CHAPITRE II
Sa situation 1.
Pour animer les serviteurs de Jésus-Christ de cette inébranlable confiance qui ne devrait jamais les abandonner, il n’est pas nécessaire qu’ils attendent, pour une époque plus ou moins prochaine, le triomphe terrestre de l’Église. Cette espérance est douce aux enfants dévoués de cette sainte Église, aujourd’hui si cruellement persécutée; et elle paraît à beaucoup de bons esprits appuyée sur des bases très solides ; mais, si douce et si bien fondée qu’elle soit, elle ne nous est pas indispensable. Pour rendre notre courage indomptable et mettre notre fermeté à l’abri de toutes les défaillances, il suffit que nous nous fassions une idée juste de notre situation.
*La faiblesse des hommes de bien vient surtout, en effet, de ce qu’ils ont la vue trop courte. Ils ne regardent pas au delà de cet étroit espace qu’occupe la terre. Et encore, sur ce globe si restreint, leurs yeux n’embrassent-ils qu’une courte durée, celle de la vie d’un homme, un siècle peut-être, c’est-à-dire une imperceptible goutte d’eau dans l’océan de l’éternité. Comment s’étonner qu’il leur arrive ce qui arrive à tous ceux qui ne voient qu’une petite partie d’un grand tout :
* Messager , t. XIII, p. 76.
qu’ils ne comprennent rien ni au tout qu’ils ne voient pas, ni à la partie qu’ils voient, et qui n’a sa raison d’être que dans le tout? De là, les lâches découragements ; de là, trop souvent aussi, les doutes injurieux à la Providence ; de là, toutes ces faiblesses et ces défaillances des hommes bien intenlionnés, qui constituent la plus grande force des pervers.
A l’époque la plus sombre de l’histoire do l’ancien peuple, lorsque, captif à Babylone, il semblait avoir perdu toute espérance de voir Jérusalem et son temple se relever de leurs ruines, le prophète Baruch, envoyé de Dieu pour ranimer sa confiance, s’attache avant tout à dissiper la funeste illusion que nous venons de signaler. « O Israël, lui dit-il, qu’elle est grande l’habitation de Jéliova, et qu’il est immense son domaine! » Il n’habite pas seulement le temple de Jérusalem ; et le patrimoine qu’il désire partager un jour avec ses serviteurs ne se borne pas aux confins de la terre promise; il s’étend bien au delà des étroites limites de ce terrestre globe. « Il est grand et n’a pas de limites. » Vous donc, qui êtes ses enfants, concevez aussi de grandes espérances et une confiance sans limites.
Nous croyons, de notre côté, pouvoir contribuer à consoler les âmes qu’attristerait outre mesure la vue de l’état présent du monde, en leur faisant trouver l’explication des obscures énigmes qu'il leur présente dans le simple exposé de leur situation.
Qu’est-ce que la terre et qu’est- ce que l’humanité? La position de la première dans le monde physique va
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nous aider à nous former une idée juste des rapports de la seconde avec le monde spirituel; car Dieu, qui fait tout avec harmonie, a voulu qu’il y ait une étroite analogie entre le genre humain et le globe qu’il lui a assigné pour habitation, durant le temps de son épreuve.
La terre, nous dit l’astronomie, est un des plus petits satellites du soleil, qui n’est lui-même que l’une des myriades d’étoiles dont est parsemé le firmament. Il y a tout lieu de croire que, parmi ces astres innombrables dont le plus grand nombre, invisible à l’œil nu, ne peut être aperçu qu’à l’aide de puissants instruments, il en est de beaucoup plus grands que ce soleil, qui est quatorze cent mille fois plus grand que notre terre. L’étendue de la terre, par rapport à l’étendue totale de l’univers, est donc bien moindre, incomparablement que ne l’est l’étendue de la plus petite fourmilière relativement à celle de la terre elle-même. Voilà le théâtre sur lequel s’agitent les ambitions des puissants d’ici-bas ; c’est pour s’arracher les uns aux autres quelques parcelles de cette fourmilière qu’ils travaillent, se tourmentent, dépensent tout leur génie, sacrifient leur repos et, trop souvent, leur éternité !
