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CHAPITRE VIII

La suprême obligation *.

Le présent est triste, et l’avenir prochain est plus triste encore. La Révolution antichrétienne a renversé toutes les digues qui contenaient dans de certaines limites l’impiété et le vice ; rien ne peut plus arrêter l’invasion de ce double torrent et l’empêcher, ce semble, de tout renverser.

Déjà, le sol est couvert de ruines, et les édifices qui restent encore debout sont fortement ébranlés. Toutes les forces sociales sont entre les mains des ennemis delà société, et ils les emploient à réprimer les droits qu’elles devraient protéger, à favoriser les passions mauvaises qu’elles devraient combattre. Toutes les garanties que possédait l’Église se tournent contre elle en moyens d’oppression. Depuis que les pouvoirs sont devenus systématiquement hostiles, elle ne peut rien obtenir d’eux, ni par ses résistances, ni par ses concessions; ses résistances irritent leur haine, et ses concessions ne servent qu’à accroître leur audace. Aussi, chaque jour, se voit-elle enlever ses plus fermes appuis, ravir ses plus précieuses ressources. On l’a déjà dépouillée de ses biens ; on a dispersé les Ordres religieux, qui

1 Messager , t. XXXIX, p. 5.

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formaient l’élite de son armée ; on a entravé le recrutement de son sacerdoce. On lui arrache les générations nouvelles, en substituant un enseignement athée à l’éducation chrétienne.

N’est-ce pas la condamner à mort ?

Oui vraiment, c’est bien la condamnation à mort de l’Église qui, prononcée par la Franc-Maçonnerie il y a un siècle, est en grande voie d’exécution dans les contrées catholiques de l’Europe, où la Franc-Maçonnerie est reine et maîtresse.

Mais que fait donc le divin Époux de l’Église? A-t-il oublié la promesse d’être avec elle et de l’assister jusqu’à la fin des siècles ? Pourquoi prolonge-t-il indéfiniment son sommeil, tandis que les vagues en fureur secouent si violemment la barque de Pierre et menacent de l’engloutir? Qu’attend-il pour prononcer la parole qui fera taire les vents et calmer les flots ?

Il attend deux choses : d’abord que nous le réveillions par "des invocations plus suppliantes, par de plus ferventes prières. Il aime à se faire prier, parce que la prière, et surtout la prière au sein de l’épreuve, est un des témoignages les plus significatifs de notre fidélité, une des sources les plus abondantes de nos mérites. Il s’est réservé de fixer le moment opportun auquel il lui plaît de nous exaucer ; et, jusqu’à ce moment, il veut que notre constance ne se lasse pas et que la ferveur de nos prières aille croissant ; depuis la veille du matin jusqu’à la nuit, il veut qu’Israël espère dans le Seigneur. (Ps. cxxix, 6.)

Cette première condition de salut est le devoir spécial des Associés de l’Apostolat de la Prière; et il leur a été assez fréquemment et assez fortement inculqué, pour qu’il ne soit pas nécessaire d’y insister davantage en ce moment.

Mais il est un autre genre de coopération dont nous ne comprenons peut-être pas assez la nécessité, et que le divin Sauveur a également le droit d’attendre de nous, avant de déployer en notre faveur la toute-puissance de son bras. Il veut bien nous prêter le secours qui nous est indispensable, mais il veut aussi que, de notre côté, nous soyons ses auxiliaires. Comme il a confondu ses intérêts avec les nôtres, il veut que nous unissions nos efforts aux siens. Désireux de partager avec nous la gloire qui accompagnera le triomphe de sa cause, il veut que nous en devenions les dignes défenseurs.

Lorsque l’armée de Madian et d’Amalec, aussi nombreuse que le sable des bords de la mer, envahit la Terre-Sainte, Dieu suscita Gédéon pour délivrer son peuple, et il lui promit son appui ; mais, en lui assurant la victoire, il ne le dispensa pas du combat. Ce qu’il exigea, comme condition du succès, c’est que tous les défenseurs de sa cause méritassent, par leur bravoure, la faveur miraculeuse qu’il leur destinait. Gédéon commença donc par renvoyer dans leurs familles tous ceux que leurs engagements, leurs intérêts ou leur timidité rendaient impropres au combat.

