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CHAPITRE IV

L’esprit militant.

Ce n’est pas sans combat que le règne du Cœur de Jésus-Christ s’établira sur la terre. S’atteüdre à un triomphe pacifique, serait se bercer d’une illusion, dont le désenchantement créerait peut-être le découragement.

Sans doute l’épreuve est pénible; mais autant elle est propre à nous attrister quand nous la considérons en elle- même, autant nous éprouvons de consolation lorsque, l’envisageant au point de vue de Dieu, nous la voyons destinée à procurer de nouvelles gloires à l’Église, et à nous -mêmes les avantages les plus précieux.

Qu’il en soit ainsi réellement, c’est ce que notre foi nous révélerait avec certitude, alors même que notre raison ne le comprendrait pas.

Comment douter que Jésus-Christ aime, aujourd’hui, son Église autant qu’il l’aimait lorsqu’il soumettait les sociétés temporelles à son empire spirituel? Aujourd’hui comme alors, il n’arrive rien dans le monde que Dieu n’ait ordonné ou permis, et il ne peut rien ordonner ni rien permettre qu’en vue de la glorification de cette sainte Église et de la sanctification de ses enfants. Du moment que, pour atteindre cette double fin, Dieu a envoyé sur la terre son Fils unique, il est impossible

qu’il n’y subordonne pas toutes ses autres œuvres et qu’il ne contraigne pas toutes les créatures, par leurs résistances mêmes, à sa réalisation. Il suffit donc d’appliquer aux événements actuels cette donnée évidente de notre foi et de notre raison, pour voir l’ordre naître du désordre et nos défaites se changer en gages de victoire.

Or, rien n’est plus facile. Pour nous expliquer les luttes auxquelles Jésus-Christ livre son Église, et le fruit qu’il veut nous en faire retirer, il n’y a gu’à nous rappeler le nom qui distingue l’Église de la terre de l’Église du ciel : tandis que celle-ci s’appelle l’Église triomphante, la première a pour nom propre l’Église militante. Toute l’histoire de l’Église est la réalisation de ce nom ; et jamais il ne fut mieux mérité qu’aujourd’hui. Il importe donc de le bien comprendre.

L’Église est militante ; qu’est-ce à dire ? C’est-à-dire : 1° Que la lutte est sa destinée, comme elle a été la destinée de son divin Fondateur. Dieu qui, par rapport aux bons anges, a glorifié sa bonté en prévenant le mal; qui, chez les démons, a glorifié sa justice en châtiant le mal, a voulu acquérir dans l’humanité un autre genre de gloire : donner libre carrière au mal, lutter corps à corps en quelque sorte avec lui, le réparer en devenant sa victime, et le vaincre en se laissant vaincre par lui. Voilà tout le dessein de l’Incarnation, et voilà aussi toute la destinée de l’Église.

Les deux existences du Verbe incarné sont, à ce

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point de vue, parfaitement semblables. Dans son corps mystique, comme dans sa propre personne, il se dépouille des avantages que lui donne sa toute-puissance; car quelle gloire y aurait-il à vaincre ses ennemis, s’il prenait en main cette arme dont le premier coup les écraserait?

Il ne se revêt donc que de faiblesse; et il permet, au contraire, à ses ennemis de se prévaloir de toutes les forces humaines. Voyez Jésus au Prétoire et le Papeau Vatican ; jetez les yeux d’un autre côté sur les ennemis de ce divin Sauveur et de son Église : c’est toujours le même contraste; la divine faiblesse aux prises avec toutes les puissances de l’orgueil humain. La lutte se poursuit dans les mêmes conditions, et l’Église militante, toujours fidèle à son divin Époux, continue de partager sa destinée.

