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CHAPITRE X

Les jeunes gens chrétiens *.

C’étaient, sans doute, pour le christianisme naissant de bien cruels ennemis que les Néron et les Domitien. 11 faut reconnaître pourtant que la rigueur dont usaient ces tyrans contre les adorateurs de l’Homme-DiEu était moins le résultat de la haine que d’un calcul politique. Ils le persécutaient, comme le roi Hérode avait persécuté le Sauveur lui-même, parce que dans ce nouveau culte ils voyaient un péril pour l’absolue puissance dont ils se croyaient investis. Reconnus maîtres souverains des âmes comme des corps de leurs sujets, ils repoussaient comme un usurpateur cet étranger, cet inconnu qui venait revendiquer la meilleure moitié de ce domaine. Comme leur empire s’identifiait avec le paganisme,1 une religion qui venait renverser le paganisme leur paraissait comme une dangereuse rébellion.

Bien différents sont les hommes qui, aujourd’hui, persécutent l’Église. Pour eux, Jésus-Christ n’est ni un étranger ni un inconnu. Nés au sein de son empire, consacrés à lui dès leur naissance, éclairés de ses lumières, comblés de ses bienfaits, ils se sont révoltés contre lui ; et la haine qu’ils lui ont vouée est d’autant plus violente qu’elle réagit contre la pression de son

i Messager , t. XXXIX, p. 133; t. XXXIII, p. 5.

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immense amour. Ce sont des apostats, que le souvenir de leur baptême poursuit comme un remords. ^Loin de trouver dans l’intérêt politique un motif de combattre la doctrine chrétienne, ils devraient au contraire y voir un motif de la favoriser ; car il n’y a pas de gouvernement possible sans religion; et, pour le monde moderne, il n’y a plus de religion possible en dehors du christianisme. En détruisant la foi dans l’esprit des peuples, ces politiques insensés sapent le fondement de leur propre pouvoir ; et en mettant l’athéisme à la base de l’édifice qu’ils prétendent construire, ils en préparent la prochaine ruine.

N’importe; pour ces apostats, l’intérêt suprême, l’intérêt unique, c’est la destruction du règne de Jésus- Christ. Pour atteindre ce but, ils compromettront sans hésiter tous les autres intérêts, passeront par-dessus toutes les lois et toutes les convenances, renieront sans pudeur leurs principes et leurs engagements, exposeront à tous les périls les peuples qui leur ont confié le pouvoir. Aux yeux des sectaires, il n’y a qu’un ennemi, c’est Jésus-Christ.

- Eh bien ! ce sont de tels hommes qui, en corrompant le suffrage universel, se sont emparés, dans plusieurs contrées de l’Europe et du Nouveau-Monde, du suprême pouvoir; ce sont eux qui, pour assouvir leur haine contre Dieu et ses serviteurs, disposent à leur gré des immenses ressources que la centralisation moderne met entre les mains des gouvernements.

Où donc est notre salut? Dans la restauration du règne de Jésus-Christ sur la société entière.

Voilà donc le miracle qu’il faut demander avant tous les autres : que la société reconnaisse de nouveau Jésus-Christ pour son Sauveur et son Roi. Mais il faut

demander en même temps, et il faut, déplus, procurer de toutes nos forces l’accomplissement des conditions sans lesquelles ce miracle est impossible. Or l’une de ces conditions, la principale, en un sens, c’est la propagation parmi les jeunes gens de ce dévouement cordial à Jésus-Christ, que nous désignons par les mots d’ Apostolat du Cœur de Jésus.

Daigne le Cœur de Jésus nous accorder la grâce de bien établir cette vérité, et d’en faire saisir toute l’importance.

Partons d’un fait que nul ne songera, sans doute, à contester : à savoir que, dans quinze ou vingt ans, la société sera ce que la feront les jeunes gens qui entrent, en ce moment, dans la vie publique. Ils n’attendront pas aussi longtemps pour faire sentir leur influence ; mais, à cette époque, leur influence sera certainement prépondérante. Or, il est également certain que le sens dans lequel cette influence s’exercera dépend, en très grande partie, de la direction que prennent, en ce moment, l’intelligence et la volonté de ces jeunes hommes.

Plusieurs pourront changer de voie; quelques-uns de ceux qui sont bons pourront se laisser entraîner, plus tard, par la séduction du mal; et quelqués-uns de ceux qui sont mauvais pourront s’éclairer par leur expérience, et céder aux attraits du bien. Mais la masse restera ce qu’elle a été pendant les années de la jeunesse.

