléer, dans bien de circonstances, à son défaut. Elle est, par conséquent, un véritable apostolat et, après le ministère sacerdotal, elle .est le plus efficace de tous les apostolats extérieurs.

La presse est la parole élevée à sa plus h^ute puissance. Par elle-même, la parole a un pouvoir merveilleux : c’est une sorte d’incarnation des pensées les plus spirituelles et l’image naturelle du Verbe de Dieu. La parole renferme dans quelques sons articulés les vérités les plus sublimes et les sentiments les plus nobles ; c’est la vie entière de nos âmes qui s’épanche au dehors par ce canal, et qui se répand sur d’autres âmes. Aussi la parole est-elle douée d’un pouvoir de fascination auquel il est difficile de résister. En s’appliquant aux âmes des auditeurs, elle y imprime la ressemblance de l’âme de celui qui parle; leur fait, en un instant, concevoir les mêmes pensées, éprouver les mêmes émotions; et, à la longue, elle finit par créer en elles les mêmes habitudes et le même tempérament moral.

Mais, si merveilleux qu’il soit, ce pouvoir de la parole est passager. La voix de l’orateur le plus éloquent agite l’air pendant quelques minutes, frappe l’oreille de ses auditeurs, et s’évanouit. L’écriture, en fixant la parole, immortalise son énergie. La parole écrite demeure pendant des années et pendant des siècles; et, à chaque instant de cette longue durée, elle

peut atteindre des âmes séparées par le temps et par l’espace de l’âme de l’écrivain, leur communiquer ses lumières, les animer de ses sentiments, les faire vivre de sa vie. La puissance de la parole est déjà plus que centuplée ; et pourtant elle est encore bornée par le nombre, nécessairement restreint, des feuilles sur lesquelles la main de l’écrivain l’a fixée. Mais voici l'imprimerie qui va multiplier indéfiniment ces feuilles, et voici la vapeur qui va accroître encore les facilités de leur reproduction et de leur propagation. Par ces procédés, la parole, qu’un homme n’aurait pu faire entendre qu’à plusieurs centaines d’auditeurs réunis autour de lui, pourra être fixée en quelques heures sur des millions de feuilles; et, quelques heures plus tard, elle pourra être répandue sur toute la surface d’un vaste pays.

Qui pourra compter le nombre des âmes qu’elle atteindra, et auxquels elle fera partager les convictions et les sentiments de celui de qui elle émane. Ce n’est point peut-être de prime abord que toutes ces âmes se laisseront captiver; mais, si le choc se répète, si le lendemain une nouvelle parole vient renouveler l’émotion produite la veille, attaquer les intelligences par un autre point, saisir les cœurs par un endroit plus sensible, les âmes ainsi circonvenues finiront par se rendre ; et la presse, servie par la vapeur, fortifiée par la périodicité, acquerra sur les sociétés humaines un empire bien supérieur à celui que donne la force des armes.

Reste à savoir quel usage les hommes feront de cet immense pouvoir.

Si la presse était uniquement employée à propager la vérité dans les intelligences et à fonder dans les âmes l’empire de la divine charité, il ne faudrait que

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bien peu d’années pour renouveler la face du inonde. On verrait bientôt la concorde se rétablir au sein des peuples chrétiens, que tous leurs vrais intérêts devraient porter à s’unir; les préjugés qui éloignent les hérétiques de la véritable Église seraient promptement dissipés, et ils mettraient en commun les forces et les ressources qu’ils emploient maintenant à la combattre, pour répandre au sein des peuples infidèles la vraie civilisation chrétienne. Si obstinés que soient ces peuples dans leurs erreurs, ils ne résisteraient pas longtemps à la prédication unanime de la vraie foi, soutenue par le prestige des avantages temporels dont cette foi est le principe. L’apostolat catholique obtient déjà de consolants succès, bien qu’il soit entravé en Europe par la presse antichrétienne, et à l’étranger par la propagation hérétique. Supposé que ces influences qui le paralysent aujourd’hui s’exerçassent en sa faveur, combien ses conquêtes seraient plus rapides et son triomphe plus complet !

