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CHAPITRE III

L’Église *.

Pour combattre les puissances de Tenter, liguées contre Thumanité, le Fils de Dieu fait homme a institué l’Église. L’Église est donc l’armée dont Jésus- Christ est le Chef, et, comme nous le disions tout à l’heure, dans cette armée, il n’y aura de vaincus que les lâches qui, au lieu de se confier à leur divin Général, livreront leurs armes à l’ennemi.

Sans doute, l’heure présente est, pour tous les enfants de l’Église, une heure de douloureuse angoisse, et ils ont besoin de toute l’énergie de leur foi, pour ne pas se laisser aller au découragement qui saisit les Apôtres au moment de la Passion du Sauveur. Blessés dans leurs droits les plus sacrés et leurs affections les plus chères, en proie à la malveillance de tous les pouvoirs humains et à l’hostilité moqueuse de l’opinion, vaincus, désarmés et abandonnés en apparence par le ciel môme, ils ne voient poindre, dans les perspectives de l’avenir, aucune lueur propre à les consoler des tristesses du présent.

Faut-il cependant ne plus rien espérer pour l’Église sur la terre et se résigner au triomphe définitif de l’iniquité?

1 Messager , t. XXI, p. 145,

Tel n’est certes pas le sentiment que nous inculque, en toute circonstance, le Vicaire de Jésus-Christ. Mieux placé que qui que ce soit pour voir dans toute leur gravité les dangers qui menacent l’Église ; frappé le premier par tous les coups que lui portent ses ennemis, dépouillé, captif, abandonné, menacé, il ne nous parle pourtant que d’espérance. Il veut que « cette espérance demeure gravée dans notre cœur, qu’elle y soit toujours vivante, et il nous autorise à y voir un gage de l’heureux changement que nous prépare l’avenir. »

Croyons à ces consolantes assurances du voyant d’Israël; croyons à la sûreté de ce regard, pour lequel les ténèbres de l’horizon terrestre peuvent s'illuminer des célestes clartés. Ne jugeons pas d’après les probabilités humaines les destinées essentiellement divines de l’Église. Il n’y a qu’une seule règle qui puisse nous mettre en état de porter un jugement probable sur l’avenir de cette Épouse du Verbe incarné : il faut rapprocher son existence de celle de son Époux. Or, si nous appliquons cette règle aux circonstances présentes, nous serons amenés à partager toutes les espérances du Vicaire de Jésus-Christ, et nous trouverons, dans le délaissement de l’Église, une solide garantie de son triomphe.

Fondée pour continuer, jusqu’à la fin des siècles, la vie et la mission du Fils de Dieu, l’Église catholique reproduit en grand, dans son histoire, les phases de

l’église.

l’existence mortelle de ce divin Sauveur. Comme lui, elle est née dans l’obscurité; comme lui, elle a été persécutée dès sa naissance, et s’est vue contrainte de fuir le glaive des bourreaux; comme lui, elle a, plus tard, échangé les obscurités de la vie cachée contre les œuvres éclatantes de la vie publique ; elle a passé en faisant le bien, guérissant toutes les infirmités humaines, chassant les démons et prêchant l’Évangile du royaume de Dieu.

Que manque-t-il à cette similitude?

Il y manquerait le trait principal, si l’Église n’avait pas été appelée à reproduire, dans son existence collective, la partie la plus saillante de la vie mortelle de son divin Chef : les ignominies et les douleurs de la Passion. Cette Passion, qui, pour le Fils de Dieu luimême, a été le chemin unique et l’indispensable condition de la gloire, ne pouvait être épargnée à l’Église, qui est sa fidèle Épouse et son corps mystique. Il fallait qu’elle souffrît tout ce que le Christ a souffert et qu’elle entrât ainsi en partage de sa gloire. Elle n'a pas, sans doute, attendu l’heure présente pour acquérir, avec ce divin modèle, ce trait de ressemblance. Comme la vie du Sauveur, toute son existence n’a été qu’un long chemin de croix et un martyre non interrompu. Mais, pour que la ressemblance fut parfaite, il fallait que, dans cette existence séculaire, comme dans la vie typique dont elle devait être la reproduction, il y eût une période spécialement affectée au sacrifice, une heure d’agonie et de complet délaissement. Tout ce que Jésus-Christ a souffert dans sa Passion, l’Église devra l’endurer à cette heure cruelle, mais souverainement glorieuse.