Cette première épuration réduisit des deux tiers sa petite armée ; vingt-deux mille soldats le quittèrent et dix mille seulement restèrent avec lui. C’était trop encore pour ce Dieu qui ne compte pas ses instruments, mais qui les veut dignes de lui. Pour discerner du

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reste de l’armée l’élite à laquelle il voulait donner la victoire, il ordonna à Gédéon de conduire ses soldats à un cours d’eau et d’observer leur conduite. Le plus grand nombre d’entre eux, pour assouvir leur soif, plièrent les genoux et se rassasièrent à loisir. 11 n’y eut que trois cents braves qui, pressés d’aller se mesurer avec l’ennemi, se contentèrent de prendre en passant un peu d’eau dans le creux de leurs mains et d’en humecter leurs lèvres. Ceux-là seuls furent choisis; et Dieu, content de leur générosité, n’exigea même pas qu’ils prissent le glaive pour leur donner une pleine victoire. Il leur commanda de saisir d’une main un flambeau et de l’autre une trompette. Ce double symbole des armes que devaient un jour employer les défenseurs de l’Église, suffît pour mettre en fuite l’armée infidèle. Si nombreuse et si puissante que fût cet le armée, elle ne put résister aux trois cents braves de Gédéon, du moment qu’ils se furent rendus dignes d’avoir Dieu pour auxiliaire.

Le Tout-Puissant a le droit de nous imposer aujourd’hui encore cette condition, avant de nous accorder le secours que nous attendons de lui ; et plus ce secours doit être miraculeux, plus la condition doit être rigoureusement remplie. Il ne veut pas nous donner la victoire sans combat, et, pour nous faire sortir victorieux de la lutte, il veut que les combattants soient dignes de la cause qu’ils défendent, et qu’ils s’attachent à mériter la victoire qu’ils sollicitent : Dat dignis victoriam. (2 Macch. xv, 21.)

Si donc nous n’avons pas encore rempli cette condition, nous n’avons pas le droit de nous étonner que le miracle n’ait pas encore été accompli.

Nous disons bien, le miracle ; car il n’y a pas à en

douter : pour remédier aux maux de la société, pour arrêter le mouvement d’apostasie qui entraîne les masses, non pas seulement à l’hérésie, non pas seulement au paganisme, mais à un abîme plus profond encore, à la complète incrédulité ; pour préserver la civilisation chrétienne de la destruction dont la menace cette barbarie nouvelle, cent fois pire que celle par laquelle fut détruit jadis le monde romain ; pour rétablir les bases de l’ordre moral et social renversées dans la plupart des âmes; pour spiritualiser et relever vers le ciel les esprits et les cœurs que toutes les influences tendent à matérialiser et à coller à la terre, nous avons besoin d’une nouvelle effusion de l’esprit d’en haut, analogue à celle du Cénacle.

Voilà donc ce que nous devons demander et dont nous devons nous efforcer de nous rendre dignes.

Avons-nous rempli ce devoir? L’armée de Gédéon n’est-elle composée que de braves ? Tous ceux qui défendent la bonne cause l’honorent-ils par leur conduite? Si elle a si peu de chances de succès, ne faut-il pas attribuer cette infériorité à la faiblesse de ses défenseurs, plutôt qu’à leur petit nombre? Si tous les soi-disant hommes de bien voulaient le bien avec autant d’énergie qu’en mettent leurs adversaires à faire le mal, les chances ne se tourneraient-elles pas immédiatement en leur faveur? Comment en sommes-nous arrivés au point où nous sommes, si ce n’est parce que la propagande de l’erreur s’est faite et se fait encore beaucoup plus activement que la propagande de la vérité? Ne parlons pas de ces faux conservateurs, uniquement jaloux de la conservation de leurs intérêts matériels, et qui, en principe, sont aussi révolutionnaires que ceux dont la logique les effraie. Mais, parmi

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les chrétiens eux-mêmes, quelle inertie et quelle désolante indifférence î N’est-ce pas là-dessus que comptent nos oppresseurs, et n’est-ce pas sur notre lâcheté que s’appuient surtout leur audace?

Combien, hélas ! se contentent de gémir et ne font rien ! Non seulement ils ne descendent pas dans la rue pour repousser la force par la force, mais ils n’usent même pas de l’influence morale dont ils disposent; ils ne font aucun sacrifice pour aider la propagande de la vérité ; ils n’usent pas de leurs droits civiques pour appuyer ses défenseurs; ils attendent timidement, renfermés dans leurs demeures, que la Révolution en ouvre violemment les portes et vienne les en chasser !