Malheureusement il n’en est pas ainsi : ce qui devrait être, entre les mains de la vérité, le plus efficace de tous les instruments d’apostolat est, pour l’esprit du mensonge et pour ses suppôts, le plus puissant de tous les moyens de perversion.

Il semble que ce soit pour l’humanité un penchant irrésistible de tourner, d’abord, eontre Dieu toutes les forces dont elle s’empare et toutes les ressources qu'elle acquiert. L’Écriture sainte nous apprend qu’après que les fils de Caïn eurent inventé l’art de forger le fer et de jouer des instruments de musique, ils séduisirent les serviteurs de Dieu et attirèrent sur la terre, par leurs débordements, les eaux du déluge* Ne semblet-il pas que la race humaine, excitée par les merveilf

leuses inventions qui ont mis à son service les forces de la nature, veuille renouveler la lutte des anciens géants contre le ciel? Ce qui est 'certain, c’est que l’arme formidable de la presse est aujourd’hui employée à combattre Dieu, à obscurcir la vérité, à faire mépriser sa loi, à renverser pour jamais son empire sur la terre.

Pour un bon livre et un bon journal, qui défendent ses droits, il y en a mille qui les attaquent. L’impiété ne prend plus même la peine de se déguiser. Elle ne respecte plus rien ; elle bat en brèche les premiers principes de la religion et de la morale ; elle sape les bases de la famille et de la société. Quel est l’effet de cette propagande infernale? Il suffit, pour s’en rendre compte, de jeter un regard sur le monde. Qui a répandu dans les masses l’incrédulité qui, jadis, n’apparaissait çà et là, comme un fantôme, que dans quelques têtes folles et dans quelque repaire de sociétés secrètes? Qui a ravi l’espérance du ciel à ces prétendus esprits forts? Qui les a livrés aux désirs mauvais, aux passions honteuses, au sens réprouvé? Qui a brisé dans les cœurs la droiture de la conscience, dans les États la puissance du droit, dans les nations le respect de l’ordre? D’où vient que nous voyons entasser crimes sur crimes, l'ordre social et l’ordre public disparaître, et les peuples succomber sous le poids dont les écrasent l’ordre armé au dedans et la paix armée au dehors? Ah! la responsabilité de tous ces maux, c’est sur la presse antichrétienne qu’elle retombe de tout son poids.

Et c’est au moment où le tempérament moral des peuples chrétiens est ainsi vicié et totalement corrompu par la presse antichrétienne, c’est à ce moment que les

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peuples infidèles, rapprochés de nous et soumis à notre influence par les inventions modernes, s’apprêtent à subir la contagion de notre incrédulité et de nos vices. Les erreurs dans lesquelles ces nations étaient plongées jusqu’à ce jour contenaient encore quelques germes de vérité, et laissaient subsister les fondements de l’ordre social. Elles vont apprendre de nous l’erreur totale, qui ne laisse plus rien debout.

Il y a là évidemment, non seulement pour l’Europe, mais pour le monde entier, un péril suprême. Jamais l’humanité n’a été exposée à des désordres et à des catastrophes comparables à celles dont la menacent le pouvoir, toujours croissant, de la presse et sa licence de plus en plus effrénée.

De tous leà pouvoirs humains, la presse est donc certainement celui qui fait, en ce moment, à l’Église une guerre plus acharnée; mais c’est également celui qui, par quelques-uns de ses dépositaires, prête à l’Église un plus puissant appui. Parmi les gouvernements, quelques-uns sont ouvertement hostiles à l’Église; d’autres font profession de lui être complètement étrangers; d’autres, enfin, se déclarent impuissants à la défendre ; pas un ne vient à son secours à cette heure de suprême danger. Forts de cette faiblesse et de cette connivence, les ennemis de l’Église mettent en œuvre toute leur habileté et toute leur influence, pour lui porter le coup de la mort* Rien ne semble plus pouvoir les arrêter. L’Épouse de Jésus-Christ est à leur merci. Elle n’a pour elle que la vérité et la justice; mais, à

certains moments, que peuvent la justice et la vérité contre la coalition du mensonge et de la violence ? Calomnies et sophismes, déclamations de la tribune et invectives de la presse, lois iniques et mesures arbitraires, spoliations et oppressions, encouragements à la révolte et entraves à l’exercice de l’autorité, rien n’est négligé de ce qui peut étouffer la voix de l’Église et paralyser sa force.