Il ne peut y avoir pour elle rien de plus désirable

que de participer, dans la plus large mesure, aux persécutions, aux ignominies, aux trahisons, aux tourments, dont son divin Époux a voulu être la victime ; et, pour elle, comme pour Jésus-Christ, cette mesure des épreuves et des abaissements doit être celle des joies .et des triomphes.

Si telle est la loi qui préside aux destinées de l’Église, nous n’avons qu’à bénir Dieu pour elle ; car elle est appelée, en ce moment même, à boire jusqu’à la lie le calice de douleurs et d’opprobres dont JÉsus- Chhist fut abreuvé.

Voyez, en effet, combien la similitude est parfaite, et combien, sous quelque aspect qu’on l’envisage, la Passion de l’Église reproduit parfaitement celle du divin Sauveur !

Similitude du côté des ennemis : c’est par les siens que Jésus-Christ fut trahi ; ses premiers bourreaux ne furent pas les soldats de Pilate, mais les scribes et les pharisiens, ces sophistes du judaïsme, que l’enflure de leur fausse science remplissait d’une haine implacable contre l’humilité de la loi nouvelle. C’est par eux que le divin Maître fut livré à Hérode, le roi demi-juif, et à Pilate, le magistrat idolâtre. Maintenant agrandissez la scène, et vous voyez apparaître les mêmes personnages, multipliés dans leur nombre, mais toujours semblables à eux-mômes dans leurs sentiments, et jouant à l’égard de l’Église le rôle des antiques et farouches persécuteurs de l’Homme-DiEU.

Mais les ennemis les plus acharnés de Jésus aujourd’hui comme il y a dix-huit siècles, ce ne sont ni les idolâtres, ni les hérétiques : ce sont ceux qui ont tramé le complot et qui excitent encore les bourreaux; ce sont des hommes éclairés, dès leur naissance, des lumières

l’église.

de la vraie foi, que l’orgueil de leur esprit et la perversité de leur cœur ont portés à préférer les ténèbres à ces lumières; ce sont les sophistes, qui travaillent, avec un acharnement infernal, à soulever contre l’Église et ses enseignements les préjugés grossiers des masses et les susceptibilités jalouses des puissants.

Dans le drame de la Passion, il est un autre përsonnage plus odieux que Pilate et Hérode, plus méprisable que les scribes et les pharisiens : Judas, l’Apôtre prévaricateur, qui livre son Maître pour une somme d’argent. Retrouvons-nous aussi ce personnage hideux dans la Passion de l’Église? Nous n’avons pas besoin de répondre; et tous nos lecteurs ont déjà nommé ces hommes indignes, naguère apôtres et défenseurs de la vérité, qu’une passion non moins honteuse que l’avarice aveugle au point de leur faire abdiquer leur gloire et renier leur passé, pour se mettre au service des persécuteurs de l’Église.

La similitude à ce premier point de vue est donc parfaite ; elle ne l’est pas moins au point de vue des moyens que les ennemis de l’Église mettent en œuvre, pour satisfaire leurs honteuses aspirations. On porte toujours contre la vérité les mêmes accusations, et on se sert, pour opprimer la justice, des mômes intrigues. Les pharisiens voulaient lapider Jésus-Christ parce que, n’étant qu’un homme, il se faisait Dieu. N’est-ce pas ce que nous avons entendu reprocher au Pape, lorsque l’Église a revendiqué pour lui ses privilèges divins? Et tandis qu’on dénonce le Saint-Père aux

foules comme un blasphémateur, ne le traduit-on pas au tribunal de César comme un séditieux, qui trouble les États et rabaisse la majesté de l’autorité suprême ? Les Juifs détestaient le joug de César; et cependant, plutôt que de se soumettre au Fils de Dieu, ils proclament qu’ils ne veulent avoir d’autre roi que César. N’est-ce pas ainsi que nous voyons les plus fiers démagogues de nos jours prendre, contre le pouvoir protecteur de l’Église, la défense des droits de l’État ?