De bonne foi : ceux qui fuient ainsi la lutte méritent-ils que Dieu fasse un miracle pour leur donner la victoire? Renoncer à combattre un ennemi qu’on voit acquérir de nouvelles forces et se porter à de nouveaux excès à mesure qu’on lui cède davantage, n’est-ce pas se résigner à subir toutes ses violences, et sacrifier équivalemment les droits et les intérêts qu’il serait encore possible de sauvegarder? Il n’y a pas, en effet, aujourd’hui de distinction entre ces deux ordres de choses qui, en d’autres circonstances, peuvent être en désaccord : les droits de Dieu et les droits de l’homme, les principes et les intérêts, également menacés par la Révolution, ne peuvent être sauvegardés qu’autant que nous lutterons de toutes nos forces contre sa tyrannie. Ce n’est donc pas seulement le dévouement à la vérité et à la justice, c’est l’intérêt bien* compris qui nous impose ce devoir; et ceux qui essaient de s’y soustraire n’ont pas même le triste mérite de se laisser conduire par l’égoïsme; car un égoïsme éclairé les pousserait dans la voie du dévouement et de l’honneur.

Ce premier obstacle n’est pas le seul que les chrétiens opposent à la bonté divine, désireuse de les sauver : un grand nombre d’entre eux se rendent aussi indignes du salut par les coupables concessions qu’ils font à l’esprit du mal que par la lâcheté qui les empêche de défendre la bonne cause.

S’il fut jamais une époque où la neutralité entre Dieu et Satan dût être reconnue impossible, c’est assurément la nôtre. D’un côté , Jésus-Christ nous crie plus fort que jamais : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ; » de l’autre, le monde qui, dans d’autres temps, favorisa l’indifférence, ne s’en contente plus. Il ne lui suffit pas qu’on renonce à combattre contre le mal; il veut qu’on prenne parti pour lui et qu’on s’enrôle ouvertement sous son drapeau. Donc, pour le chrétien, il n’y a pas de milieu : ou l’apostasie, ou la franche profession de sa foi. Il faut être chrétien de toutes pièces, si on ne veut pas renoncer entièrement au service de Jésus-Christ.

Eh bien ! en dépit de cette nécessité évidente, combien il est encore de chrétiens qui allient, avec la conservation de leur foi et avec une certaine pratique de leurs devoirs, des actes et des habitudes ouvertement contraires à la loi de Dieu, et manifestement condamnées par l’autorité qui le représente sur la terre.

Indiquons seulement trois points principaux : le duel, la lecture des publications impies et les divertissements immoraux.

Personne n’ignore les condamnations sévères portées

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par les souverains Pontifes contre le duel. Non contents de sanctionner la doctrine unanimement enseignée par les moralistes chrétiens, d’après laquelle le duel réunit la criminalité du suicide à celle de l’homicide, les Papes, fidèles gardiens de la loi divine, n’ont pas hésité, pour déraciner cette coutume barbare, à employer toute la rigueur des censures apostoliques.

Le Vicaire de Jésus-Christ, à qui tout pouvoir a été donné pour lier comme pour délier, ne peut pas charger les âmes coupables de liens plus terribles que ceux de l’excommunication. C’est de cette épouvantable censure qu’ont été frappés soit par les Pontifes précédents, soit de nouveau par Pie IX, dans la bulle Apostolica sedis (art. 3), tous ceux qui prennent une part active au duel, soit en combattant, soit en servant de témoins, soit en l’encourageant par leurs paroles ou, sur le lieu même, simplement en se rendant comme spectateurs du combat ; ceux enfin qui l’autorisent et s’abstiennent d’user du pouvoir qu’ils auraient de l’empêcher.

En présence de ces actes solennels de l’autorité ecclésiastique, comment peut-il se faire que des chrétiens de profession, des défenseurs déclarés de la bonne cause, offrent et acceptent des duels? N’est-ce pas de toutes les contradictions la plus choquante, que de se faire en paroles le défenseur de l’Église, et de se mettre par ses actes en opposition ouverte avec l’autorité de l’Église? Si on admet sa mission divine, comme tout catholique doit l’admettre, comment peut-on tenir pour nul et non avenu l’exercice de cette mission? Agir delà sorte, n’est-ce pas donner raison aux adversaires qu’on combat, et retarder le triomphe de la cause qu’on prétend défendre?