La jeunesse est l’âge critique de la vie morale. C’est alors que l’homme, acquérant la pleine jouissance de

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sa liberté, éprouve le plus violemment la grande tentation de tout être libre, la tentation de secouer le joug du bien, et de s’asservir par là au joug du mal. Cet âge correspond, pour chaque homme, à l’heure où le fruit défendu fut offert à l’humanité dans la personne de nos premiers parents. Si Ève et Adam eussent été fidèles à cette heure critique, ils auraientassurés, pour eux et pour nous, la perpétuité des dons précieux dont les avait dotés leur Créateur. Ils n’auraient pas cessé d’ètre libres ; et, libres comme eux, nous aurions pu nous priver du patrimoine surnaturel que nous en aurions reçu : mais combien alors la persévérance eût été plus facile; et combien les chutes eussent été moins pernicieuses! Tombée dès sa première épreuve, l’humanité s’est faite au cœur une meurtrissure que la grâce de Jésus-Christ peut bien fermer, mais qui, à chaque instant, menace de se rouvrir.

Telle est la situation du jeune chrétien. Tant que durent sa première et sa seconde éducation, il est en quelque sorte plus passif qu’actif. Il ne s’appartient pas pleinement à lui-même. Pour demeurer bon, il n’a qu’à se laisser conduire. S’il a déjà quelques dangers à courir, il est entouré de secours puissants. C’est une plante en terre chaude, que des soins attentifs garantissent des frimas de l’hiver et de la morsure des insectes destructeurs.

Mais au terme de cette période, il s’opère dans cette existence un changement complet, dont les conditions actuelles de la société française accroissent considérablement le danger. Jadis, les jeunes chrétiens étaient beaucoup plus libres durant leur seconde éducation, et beaucoup moins abandonnés durant l’éducation supérieure. Les études classiques ne se faisaient guère que

dans des externats, et les études universitaires se faisaient, pour beaucoup, dans des collèges. Aujourd’hui, la plupart des jeunes gens, enfermés dans des pensionnats jusqu’à l’âge où les passions sont le plus bouillantes, se voient alors jetés seuls, sans surveillance et sans appui, au milieu des séductions de tout genre que la vie moderne a accumulées dans les grandes villes.

L’épreuve est donc incomparablement plus périlleuse qu’elle ne l’a jamais été. Le fruit défendu s’offre avec des attraits bien plus puissants, et la fascination du serpent est beaucoup plus enivrante. Pour peu qu’il s’approche de l’arbre maudit, le jeune chrétien est saisi, tout à la fois, par les sens, par le cœur et par l’esprit. Il suffit que ce fruit soit défendu, pour qu’il lui semble avoir une saveur exquise; et il s’entend dire, de tous côtés, qu’esclave du bien par son cœur et de la vérité par son intelligence, il ne sera complètement maître de lui-même que lorsqu’il se permettra toute satisfaction et se constituera l’arbitre suprême de ses croyances.

Oui, la tentation est terrible ; et c’est pour cela que, si elle est repoussée, la victoire sera plus glorieuse et plus féconde. Cette heure est donc vraiment, dans la vie du chrétien, l’heure décisive. C’est alors que, complètement maître de lui-même, il peut vraiment se donner à Jésus-Christ. C’est alors qu’il le reconnaît pour son Dieu, pour son Roi, pour son ami ; qu’il lui rend, en présence des hommes, ce témoignage auquel le Fils de Dieu a promis de répondre par un témoignage réciproque, rendu en présence de son Père des cieux.

Précisément parce que l’attaque est plus violente et que, pour la repousser, le généreux chrétien aura dû

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faire un plus violent effort, il ne se bornera pas à une demi-victoire. L’élan plus vigoureux qu’il aura pris le portera plus loin dans la voie du bien. Il ne se contentera pas d’être le serviteur de Jésus-Christ, il voudra être son soldat et son apôtre. Heureux d’avoir échappé à l’esclavage, il voudra faire partager à d’autres âmes la liberté vraie dont il apprécie la gloire et la douceur, depuis qu’il l’a conquise à la pointe de l’épée. Cette première victoire ne l’a certainement rendu ni invincible ni invulnérable ; mais elle lui a donné des facilités incomparablement* plus grandes pour soutenir avec avantages les combats à venir ; en accroissant considérablement ses forces, elle a diminué, dans une proportion égale, la force des tentations.