Ce n’est pas encore une persécution à la Dioclétien : Dioclétien a fait naître Constantin; et nos modernes persécuteurs ne veulent pas s’exposer à provoquer une semblable réaction, par des violences prématurées. Julien l’Apostat est le modèle qu’ils semblent se proposer de préférence ; et il faut avouer que l’instinct de leur haine ne les a pas trompés. Si la vérité pouvait être détruite sur la terre, elle le serait par les moyens qu’employa contre elle ce sophiste couronné. Bâillonner ses organes et donner libre carrière à ses adversaires, voilà bien le procédé le plus sûr pour lui fermer l’accès des intelligences et ruiner complètement son empire.

La presse catholique est la dernière ressource laissée à l’Église pour déjouer cette coalition, vraiment infernale, du mensonge et dé la violence. Ressource, hélas ! bien précaire, qui peut lui être enlevée demain, car des faits encore tout récents prouvent combien les ennemis de la vérité rougissent peu de démentir honteusement toutes leurs déclamations libérales, lorsqu’ils peuvent détruire, sans trop de péril, la liberté de la vérité. Ressourcé bien insuffisante aussi ; car jamais la presse catholiquç ne pourra exercer pour le bien une influence égale à celle que la presse révolutionnaire exerce pour le mal. Celle-ci a, pour enflammer les mauvaises pas-

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sions, des matériaux et des procédés que la presse catholique ne saurait lui emprunter.

Mais cette presse a néanmoins une force très réelle, et elle peut rendre à la vérité d’éminents services. Par son courageux témoignage et ses énergiques protestations, elle peut empêcher le mensonge d’acquérir sur les âmes une sorte de droit de prescription ; si elle est hors d’état d’éclairer les âmes qui préfèrent les ténèbres à la lumière, elle peut du moins soustraire à la séduction celles qui ne veulent pas être trompées. Non seulement elle peut mettre obstacle au triomphe définitif du mal, mais elle peut empêcher que l’injustice ne triomphe complètement à l’heure présente. Saint Jean- Baptiste paraissait réduit à l'impuissance, lorsque, enfermé dans la prison d’Hérode, il ne pouvait qu’opposer une parole, non licet , à la puissance du tyran et à la scélératesse d’une femme impie, fet, loin de le sau- . ver, cette parole fut au contraire la cause de sa mort. Qui ne reconnaîtra pourtant que cette parole a été, dans le meilleur sens de ce mot, victorieuse de l’iniquité d’Hérode ?

Telle est aussi la victoire que, dès aujourd’hui, et au milieu du triomphe que l’Europe entière décerne à l’imposture, la presse catholique peut assurer à la vérité. Tandis que tous les principes sont impudemment niés, tandis que tous les droits sont impunément violés, tandis que les gouvernements et les peuples conspirent pour renverser le seul appui solide de l’autorité des gouvernements et de la liberté des peuples, la presse catholique peut et doit opposer, à l’aveuglement des uns et aux passions des autres, un courageux et inflexible non licet , « cela n’est pas permis! »

Ne pût-elle faire que cela, elle aurait déjà fait beaucoup.