Cette seule considération suffirait pour nous faire prendre en grande pitié ceux que nous sommes quelquefois tentés d’admirer ou de craindre. Mettons-nous au point de vue de Dieu et de ses Anges : ce point de vue est le seul d’où nous puissions voir les choses dans leur vérité. Embrassons avec eux l’immense étendue de la création; voyons tous ces mondes qui roulent sur nos têtes, et qui accomplissent avec une parfaite fidélité les lois de leur Créateur; entendons ce concert des astres, qui ne cessent ni jour ni nuit de chanter la gloire
de Celui qui les a faits ; voyons ces flots de lumière qui ruissellent de tous les soleils et remplissent l’océan de l’espace, et puis considérons, à l’une des extrémités les plus reculées de Get espace lumineux, un globe presque imperceptible dont les nuages et les tempêtes font à peine une tache au sein de l’universelle clarté.
Voilà la terre dans l’ordre physique, et voilà l’image de l’humanité dans l’ordre spirituel.
Il y a, en effet, un firmament spirituel, au sein duquel l’humanité est précisément ce qu’est la terre dans le firmament. Ce firmament spirituel est celui dont, suivant plusieurs interprètes, l’Écriture sainte nous parle, quand elle dit qu’au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Ce sont les Anges, véritables astres du matin, qui commencèrent à louer le Seigneur au moment où il les créa (Job. xxxvm, 7); et qui, suivant une opinion assez accréditée, sont chargés de mouvoir les astres visibles; ce sont les armées célestes dont Jéhovah aime à se dire le Dieu, Deus Sabaoth.
Quel est le nombre de ces purs esprits? Nous pouvons encore moins le compter que celui des étoiles. L’Écriture, toutes les fois qu’elle en parle, se plaît à accumuler les termes qui expriment les quantités les plus fortes. « Des millions d’esprits s’empressaient à le servir, dit Daniel, et dix mille millions étaient debout devant lui. » (Dan. vu, 10.) Les saints Docteurs s’accordent à enseigner que, non seulement il y a parmi les Anges une multitude incalculable d’individus ; mais qu’ils constituent aussi un nombre très grand d’espèces, différentes les unes des autres par leurs propriétés intellectuelles et morales, comme les espèces animales diffèrent par la variété des formes et des instincts. Dans cette doctrine, l’homme, composé
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d’un esprit et d’un corps, serait en quelque sorte le centre et le lien d’une double hiérarchie corporelle et spirituelle, qui, d’un côté, descendrait jusqu’au néant, et, de l’autre, s’élèverait jusqu’à Dieu. En bas, la hiérarchie animale s’abaisse, par des degrés continus, de l’homme jusqu’au plus imparfait des infusoires. En haut, la hiérarchie spirituelle monte, par degrés également continus, depuis l’homme jusqu’au plus parfait des Séraphins. Les espèces animales sont innombrables ; et la science, qui en connaît déjà des milliers, en découvre de nouvelles, à mesure que ses moyens d’observations se perfectionnent. Chaque jour elle voit s’ouvrir devant ses regards de nouveaux horizons dans ce monde des infiniments petits, dans lequel elle vient à peine de pénétrer. Mais tout nous porte à croire que le nombre des espèces spirituelles n’est pas moindre, et que Dieu n’a pas été moins prodigue d’être et de vie dans l’ordre où sa gloire se révèle avec plus d’éclat.
Par là nous pouvons comprendre ce qu’est l’humanité dans le monde spirituel : elle est le dernier et le plus petit des astres de ce firmament lumineux ; elle est la plus imparfaite de toutes ces innombrables espèces intelligentes, qui, comme des astres radieux, réfléchissent avec une fidélité parfaite la clarté du divin soleil. Elle est, pour emprunter à l’Écriture une touchante parabole que les saints Docteurs interprètent dans ce sens, elle est la plus petite brebis de l’immense troupeau du bon Pasteur; et seule, elle erre encore loin du bercail, tandis que les quatre-vingt-dix-neuf autres y sont fixées pour l’éternité. Mais si, par ses égarements, elle peut se nuire à elle-même, que peutelle contre le troupeau et contre le divin Pasteur?