Si au contraire, dans cette épreuve décisive, l’attrait du mal l’emporte, qu’arrivera-t-il? — Quelques-uns, entraînés par de plus violentes passions, plus coupables, parce qu’ils auront abusé de dons plus précieux, tomberont dans un abîme si profond, s’enfonceront dans des erreurs si ténébreuses, prendront, avec les ennemis de Jésus- Christ, des engagements si étroits, que rien ne pourra les faire rentrer dans la voie de la vérité et du bien.

Un plus grand nombre, tombés par inconsidération et par faiblesse, comme nos premiers parents, fascinés par l’erreur sans en arriver à haïr la vérité, se laisseront relever par la miséricorde divine, et promettront <Ie nouveau fidélité à Jésus-Christ. Plusieurs, parmi eux, comme saint Pierre, rendus plus humbles et plus vigilants par l’expérience de leur infirmité, résolus de faire expier leur défaite à l’ennemi qui les a vaincus, feront servir leur chute à l’affermissement de leurs frères : Tu aliqmndo conversas confirma fratres tuos .

Mais il est rare, avouons-le, que le cœur, profondément blessé par les passions, recouvre son intégrité. Il est plus rare encore qu’une intelligence, dont le ressort a été brisé par les vacillations du doute, recouvre, dans toute son énergie, le sens de la vérité. La plupart des âmes qui tombent par faiblesse ne se relèvent que faiblement. Aussi un grand nombre d’entre elles ne se relèvent-elles que pour retomber. Elles no se donnent jamais entièrement ni au bien ni au mal ; elles chancellent continuellement entre l’un et l’autre, boitant des deux jambes, suivant l’expression de l’Écriture, penchant tantôt à droite, tantôt à gauche, suivant que les influences bonnes ou mauvaises agissent sur elles avec plus de force.

Cela étant, demandons-nous quelles espérances il nous est permis de concevoir pour l’avenir de la société. Elle ne peut ôtre sauvée, avons-nous dit, que par la restauration du règne de Jésus-Christ. Et puisque nous ne pouvons attendre cette complète restauration de la génération actuelle, imbue de trop d’erreurs et dominée par trop d’influences mauvaises, à quelles conditions pouvons-nous l’espérer pour l’heure où les destinées sociales seront entre les mains de nos jeunes gens ?

Parmi eux, il en est un grand nombre qui sont déjà gagnés, corps et âme, à la cause du mal ; qui, élevés dans des principes antichrétiens, croient servir les intérêts de la société en jurant une haine mortelle à l’Église de Jésus-Christ, et qui mettent au service de

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cette haine toute leur énergie, toute leur influence, toute leur générosité naturelle. Il sera d’autant plus facile à cette jeunesse antichrétienne d’entraîner la société de l’avenir que la société présente est déjà engagée dans cette voie ; pour perpétuer le règne du mensonge, ils n’auront qu’à maintenir ce qui existe et à continuer l’œuvre de leurs devanciers.

Sur qui donc pouvons-nous compter pour briser ce joug qui pèse, depuis tant d’années, sur les intelligences ; pour vaincre toutes ces haines, dissiper toutes ces erreurs, arrêter la société sur la pente où elle se précipite, et la faire rentrer dans les voies de la vérité et de la justice? Nous devons, sans doute, compter sur Dieu, seul capable de faire un pareil miracle. Mais Dieu, évidemment, ne fera pas ce miracle tout seul. Il ne transformera pas, du soir au matin, l’esprit et le cœur des hommes. La vérité ne reprendra son empire sur les intelligences qu’autant qu’elle sera proclamée ; la charité chrétienne ne se substituera à l’égoïsme qu’autant qu’elle pourra se montrer aux hommes incarnée, en quelque sorte, dans d’autres hommes. Nous pouvons espérer qu’un moment viendra où la société, à bout de voies, épuisée par les convulsions qui se succèdent sans relâche, dégoûtée des charlatans qui, depuis plus d’un siècle, s’offrent à l’affranchir pour l’asservir à leur ambition, se tournera vers son unique Sauveur, et lui redemandera les biens dont elle jouit aussi longtemps qu’elle fut soumise à son empire. Cette réaction vitale, attendue par un grand nombre d’éminents esprits, est parfaitement conforme aux voies de la Providence ; mais ce qui s’écarterait complètement de l’ordre providentiel, c’est qu’elle s’opérât sans instruments. Dieu seul en peut être l’auteur, mais c’est

aux hommes qu’il appartient de la hâter et de lui faire porter ses fruits.