Mais elle peut faire beaucoup plus ; elle peut préparer le triomphe à venir de la vérité, et rendre ce triomphe à la fois plus prochain et plus complet. Il paraît impossible, en effet, que la victoire de l’antichristianisme soit définitive, et que Dieu ne réserve pas, même sur la terre, à son Église un glorieux dédommagement pour ses épreuves présentes. Si la crise que nous traversons ne devait pas conduire à ce résultat, elle amènerait la fin du monde, c’est-à-dire ie triomphe éternel de l’Église et l’éternelle défaite de ses ennemis. Le monde, en effet, n’existe que pour Jésus-Christ; et, du moment qu’il refuserait absolument de glorifier Jésus- Christ, Dieu serait obligé de le détruire. Mais rien ne nous indique que nous soyons arrivés à cette extrémité. L’Église n’a pas encore rempli sa mission ; et si l’Évangile, qu’elle est chargée d’annoncer à tous les peuples, a été présenté au plus grand nombre d’entre eux, nous sommes loin encore des temps dont parle saint Paul, quand il dit que « la plénitude des nations » doit entrer dans le bercail du divin Pasteur. L’immense continent africain contient des populations innombrables, dont nous ne connaissons pas même le nom. Et combien d’autres arguments très solides on peut opposer aux Conjectures de ceux qui annoncent, comme imminente, la tin du monde !

D’ailleurs, l’absurdité même des erreurs qui fascinent aujourd’hui les peuples chrétiens, la tendance de la Révolution antichrétienne à renverser les bases les plus essentielles de l’ordre social, ne permettent pas de penser que le triomphé de ce dernier ennemi du Dieu Sauveur puisse être de longue durée. Plus ce triomphe sera universel, plus il sera court : ce sera un déluge, et peut-être un déluge de sang; mais, après

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qu’il aura achevé son œuvre providentielle d’expiation et de purification, l'arc-en-ciel ne tardera pas à reparaître, et une ère nouvelle commencera.

C’est en vue de cet avenir, non pas immédiat, mais peut-être assez prochain, que la presse catholique doit travailler. Elle doit déposer dans les entrailles de la société les germes de vie qui écloront après le déluge ; jeter dans les âmes, durant les frimas de l’hiver, la semence qui, au printemps, se développera et portera ses fruits ; elle doit préparer la réaction qui succédera infailliblement aux derniers excès et aux derniers succès de la violence, et l’entourer d’avance des garanties qui, seules, peuvent la rendre vraiment salutaire. Depuis un siècle, il s’est produit, après chaque crise, plusieurs de ces réactions, qui semblaient devoir sauver la société. Toutes ont échoué, parce que les éléments n’en avaient pas été suffisamment préparés durant la crise.

La vérité n’avait pas été défendue avec assez de courage et de confiance; les principes n’avaient pas été assez mis en lumière ; les erreurs Savaient pas été assez complètement démasquées, les âmes n’avaient pas été armées d’une haine assez robuste du mal, et d’un amour du bien asses énergique. On a essayé de nouveau de concilier le bien et le mal, de mêler la vérité avec l’erreur ; on a voulu» bâtir sur un autre fondement que celui des principes immuables, et l’édifice qu’on a ainsi élevé sur le sable mouvant a été renversé par la première tempête.

C’est à la presse catholique qu’il appartient, surtout,

de préparer à la société une régénération plus complète et plus durable. Mais comment pourrait-elle remplir avec succès une aussi difficile mission, si nous ne lui obtenions, par nos prières, un très puissant secours d'en haut? Prions donc beaucoup pour les écrivains, qui déjà remplissent cette mission avec un courage vraiment admirable. Après le ministère sacerdotal, il n'est pas aujourd’hui d’apostolat plus noble, mais il n'en est pas aussi de plus laborieux ; il n’en est pas qui demande plus d’abnégation et de constance, qui expose à des injustices plus blessantes, à des haines plus acharnées et à de plus amers déboires.

Nous conjurerons le Cœur de Jésus de consoler ceux qui, pour sa gloire, affrontent ces dangers et qui combattent pour lui par la plume, avec autant de mérite que s’ils lui avaient voué leur épée. Mais le nombre de ces valeureux combattants et la publicité qui leur est offerte sont loin d’être proportionnés à l'immensité du champ de bataille et à la multitude des ennemis' Il faut donc trouver aux écrivains catholiques des lecteurs et des auxiliaires, et c’est ce que noua ferons, soit par notre influence directe, s’il nous est donné d’écrire nous-mêmes ou de propager et de faire lire les bons écrits des autres, soit au moins par nos prières.