Ceux-là ne sont guère moins inconséquents qui subventionnent l’armée ennemie, en souscrivant aux publications à l’aide desquelles elle bat en brèche tout ce qui mérite notre respect et notre amour.

Peut-on douter que la presse, et surtout la presse périodique, soit la plus meurtrière de toutes les armes dont l’impiété se sert pour combattre notre foi? N’estil pas également incontestable que ces publications n’ont de pouvoir, pour corrompre les âmes de leurs lecteurs, qu’en raison des ressources qui leur sont fournies parles lecteurs eux-mêmes? Un mauvais journal, une revue impie sont des entreprises d’empoisonnement moral, auxquelles contribuent conjointement et solidairement le rédacteur et l’abonné. L’abonné fournit l’argent et le rédacteur distille le poison. L’un et l’autre contribuent au résultat et en portent la pleine responsabilité; absolument comme celui qui aurait fourni l’argent pour acheter de l’arsenic, sachant à quel usage ce poison allait être employé, serait responsable de tous les meurtres dont il aurait été l’instrument. Il y a seulement entre les deux crimes, entre le meurtre des âmes par la presse impie et le meurtre des corps par l’arsenic, toute la différence entre la dignité infinie d’une âme immortelle et la valeur d’un corps destiné à être bientôt réduit en poussière.

Mais, hélas! combien de chrétiens prêtent aux publications les plus dangereuses cette coopération dont ils ne mesurent pas la portée ! On se croit en règle avec sa conscience, parce qu’on s’abstient de lire habituellement les publications, qui sont le plus ouvertement impies et le plus grossièrement immorales ; et on ne songe pas que le poison le mieux assaisonné est aussi le plus dangereux, et que l’immoralité la plus meur-

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trière n’est pas celle qui souille l’imagination, mais celle qui corrompt l’esprit.

On se croit suffisamment prémuni contre la séduction de l’erreur par la sincérité de sa foi ; et on oublie que les tempéraments les plus robustes ne s’exposent pas impunément à certains miasmes contagieux, et que de toutes les contagions la plus irrésistible est celle de la parole humaine. Tout bon Français se croirait déshonoré si, en temps de guerre, on pouvait le convaincre d’être d’intelligence avec les ennemis de la France ; et, dans un moment où la foi chrétienne est si violemment combattue, grand nombre de bons chrétiens n’ont pas honte de laisser pénétrer dans leurs demeures, et d’étaler sur les tables de leurs salons, des publications ouvertement hostiles à cette foi et destinées à lui ravir l’empire des intelligences!

Avons-nous le droit de nous étonner que l’ennemi ne soit pas encore vaincu, alors que nous lui prêtons ainsi notre concours pour nous vaincre?

Et ce n’est pas là, malheureusement, le seul genre de coopération que l’esprit du mal obtient de ceux mêmes qui font profession de le combattre. Par la presse impie et immorale, il agit principalement sur les intelliligences et les imaginations. Cela ne lui suffit pas : il a, pour séduire les cœurs chrétiens et les retenir sous son joug, un instrument également puissant : les divertissements du monde.

Ce n’est pas ici le lieu de démontrer l’opposition qui existe entre certaines danses modernes et les préceptes les plus élémentaires de la modestie chrétienne. Qu’il nous suffise d’affirmer, comme un fait incontestable, qu’il y a une différence énorme entre ces danses et celles que tolère saint François de Sales, tout en disant

d’elles, comme des champignons, que les meilleures ne valent rien. Nous en sommes réduits à conseiller comme de bonnes œuvres ces danses d’autrefois, dont le doux évêque de Genève détournait si énergiquement sa Philotée; et ce serait, en effet, une œuvre très méritoire que de les substituer dans les salons chrétiens aux modes indécentes qui nous sont venues d’outre- Rhin.

Celles-ci ne peuvent être comparées qu’à des champignons vénéneux, qui détruisent la santé des âmes, alors même qu’elles ne leur donnent pas la mort. Saint François de Sales n’a jamais prévu assurément que des chrétiennes pourraient jamais oublier à ce point leur dignité, et subir ainsi les tyranniques exigences d’un monde redevenu entièrement païen. S’il eût été mis en demeure de donner son avis, non plus sur les divertissements si réservés d’autrefois, mais sur les parures et les danses qu’on se permet aujourd’hui, il eût été indubitablement aussi sévère que saint Alphonse de Liguori, le François de Sales du dixhuitième siècle, qui n’hésite pas à qualifier ces licences de péché mortel, tant à cause du mal qu’elles font par elles-mêmes, qu’à cause des péchés dont elles sont l’occasion.