Quand elle réunirait toutes ses forces pour faire la
guerre au Tout-Puissant, quel succès pourrait-elle se promettre ?
Dieu n’aurait pas même besoin d’étendre son bras ; il suffirait qu’il chargeât de sa vengeance un seul Ange des hiérarchies les plus inférieures. Il n’en fallut pas davantage jadis pour anéantir en une nuit l’armée de Sennachérib. Que tous les hommes soient doués d’autant d’esprit qu’en avait Voltaire, et qu’ils fassent de cet esprit un aussi mauvais usage que cet impie fameux; qu’ils amassent, pendant une longue vie, tout ce qu’ils pourront accumuler d’erreurs, de blasphèmes, d’impiétés. Que seront tous ces nuages et toutes ces ténèbres, au sein de l’océan de vérité qu’habite la création spirituelle? Un point obscur, dans une immensité lumineuse ; et ce point encore ne fera que passer. Au bout de quelques jours, les sophistes seront morts, la terre elle-même aura été purifiée par le feu des souillures qu’ils y auront accumulées, et la lumière aura dissipé toutes les ténèbres.
Mais si rapide soit-elle, l’existence de ces ténèbres demande 'elle-même une explication. Que la terre ne soit qu’un point obscur au sein d’une immensité lumineuse, encore cette obscurité doit-elle avoir son motif ; et ce motif, il nous importe de le connaître, puisque le point obscur est en ce moment, et pour quelques années encore, notre habitation. Pourquoi Dieu a-t-il fait à humanité, au plus petit et au plus jeune membre de sa grande famille, une part si différente de celle qui
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est échue aux pures intelligences dont elle est la sœur? Pourquoi à celles-ci une lumière sans nuages, et à nous des nuages à' peine éclairés de quelques faibles lueurs? Pourquoi, dans le monde angélique, la paix sereine et l’inaltérable harmonie; dans le monde humain, au contraire, des guerres non interrompues, des orages succédant aux orages, un chaos d’erreurs et de vices à peine semé de quelques vertus? N’y a-t-il pas là, sinon une anomalie choquante, au moins une insoluble énigme?
Non, il n’y a pas d’anomalie ; et l’énigme n’est plus insoluble, depuis que Dieu lui-mème nous en a donné la solution.
L’inaltérable harmonie qui règne aujourd’hui dans le monde angélique n’y a pas toujours régné, de meme que l’ordre admirable du firmament matériel a eu un commencement. La science conjecture que tous les éléments, mêlés d’abord ensemble, se sont divisés pour former les différents astres, et ont produit en se divisant une immense explosion ; c’est alors que la lumière a été faite , et qu’elle est demeurée, en quelque sorte, attachée aux éléments éthérés ; tandis que les éléments plus grossiers se sont réunis ensemble pour former les masses compactes et obscures.
Une division semblable s’est faite dans le monde spirituel.
Là, au début, brillait la lumière; mais elle n’était pas encore fixée. Chacun des esprits dont elle devait être l’éternel héritage était appelé à s’attacher à elle par un acte libre; mais il avait, en même temps, le pouvoir de la repousser et de se plonger dans les ténèbres. Un grand nombre préférèrent la révolte à la soumission, les ténèbres à la lumière; mais aussitôt, par une réac-
tion glorieuse, pour lutter contre cette armée de l’orgueil et des ténèbres dont Lucifer était le chef, il se forma, sous la conduite de saint Michel, une armée deux fois plus nombreuse d’esprits fidèles à la lumière, qui marchèrent au combat en poussant le cri de la soumission : Quis ut Deus ? Un choc terrible eut lieu ; les ténèbres furent vaincues et refoulées dans l’abîme; et, dès lors, la lumière régna dans le firmament spirituel, sans être jamais troublée par aucun nuage.