Ces instruments de la Providence, ces sauveurs secondaires de la société, quels seront-ils parmi nos jeunes gens? — Nous répondrons sans hésiter : Ce seront ceux de ces jeunes gens qui se montrent, à ce moment décisif de leur existence, les vrais amis de Jésus-Christ. Et comme la dévotion au Cœur de Jésus a pour but de susciter à Jésus-Christ, dans tous les rangs de la société chrétienne, ces vrais amis, ces apôtres dévoués, nous ne pouvons mieux contribuer, par nos prières, au salut de la société et au triomphe de l’Église, qu’en demandant la diffusion de ce dévouement apostolique au sein de la génération qui, dans quelques années, aura les destinées de la société entre ses mains.

Nous ne saurions trop le rediré : l’Apostolat du Cœur de Jésus n’est pas autre chose que la dévotion au sacré Cœur, comprise et pratiquée dans le sens d’une cordiale amitié du chrétien pour Jésus-Christ.

Combien il s’en faut que cette dévotion soit ainsi comprise et pratiquée par tout le monde ! Être l’ami de Jésus-Christ : Quel est le chrétien qui n’y consente en paroles ? — Mais combien ils sont peu nombreux ceux qui acceptent réellement ce titre, et en remplissent toute la signification ! Ils ne le méritent certainement pas, ces jeunes gens que nous voyions, naguère, si empressés à user de leur liberté pour refuser à Jésus- Christ les hommages qu’ils lui ont rendus aussi longtemps qu’ils ne s’appartenaient pas à eux-mêmes ; se partageant sans cesse entre lui et ses ennemis, lui marchandant leurs services, et toujours prêts à acheter au prix de sa grâce les jouissanees qu’il leur inter-

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dit. Assurément, ils ne voudraient pas pour eux-mêmes d’une amitié semblable; et ce n’est pas ainsi qu’ils traitent ceux à qui, sur la terre, ils donnent le nom d’amis. Il n’y a évidemment que peu de chose à attendre d’eux pour le salut de la société. Ils pourront changer de voie, mais assurément leur faiblesse présente ne présage pas un avenir bien glorieux.

Au contraire, donnez-moi un jeune chrétien qui, au moment de choisir sa voie, comprenne tout ce qu’il y a de noble, de doux, de saint, dans cette amitié que le Cœur de son Dieu lui offre ; qui se donne à ce divin Ami, comme on sait se donner à cet âge, sans réserve et sans mesure, et qui se propose, comme but de son existence, l’accomplissement des devoirs que cette amitié lui impose. Quelle ne sera pas la force de ce jeune homme ! Quelle ne sera pas son influence pour le bien et sa puissance pour vaincre le mal !

Il sera fort, parce que l’amour est la vraie force du cœur, et qu’il n’y a pas au monde de force comparable à celle-là. Ce qui affaiblit le cœur, c’est la division; il n’est rien dont ne soit capable un cœur dont toutes les énergies se concentrent dans un grand amour, alors même que cet amour prend sa source dans la faiblesse de la nature : et que ne pourra pas celui qui a livré son cœur à l’amour tout-puissant du Cœur de Jésus !

Il sera invincible dans la lutte, car la volonté libre n’est jamais vaincue que faute d’amour. Ce n’est jamais notre faiblesse naturelle qui nous fait succomber ; c’est

qu’il se trouve en nous un amour mauvais plus fort que l’amour de Jésus-Christ. L’enfant le plus faible ne consentira jamais à donner la mort à sa mère : son amour lui donnera la force de résister à toutes les sollicitations et à toutes les menaces. L’amitié véritable pour Jésus-Christ créera également, dans l’âme la plus infirme, la puissance de surmonter les attaques les plus violentes du mal et une sorte d'impuissance morale d’y succomber.