Les prétextes ne manquent pas, nous le savons, pour se soumettre à la tyrannie de la mode. L’arme du ridicule, à l’aide de laquelle cette tyrannie fait exécuter ses arrêts, effraie bien des âmes qui résisteraient aux glaives et aux bûchers ; et, pour lui échapper, on use, vis-à-vis de soi-même et vis-à-vis des interprètes de la loi divine, de toute sorte de subterfuges.

Mais toutes ces illusions s’évanouiraient bientôt, si l’on se posait une simple question. Supposez que

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Jésus-Christ se rendît visiblement présent, dans un des salons chrétiens où Ton se permet ces parures et ces danses, oserait-on les continuer sous son regard? Se persuaderait-on qu’il pût reconnaître pour ses serviteurs ceux qui, après avoir fait de leur corps son tabernacle vivant dans la sainte communion, le livrent ensuite sans retenue aux caprices de ce monde qu’il a maudit? Non, évidemment, ceux qui partagent ainsi leur vie entre les pratiques de la piété et les divertisments les plus sensuels , n’appartiennent pas entièrement à Jésus-Christ. Ils essaient vainement d’allier le service du divin Maître avec l’esclavage de ce monde, qui a toujours été son ennemi et qui l’est devenu aujourd’hui plus que jamais. Or une pareille alliance, coupable dans tous les temps, revêtirait aujourd’hui le caractère d’une odieuse trahison.

On ne conçoit pas, en vérité, comment des chrétiens qui conservent encore quelque attachement à leur foi, des catholiques qui se font gloire de reconnaître l’Église pour leur mère, auraient encore le courage de se divertir avec le monde, alors que le monde fait à l’Église une guerre si acharnée. Quoi ! c’est au moment où cette mère de leurs âmes est dans le deuil, et que, dépouillée de ses biens, chargée de chaînes et blessée au cœur, elle se débat contre les meurtriers qui ont juré sa mort, c’est ce moment que ses enfants choisiraient pour se livrer à la joie la plus intempérante et se parer des livrées de l’ennemi ? Le moment n’est-il pas venu, au contraire, de rétablir entre les deux sociétés la séparation qui n’aurait jamais dû s’effacer?

Puisque le monde redevient complètement païen, que les serviteurs de Jésus-Christ redeviennent complètement chrétiens; plus d’alliance entre la lumière • 12

et les ténèbres ; plus de partage entre Jésus-Christ et Bélial. Dépouillons-nous de toutes les œuvres de ténèbres. Rappelons-nous les promesses de notre baptême et commençons enfin à les remplir dans leur intégrité.

Ce n’est pas seulement aux œuvres de Satan, c’est-àdire aux actes ouvertement criminels, que nous avons renoncé, mais encore à ses pompes, c’est-à-dire à tout cet éclat qui éblouit les yeux et fascine le cœur. Or, si ce mot a un sens, il est évident qu’il désigne les divertissements et les parures dont nous venons de parler. Se résoudrait-on à donner un démenti aux graves autorités qui voient là des œuvres de Satan, des licences gravement criminelles ; on ne saurait disconvenir qu’elles portent au moins tous les caractères des pompes de Satan. N’est-ce pas assez pour soulever contre elles, dans tous les cœurs chrétiens, une insurmontable répulsion et pour les faire bannir de toutes les demeures dont Jésus-Christ est le Roi !

Combien l’heure de notre salut serait rapprochée, si nous retirions ce fruit de l’épreuve cruelle à laquelle nous sommes soumis ! C’est le divin Maître lui-même qui nous le dit : quand il soumet son Église à de semblables tribulations, le premier but qu’il se propose, c’est de la purifier. Son Précurseur nous le représente tenant en sa main un van pour purifier son aire. 11 veut séparer le bon grain de la paille stérile ; et c’est pour cela qu’il déchaîne le souffle de la tempête; il emploie à ce travail la haine même de Satan, et lui

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permet de passer au crible ses serviteurs. Quand la purification est complète, quand le bon grain est entièrement séparé de la paille, l’épreuve cesse ; Satan est privé du pouvoir qui lui avait été donné sur les serviteurs de Dieu ; le calme succède à la tempête.