La lutte qui eut lieu alors dans le ciel est précisément celle qui s’agite, en ce moment, sur la terre. Créée plus tard, l’humanité accomplit plus tard ses destinées. Il faut la considérer au milieu des autres espèces d’intelligences comme un monde en voie de formation, au milieu de mondes déjà formés. Mais il y a entre les Anges et l’humanité plusieurs différences qui expliquent la différence dé leurs destinées. Les Anges ont été créés tous ensemble, tandis que l’humanité ne se développe que par une longue série de générations. Les Anges n’ont besoin que d’un regard pour embrasser l’horizon entier de la vérité ; et un moment leur a suffi pour déployer toute l’énergie de leur volonté libre; l’homme, au contraire, n’exerce sa volonté et son intelligence qu’au moyen d’une longue série d’actes successifs, dont l’un détruit souvent ce que le précédent avait établi. De là vient que, pour chaque homme, l’épreuve, au lieu de durer un seul instant, comme celle des Anges, se prolonge pendant plusieurs années. De là vient aussi que la lutte de l’humanité entière embrasse de longs siècles. Sa durée n’a donc rien qui puisse nous étonner, puisqu’elle est la conséquence de notre nature et du mode de propagation de notre race.
Mais la rigueur de l’épreuve étonne bien plus que sa
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durée. Pourquoi ces ténèbres épaisses, qui enveloppent les intelligences ? Pourquoi ces inclinations désordonnées, qui entraînent le cœur au mal? Pourquoi ces tentations de Satan, qui viennent accroître la force de nos mauvais penchants, déjà trop tyranniques? Pourquoi ces triomphes sans cesse renouvelés des ennemis de Dieu, ces défaites continuelles de ses défenseurs, cette perpétuelle victoire de l’erreur sur la vérité et du vice sur la vertu?
Pourquoi Dieu a-t-il permis tout cela ? Pour glorifier ses serviteurs et pour se glorifier lui-même en eux. Il a voulu, nous dit l’Écriture, faire éclater sa force dans la faiblesse et faire surabonder la grâce là où le péché avait abondé.
L’humanité, qui est la dernière et la plus faible de toutes les espèces d’êtres intelligents, est celle aussi de laquelle Dieu avait, ce semble, sujet d’attendre moins de gloire. Douée de moins de ressources pour le bien, à cause de la faiblesse de ses facultés spirituelles, elle était, au contraire, beaucoup plus portée au mal, à cause de la grossièreté de ses instincts sensibles. Lucifer, vaincu au ciel, pouvait donc espérer de prendre sur ce nouveau champ de bataille une facile revanche. C’est ici que le mal va lutter contre le bien dans les conditions les plus favorables, à moins que Dieu ne le paralyse par une constante intervention de sa toutepuissance.
Eh bien ! non ; Dieu ne paralysera pas le mal ; il lui laissera, au contraire, tous ses avantages. 11 donnera à son ennemi toute liberté; il lui permettra d’user, pour tenter l’homme, de toute la supériorité de ses facultés spirituelles ; l’homme, au contraire, restera jusqu’à la fin en proie à toutes ses inclinations terres-
très. Et pourtant, cet homme si faible vaincra ces intelligences si puissantes. Satan sera défait une seconde fois, d’une manière incomparablement plus ignominieuse pour lui, que lorsqu’il fut précipité du ciel par saint Michel et ses Anges.
Voilà ce que Dieu veut; il veut, dans la difficulté même du combat, faire éclater à la fois sa propre puissance et le mérite de ses serviteurs. Il veut les couronner d’autant plus glorieusement qu’ils auront courageusement lutté. N’est-il pas vrai, en effet, que la grandeur du mérite est proportionnée à l’énergie de l’effort et à la gravité de l'obstacle? N’est-il pas vrai que la gloire du triomphe se mesure à l’opiniâtreté de la lutte? Et la gloire de Dieu, qui est la fin de toutes ses œuvres, ne croit-elle pas elle-même avec le mérite qu’acquièrent ses serviteurs, et avec les difficultés du témoignage qu’ils lui rendent?