Avec le pouvoir de résister au mal, cette amitié donne la force de le vaincre. Le mal n’est qu’un amour perverti, comme le bien n’est qu’un amour légitime. La force du premier peut être bien grande, lorsque surtout, comme il advient chez les démons et leurs terrestres suppôts, cet amour mauvais arrive jusqu’à la haine du bien. Mais il est une force incomparablement plus grande que celle de la haine infernale : c’est celle de l’amour divin ; seul l’amour divin est tout-puissant, et tous les cœurs qui se livrent à lui sans réserve participent à sa toute-puissance. Voilà donc les hommes que la société attend pour l’arracher à la tyrannie de l’égoïsme et de la haine : il lui faut des cœurs que l’égoïsme n’ait pas entamés, dont le vice n’ait point flétri les énergies, qui aient conservé toute leur puissance d’aimer et qui la consacrent tout entière à servir d’instrument au Cœur de Jésus. Les cœurs blessés et guéris auront, s’ils le veulent, leur part et leur belle part à l’œuvre du salut; mais la part la plus belle est celle des immaculés ; de ceux qui n’ont pas chancelé dans la voie : immaculatiinvia ; qui ont porté dès leur jeunesse le noble joug de l’amitié divine. (Thren. m, 27.) Ceux-là forment autour de l’Agneau un bataillon d’élite, et une gloire plus grande leur est réservée dans le

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triomphe, parce qu’ils auront plus largement contribué au gain de la bataille. (Apoc. xiv, 4.)

Ce sont eux, encore, qui font à Jésus-Christ les plus belles conquêtes. Dans l’ordre naturel, il n’y a rien de plus beau que la jeunesse, et, dans l’ordre surnaturel, il n’y a pas de vertu plus belle que la chasteté; aussi, quand ces deux beautés s’allient ensemble, il résulte de leur alliance un charme divin qui fascine pour le bien, comme la beauté impudique fascine pour le mal : Oh ! quant pulchra est casta generatio !

Qui donc nous donnera d’accroître le nombre de ces favoris du divin Roi ; qui lui fournira, pour conquérir la jeunesse, ces puissants auxiliaires, ces cœurs à la fois chastes et aimants, dont la chasteté est protégée par l’ainour, et dont l’amour est nourri par la chasteté?

Il n’y a que le Cœur de Jésus qui puisse faire cette merveille. C’est son chef-d’œuvre, et c’est aussi l’objet suprême de son ambition. Oui, précisément parce qu’il est le plus aimant de tous les cœurs, il désire par-dessus tout avoir de vrais amis. Et ces amis, il est surtout jaloux de les trouver parmi ceux qui n’ont pu encore prostituer leurs cœurs à des affections coupables.

Si donc la dévotion à son divin Cœur a surtout pour but de lui procurer cette satisfaction dont il est si avide, c’est surtout parmi les jeunes gens que cette dévotion doit être propagée. La dévotion au Cœur de Jésus est faite spécialement pour eux; et, pour la leur faire accepter, il suffit de la leur présenter comme aspirant à faire d’eux les amis du divin Sauveur. Parmi tous les autres exercices, plus ou moins utiles, il faut faire constamment ressortir, à leurs yeux, cet exercice principal qui contient toute l’essence de la dévotion : le dévouement cordial pour Jésus-Christ.

L'Apostolat de la Prière n'a pas d’autre but que de rappeler aux chrétiens ce devoir et de leur en faciliter la pratique. Il leur demande d’abord une marque bien facile de leur amitié pour Jésus-Christ : s’approprier ses intentions et ses désirs par une offrande quotidienne. Qui pourrait refuser au divin Ami une si légère marque de dévouement? Mais laissez peu à peu ce sentiment pénétrer dans le cœur, il ne pourra se borner à si peu de choses : des intentions et des désirs il passera aux actes, il éprouvera le besoin de travailler et de combattre pour les intérêts du divin Ami. Le simple membre de la Ligue du Cœur de Jésus en deviendra le Zélateur; il mettra son activité et son influence au service de son amitié pour Jésus-Christ. Il sera vraiment apôtre.

Voilà ce qui est arrivé parmi les jeunes gens, comme aux autres classes de la société. Dans les différentes professions, dans les Universités catholiques, dans les écoles même laïques, il s’est formé des groupes de vaillants chrétiens, résolus à se faire les auxiliaires et les défenseurs du Cœur de Jésus, et d’assurer leur propre persévérance en se dévouant à la sanctification des autres.

Puisse le nombre de ces braves s’accroître de plus en plus ! L’intérêt de toutes les œuvres catholiques le demande, car c’est parmi ces vrais amis de Jésus- Christ qu’elles trouveront leurs plus ardents et les plus constants promoteurs. Le salut de la société l’exige. Le Cœur de Jésus le désire. En le demandant avec lui, nous sommes assurés d’être favorablement écoutés.

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