Dans cette lutte nécessaire contre Satan, contre le monde, contre nous-mêmes, rappelons les sages conseils que nous donnait, en ces derniers temps, notre Père commun : « Le monde n’est pas lait pour la paix, mais pour la guerre. Militia est vita hominis super terram.

« L’avenir sera donc, lui aussi, accompagné de tribulations bien que moins grandes, peut-être, que celle d’aujourd’hui, et voilà pourquoi nous devons nous tenir toujours prêts à la lutte. Du reste, rappelonsnous que Dieu excitait les peuples voisins à punir les Hébreux selon le nombre des péchés de ceux-ci. Ce peuple dur et déloyal, tel qu’on le voit encore dans ses descendants, faisait continuellement des promesses à Dieu et ne les maintenait jamais. De là les châtiments du Seigneur si fréquents. Soyons donc fidèles à Dieu, et Dieu nous délivrera. » (Aux élèves du collège de la Propagande, 31 mars 1875.)

« Quant à nous, demeurons toujours fermes, comme de vaillants soldats sur le champ de bataille, car telle est notre condition sur cette terre : Militia est vita hominis super terram . Nous sommes des soldats de Jésus-Christ, et nous devons combattre. Mais le plus grand combat doit être celui de défendre la foi. La foi, voilà ce que nous avons de plus nécessaire; et c’est précisément ce que nos ennemis voudraient nous ravir par la violence. Ce que je vous recommande surtout, ce sont les enfants; faites tous vos efforts pour les

éloigner de ces écoles barbares où leurs tendres cœurs seraient empoisonnés. Résistez, combattez, et qu’il ne soit jamais dit qu’un Romain devienne l’ennemi de Jésus-Christ, de son Evangile et de sa sainte religion. » (A la Société de Saint-Vincent de Paul, à Rome, 18 décembre 1873.)

« Oui, nous avons, nous aussi, le droit de le dire : quiconque habite sur cette terre et combat pour la gloire de Dieu ; quiconque fait du secours de Dieu le fondement de ses espérances : Qui habitat in adjutorio Altissimi( Ps. xc), celui-là a droit à sa protection; il a le droit de fouler aux pieds l’aspic et le basilic : In protectione Dei cœli commorabitur... super aspidem et basiliscum ambulabis (Ibid., passim ), c’est-à-dire il a le droit de fouler aux pieds les révolutionnaires, soit qu’ils viennent en cachette pour empoisonner par leur fourberie, soit qu’ils viennent tète levée et tout prêts à dévorer ce qu’il y a de plus sacré sur la terre et dans l’Église de Jésus-Christ. Oui, nous pouvons, nous aussi, écraser tous ces reptiles, car, c’est également à nous que le Seigneur adressait la parole, lorsqu’il disait, par la bouche de son prophète : Super aspidem et basiliscum ambulabis.

« Mais certains hommes, ennuyés de toujours combattre, demandent : « Et quand donc viendra cette paix?»

« Je ne le sais pas, mais nous devons la désirer. Daniel lui-même, que Dieu appela mr desideriorum (Dan., x, 11, 17), s’il ne put pas voir la paix, put certainement la désirer et obtenir que fût devancé le moment où elle devait être rendue. Désirons donc, nous aussi, insistons, prions comme le prophète, et j’espère qu’il nous sera également accordé de voir abrégés les jours de notre attente.

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« Pour le moment, édifions le monde par l’exemple de notre résignation et de notre patience, car cette paix viendra certainement.

« Mais, lorsque je parle de la paix, je n’entends pas parler d’une paix séparée de la croix, parce qu’il faut que tout le monde porte sa croix, d’une autre manière, toutefois, que ceux qui ont enlevé la croix du Colysée et qui l’ont profanée. Pour nous, enfants du Seigneur, et qui lui demeurons toujours fidèles, nous devons être prêts à accepter les afflictions qu’il nous faut souffrir, et qui sont inséparables de la vie de chaque fidèle disciple de la croix de Jésus-Christ. » (A la députation chargée de représenter les jeunes filles catholiques pauvres du Royaume-Uni, 9 avril 1874.)

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