S’il en est ainsi, ne nous étonnons pas que sur celte terre, dernier champ de bataille où Dieu lutte contre ses ennemis, il leur permette de déployer toutes leurs forces, afin de rendre leur défaite plus complète et plus définitive. Ne nous étonnons pas que, dans ce dernier choc entre la lumière et les ténèbres, les ténèbres s’accumulent et fassent un effort désespéré pour vaincre la lumière. Ne nous étonnons pas de l’inaction apparente de Dieu, de la force croissante des suppôts de Satan, des succès dont ils se glorifient déjà et de ceux qu’ils se promettent pour l’avenir. Il fallait tout cela pour que notre épreuve eût tout son mérite et notre triomphe toute sa gloire.
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Mais voici pour nous le suprême motif de confiance, et le sujet d’une immense consolation. Inférieurs aux Anges en tout le reste, plus faibles, plus menacés, plus violemment combattus, nous sommes redevables à notre infériorité même et aux dangers que nous courons d’un privilège qui élève notre nature bien au-dessus de la leur. Le Verbe de Dieu est venu à notre secours ; il a pris notre nature et, en échange, il nous fait présent de sa divinité. Comme un vaillant général qui s’avance vers le point où la lutte est plus acharnée, et où ses soldats sont plus exposés à succomber à la fureur de l’ennemi, il a fait pour nous ce qu'il n’avait pas fait pour les Anges. Il a combattu notre combat, il s’est mis à notre tête, a reçu tous les coups qui nous étaient destinés; et, chose merveilleuse! sans nous délivrer de nos faiblesses, il nous a donné ce qui est bien plus méritoire pour nous, la force de nous en délivrer nousmêmes. Sans détruire les inclinations désordonnées qui servent de prise à Satan, il nous a offert sa grâce, qui nous sert à nous attacher à lui. Sans rien ôter aux difficultés et aux mérites de la lutte, il nous a assuré le triomphe.
Et maintenant il est au ciel, avec toute la partie de son armée qui a déjà traversé le champ de bataille, et qui goûte avec lui les fruits éternels de la victoire. Nous pouvons nous le représenter occupant dans l’espace, avec ses amis arrivés au terme de leur pèlerinage, ce point central et immobile, autour duquel tourne et gravite la création tout entière. C’est là qu’il nous attend ; c’est de là qu’il nous regarde, applaudit à
chacun de nos efforts, et s’apprête à glorifier nos défaites apparentes, comme il se dispose à confondre les apparentes victoires de nos ennemis. Dans quelques jours, en effet, nous aurons comparu ensemble, nos ennemis et nous, en présence de Celui dont nous défendons les droits, et dont eux, les infortunés, ils se constituent les antagonistes. Alors les apparences du temps auront disparu, et il ne restera plus que la réalité éternelle, réalité terrible pour les champions delà révolte et des ténèbres, réalité infiniment douce et glorieuse pour les enfants de l’obéissance et de la lumière.
Maintenant nous avons vu la vraie réponse à la question que nous nous étions posée en commençant : Qu’est-ce que la terre et qu’est-ce que l’humanité?
La terre est l’extrémité d’un immense champ de bataille, où la lumière, victorieuse dans toute l’étendue des cieux, livre sa dernière lutte contre les ténèbres. L’humanité est le plus petit et le plus faible de tous les bataillons de la grande armée du Tout-Puissant; elle est aussi bien plus violemment attaquée par l’ennemi, à qui Dieu trouve bon de laisser tous ses avantages.
Mais le Fils de Dieu combat en personne avec ce bataillon si faible et le revêt de sa force. 11 n’y aura donc de vaincus que les lâches qui, au lieu de se confier à leur divin chef, livreront leurs armes à l’ennemi. Quant à ceux qui sont fidèles, leur victoire est assurée, aussi assurée que la victoire de Dieu lui- même; et elle sera d’autant plus glorieuse qu’ils seront, en apparence, plus complètement vaincus. Ils n’ont qu’à lever les yeux, et ils verront, au-dessus de leur tête, leur divin général triomphant déjà avec leurs frères d’armes et tenant suspendue sur leur tête la couronne qu’il réserve à leurs combats.