Demandons à Dieu d’abord qu'il augmente leur nom bre. Quand on compare le nombre, des journaux et autres publications religieuses avec celui des publications irréligieuses et immorales, on est épouvanté, et on se demande comment une nation qui absorbe chaque jour une quantité de poison aussi énorme, avec de si faibles antidotes, peut encore subsister. Cette disproportion effrayante peut tenir à bien des causes : une des prin-

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cipales, c’est que les catholiques sont loin de déployer autant d’activité pour encourager leurs écrivains et propager les bons livres, que nos adversaires en déploient pour répandre leurs dangereuses productions. Que les ouvrages des écrivains catholiques soient plus activement propagés, et le nombre des écrivains ne pourra manquer de s’accroître.

Ce que nous devons demander en second lieu pour les écrivains catholiques, c’est un dévouement intrépide pour la cause de Jésus-Christ et de son Église. Nous savons avec quelle rage cette cause est attaquée; se pourrait-il qu’elle fût défendue avec moins d’ardeur? L’erreur ne garde plus aucune mesure ; elle ne prend plus la peine de dissimuler ; elle manifeste ouvertement la résolution de renverser de fond en comble la royauté de Jésus-Christ. Se pourrait-il que les défenseurs de l’Homme-DiEU fussent moins hardis dans l’affirmation de ses droits, et qu’ils crussent servir les intérêts de la vérité en la mutilant?

Demandons, en troisième lieu, pour les écrivains catholiques, cet esprit de charité qui les mettra en état de procurer à Jésus-Christ le seul triomphe qu’il ambitionne. C’est sur les cœurs que ce divin Sauveur prétend régner, et, aujourd’hui, comme aux jours de sa vie mortelle, il ne veut attirer à lui les hommes que par les liens de l’amour. Si donc nous voulons entrer dans ses vues et faire triompher sa doctrine dans le monde, il faut nous attacher avec plus de soins encore à lui gagner les cœurs parla douceur de notre charité, qu’à lui conquérir les intelligences par la vigueur de notre logique. Les plus utiles serviteurs de la vérité ne sont pas ceux qui la démontrent ; ce sont ceux qui la rendent aimable.

Demandons encore, pour les défenseurs de l’Église, cet esprit de soumission sans lequel leurs services lui seraient bien plus nuisibles qu’utiles. Nous avons vu, hélas ! dans ce siècle, plusieurs de ces champions de la cause catholique qui, pour avoir voulu suivre leurs propres inspirations, se sont jetés dans les plus grossières erreurs, et ont donné au monde les plus tristes scandales. Prions pour que ces funestes exemples n’aient plus d’imitateurs, et pour que les défenseurs de l’Église, bien loin de lui marchander leur obéissance, se fassent une gloire de suivre avec la plus filiale soumission sa direction maternelle.

Enfin demandons, pour les valeureux soldats de Jésus-Christ, cette union qui seule peut faire leur force, et les mettre en état de combattre avec succès leurs communs ennemis. L’unité parfaite et en toutes choses est impossible ici-bas; mais l’union est certainement possible. 11 n’est rien que le Cœur de Jésus souhaite plus vivement pour tous ceux qui lui sont dévoués. C’est ce qu’il demandait pour eux la veille de sa mort, et c’est ce qu’il demande encore. Unissons nos prières aux siennes, et que ces prières soient d’autant plus ferventes, que l’homme ennemi fait plus d’efforts pour semer la zizanie dans le champ du père de famille. Son triomphe, à lui, c’est de diviser les enfants et les défenseurs de l’unité; mais le triomphe de l’esprit de Jésus-Christ, c’est de les réunir, en dépit de toutes les influences qui tendraient à les séparer. Si par nos prières nous pouvons obtenir à notre sainte causé ce premier triomphe, nous aurons rendu bien plus facile un triomphe complet.

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