Ainsi, toutes les puissances de la terre se coalisent, en ce moment, contre l’Épouse de Jésus-Christ, comme elles se coalisaient, il y a dix -neuf siècles, contre son divin Époux : la puissance du glaive et la puissance des idées; l’hypocrite orgueil des scribes, l’hérésie obstinée des sadducéens, le scepticisme railleur des hérodiens ; tout ce qui exerce sur la société quelque influence se tourne contre elle.

Et au moment où l’Église est en butte aux attaques furieuses de cette universelle coalition, elle se voit en proie, du côté des gouvernements, à une désertion également universelle. Nouveau trait de ressemblance entre l’Église catholique, à l’heure présente, et Jésus- Christ au moment de sa Passion.

On se rappelle l’issue des faibles tentatives qu’essayèrent les Apôtres pour défendre leur divin Maître : l’un d’entre eux tira son glaive; mais il fut bientôt contraint de le remettre dans le fourreau. La plupart de ceux qui avaient fait les plus chaleureuses protestations s’enfuirent glacés de frayeur. Les amis demeurés fidèles ne purent montrer leur dévouement que par leur douloureuse sympathie; et Dieu le Père, qui eût pu envoyer du ciel plus de douze légions d’ Anges, sembla se mettre lui-même du côté des ennc-

l’église.

mis de son Fils, en leur donnant toute liberté pour assouvir leur haine. Eh bien ! n’assistons-nous pas, de nos jours, à un spectacle tout semblable? Et l’Église n’est-elle pas, aujourd’hui, en proie à une désertion dont nous chercherions vainement un exemple dans toute la suite de son histoire?

Depuis la trahison de l’Empire français, depuis les attentats du gouvernement italien, il n’est plus en Europe un seul gouvernement qui ose prendre la défense de l’Église et de son Chef. Ceux qui en auraient la velléité sont enchaînés par la crainte; ils se tiennent donc à l’écart ; et, comme l’Apôtre renégat, ils finissent par sacrifier les droits de l’auguste victime. Il reste cependant des serviteurs fidèles ; mais leurs bras sont paralysés, et leur dévouement ne peut plus se manifester que par la prière. Les valeureux croisés qui, jadis, ont essayé de résister par la force à la plus inique de toutes les violences ont bientôt entendu le Vicaire de Jésus-Christ leur dire, comme Jésus a dit à saint Pierre : Remettez votre glaive dans le fourreau .

La crise présente est donc vraiment pour l’Église ce que fut, pour le Verbe incarné, la nuit de la Passion : c’est l’heure de l’enfer, le triomphe de la puissance des ténèbres : Hœc est hora vestra et polestas tenebrarum. Vers quelque point de l’horizon que se portent nos regards, nous ne voyons poindre aucune espérance humaine. Tous Des intérêts les plus vitaux de l’Église et des âmes sont à la merci de nos ennemis les plus acharnés. Si Rome passait au pouvoir du Grand-Turc, cet événement, redouté par nos pères comme le plus grand des malheurs, serait presque aujourd’hui pour nous un soulagement; et la droiture du successeur de

Mahomet nous offrirait, pour le libre gouvernement de l’Église, des garanties plus solides que le gouvernement révolutionnaire dont l’oppression fait, aujourd’hui, gémir la sainte cité. Sous le nom du roi d’Italie, c’est la Franc-Maçonnerie, c’est-à-dire l’antichristianisme organisé, qui pressure l’Église du Christ.

Dieu qui, dans le cours des siècles, a multiplié les miracles pour sauver cette Église chérie, saura bien de nos jours encore lui susciter un sauveur.

Mais sans cette intervention du Ciel, que n’aurionsnous pas à craindre du côté des hommes? Qui peut empêcher les bourreaux tout-puissants de clouer leur victime à la croix, et de l’enfermer dans le tombeau? Ils ont pour cela assez de haine et de scélératesse; et, du moment qu’ils en ont aussi le pouvoir, qu’est-ce qui va les arrêter?

Oui vraiment, cette heure est pour l’Église l’heure de la Passion et de l’épreuve suprême; et jamais l’Épouse du Sauveur crucifié n’offrit aux yeux de Dieu le Père une aussi parfaite ressemblance avec le divin Modèle.

Donc — et c’est là, nous semble-t-il, une infaillible conclusion — puisque la sainte Église catholique tire toute sa force et toute sa vie de sa participation à la Croix du Sauveur, elle est d’autant plus voisine des joies de la résurrection qu’elle approche davantage du sommet du Calvaire.

Cependant, tout assurés que nous apparaissent son triomphe et la future défaite de ses ennemis, il n’y a qu’un miracle, nous en convenons, qui puisse, à l’heure où nous sommes, nous ramener à notre unique Sauveur. Mais, il est permis de l’espérer, Dieu le fera, ce miracle, pour la gloire de son Fils et de son Église.

l'église.

Les rochers les plus durs se fendront, les morts sortiront de leurs tombeaux, et au deuil du Vendredi-Saint succédera pour l’Église la joie de la Pâque.

Voilà la grande espérance que Pie IX nous mettait au cœur par son discours du 27 novembre 1871, et dont je veux, pour le bien des âmes, rappeler ici les passages les plus saillants.

« La vie de l’Église de Jésus-Christ, mes bien chers enfants, a toujours été ainsi un tourment, une passion continuelle par les persécutions et les attaques des impies : tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, dans un siècle plus, dans un autre moins peut-être ; mais toujours attaquée, toujours tourmentée. C’est comme cela : l’Église de Jésus-Christ est née et a crû au milieu des persécutions; et, bien que toujours combattue, toujours persécutée, elle a cependant fait le tour de la terre, s’y est propagée, s’y est maintenue et s’y maintiendra jusqu’à la fin des siècles ; combattant toujours, acquérant toujours une nouvelle force par de nouveaux assauts, et remportant des victoires d’autant plus nombreuses et plus éclatantes que les luttes qu’elle a à soutenir sont plus multipliées et plus acharnées.

« Il ne peut en être autrement. C’est Jésus-Christ qui a établi son Église sur un fondement qui ne manquera jamais. Il l’a établie sur cette pierre ferme qui ne peut crouler; et, parce que c’est ainsi qu’il l’a décrété, il veut et fait en sorte que les portes de l’enfer ne puissent jamais prévaloir.

« Néanmoins, l’enfer et le monde ont conjuré ensemble et ont cru pouvoir abattre l’Église dès son berceau, en tournant les persécutions contre son divin Fondateur lui-mème. La méchanceté des hommes, excitée par les démons, éleva sur le Golgotha Jésus-Christ, cloué sur une croix : mais c'était précisément sur cette croix que Jésus-Christ établissait son Église, en achevant de compléter l’œuvre du salut du monde. Ce ne fut pas là une défaite : ce fut la première victoire. Ce fut là que le triomphe de la grâce commença son œuvre; et, lorsque Jésus-Christ était encore attaché à la croix, un soldat romain, qui se tenait au pied de cet arbre considéré comme infâme, reconnaissait et confessait sa divinité. La foule môme des curieux accourus à ce grand spectacle ne put résister à l’évidence, et tous descendaient de la montagne percutientes pcctora sua , et confessant à leur tour que le crucifié était vraiment le Fils de Dieu ! (Ici l’auditoire s’émut jusqu’aux larmes.)

« Dès lors les contradictions et les luttes n’ont plus donné aucune trêve à l’Église ; mais chaque lutte a signalé un triomphe. Pendant les trois premiers siècles qui ont suivi la mort du Rédempteur, l’Église eut en face la barbarie des empereurs païens. Opprimée par des persécutions atroces, vexée de toutes manières par des despotes jaloux et féroces, elle triomphait par la constance de ses confesseurs, et par le sang de scs millions de martyrs ; car ce sang qui coula partout, en inondant et arrosant surtout le sol de Rome, au lieu d'exténuer l'Église, lui donna une nouvelle force ; et bien loin de détruire ses disciples, ne fit que les multiplier : c’est ce qui l’a fait appeler semen christianorum ; nouveau germe de chrétiens î Qu’en résulta-t-il en effet ? Il résulta que les tyrans finirent par dispa-

l’église.

raltre; les bourreaux eux-mêmes se lassèrent de tuer des innocents ; mais l’Église, et l’Église toute seule, poursuivit son triomphe pour arriver à la paix.

« A la barbarie des premiers tyrans succédèrent les longues et opiniâtres luttes des hérésies, d’autant plus terribles qu’elles lurent soutenues par la malice des empereurs dégénérés, qui prétendaient les imposer à l’Église. Ici encore l’Église triomphait par ses Docteurs, vrais modèles de science et de sainteté, qui, par leur zèle infatigable et leur constance invincible, répandirent partout la lumière de la saine doctrine et de la vraie civilisation. Les armes de l’hérésie furent émoussées et tombèrent pour toujours; tellement qu’à celle heure elles n’ont aucune valeur pour nuire.

« Aujourd’hui on ne fait plus la guerre seulement à une partie de l’Église, à un article de sa foi, à l’un de scs dogmes : c’est à l’Église universelle qu’on déclare la guerre. C’est contre l’incrédulité, l'athéisme, le matérialisme, que l’Église doit lutter. Aujourd’hui (il faut le répéter), l’Église n’a pas à combattre contre des hérésies qui n’existent plus, ou qui n’ont aucune importance : c’est contre cette indifférence, cette impiété qui voudrait déraciner la foi du cœur chrétien, qui ne cherche qu’à saper les fondements de l’Église de Jésus-Christ ; et cette chère Rome, empourprée du sang de tant de martyrs, on voudrait de nouveau la jeter dans la fange des vieilles corruptions, en la faisant retourne^ aux temps des Néron,, ou plutôt des Julien r Apostat ; et cette chère Rome, enfin, centre sacré de la vérité, on voudrait qu’elle devînt encore une fois le centre de toutes les erreurs.

« Mais ils n’y réussiront pas : Dieu combat pour son Église. Ils n’y réussiront pas, parce que l'Église de

Jésus-Christ, bâtie sur la pierre, ne sera jamais ébranlée, quelle que soit la violence de la tempête. Elle en a pour caution la parole de ce Dieu qui a dit : Portœ in feri non prœvalebunt. Non, ils ne réussiront pas, et l’on verra, au contraire, que l’Église sortira victorieuse de cette lutte comme de toutes les autres.

« Réfléchissons, et recueillons en même temps le fruit de nos réflexions, qui doit être compris dans ces deux mots : Agere et pati. Agir contre tous ceux qui appellent le mal ce qui est le bien et le bien ce qui est le mal : c’est là le monstre qui, de nos jours, voudrait tout ramener au chaos; mais quant à nous, faisons tout ce qui dépend de nous pour repousser, avec l’aide de Dieu, le monstre qui est le compendium de tous les vices. Et si, pour le repousser, il est nécessaire d’agir, il faut pareillement nous disposer avec patience à éprouver les effets de ses vengeances empoisonnées : Agere et pati.

« Les blasphèmes, les insultes, les dérisions ne doivent pas nous ébranler ; nous devons rester fermes et constants à notre place, au pied de la Croix. Marie, après avoir assisté au grand sacrifice, descendit de la montagne et retourna dans sa retraite, marchant d’un pied sûr au milieu des ténèbres épaisses de la nuit, semblables à celles qui couvrirent miraculeusement la terre. Et nous, parmi les ténèbres produites par les erreurs, les faux principes, l’esprit d’immoralité, nous devons poser le pied sur un terrain ferme, pour nous retirer dans le silence de nos cœurs. Il est à croire que Marie, seule, abandonnée, fut à la fin consolée par la vue de son bien-aimé. Nous aussi, nous n’avons pas d’autre défense que cette Croix. ( Le Saint-Père montrait sa croix pastorale. J Ceux qui pourraient nous

l’église.

aider sont ou accablés, ou ennemis, ou indifférents. C’est pourquoi tournons-nous vers Celui qui, par sa mort, a effacé de nos fronts notre condamnation. C’est lui qui consola sa très sainte Mère dans la douleur et l’abandon où elle se trouvait. Et pourquoi ne pourrat-il pas consoler aussi son Vicaire, bien qu’indigne, et tous ces nombreux fidèles qui sont avec lui? Ah ! oui, tous unis ensemble au pied de la Croix, prions-le avec Marie de nous consoler. »

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