2° Elle continue, par conséquent, à partager sa gloire; car son titre de militante, ne lui impose pas seulement un devoir, il lui confère un honneur insigne, puisqu’il entoure son front de l’auréole qui récompense les travaux et les luttes du Verbe incarné. Nous l’avons dit : c’est dans la lutte de ce divin Sauveur contre le mal que Dieu trouve le genre de gloire qu’il a dessein de recueillir sur la terre ; et cette gloire n’a certainement pas moins de prix, à ses yeux, que celle qu’il récolte dans les deux autres parties de son domaine, au ciel et dans l’enfer. Si même il est permis d’établir des degrés différents dans la manifestation des attributs divins, nous pouvons donner la supériorité à celle qui résulte de la lutte contre le mal. Évidemment, Dieu doit estimer cette gloire d’autant plus qu’il a fait plus d’efforts et de sacrifices pour la conquérir.

Or, nous savons ce qu’il a fait et sacrifié. Il a donné

son Fils unique ; et il ne s’est pas contenté de le donner, il l’a livré à la mort, afin que, par cette mort corporelle reçue du péché, il pût détruire le péché luimême, qui est la mort de nos âmes. Gomment douter que la gloire de ce triomphe ne soit du plus grand prix aux yeux de. Dieu! L’aurait-il acheté si cher, s’il l’eût moins estimée? Aussi Jésus-Christ se croit-il très honoré de pouvoir procurer à son Père cette gloire. Il préfère à tous les autres titres celui de Sauveur, acquis au prix de son sang. Il se plaît à conserver, dans son corps glorieux, les cicatrices des blessures qu’il a reçues dans le combat. Elles seront sa plus belle parure durant l’éternité. C’est « parce que l’Agneau a été immolé qu’il a mérité de recevoir la gloire, l’honneur et la bénédiction durant les siècles des siècles. »

Par là, nous pouvons comprendre tout ce qu’il y a de magnifique dans le nom de militante, que porte l’Église de la terre. Ce nom signifie que Jésus-Christ a voulu faire part à son Épouse de son plus cher trésor. C’est parce qu’il ne trouvait pas au ciel la possibilité de combatlre, qu’il est descendu sur le champ de bataille de notre humanité; et il y appelle après lui son Église , afin qu’en cueillant ici-bas les mêmes lauriers, elle puisse jouir au ciel des mêmes honneurs. Comme la gloire de Jésus-Christ, celle de l’Église doit être proportionnée à la profondeur de ses ignominies et à la durée de ses luttes. Elle aussi portera, pendant l’éternité, les cicatrices de ses blessures; et, comme les persécuteurs d’autrefois, les Hérodes et les pharisiens de nos jours, en croyant lui forger des chaînes, tressent des couronnes dont sera éternellement paré le front de l’Épouse de Jésus-Christ.

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3° La lutte est donc un vrai profit pour l’Église militante : avec les gloires de l’éternité dont elle est le gage, combien d’avantages elle procure, dès l’heure présente à l’Épouse de Jésus- Christ ! De combien de dangers elle la délivre ! Comme la croix est le sceau de la sainteté et le grand instrument du progrès des âmes, le bien-être est une source féconde de tentations et une occasion presque inévitable de décadence. Le repos amollit; les honneurs enflent; les richesses captivent ; le pouvoir éblouit. L’eau qui cesse d’être pressée perd sa force d’ascension, et se répand inutilement sur le sol ; au contraire, cette force s’accroît à mesure que la pression augmente. Les cœurs se retrempent en présence du danger ; les dévouements cachés se montrent au grand jour et se liguent ensemble ; la foi assoupie retrouve toute sa vivacité ; beaucoup de chrétiens lâches ou tièdes, qui étaient sur le point de céder aux séductions de l’ennemi, révoltés par la violence de ses attaques, courent défendre le drapeau qu’ils allaient trahir. Délivrée, par le 1er de la persécution, des excroissances parasites qui en épuisaient la sève, la vigne céleste a, recouvré toute sa vigueur et sa fécondité. Un seul chrétien qui se laisse courageusement enchaîner ou tuer pour la cause de Jésus-Christ fait plus, pour la régénération et l’accroissement de l’Église, que ne ferait pour elle le plus grand prince en la comblant de présents.

Si tout cela est vrai, et comment en douter? nous n’avons évidemment pas lieu de nous plaindre de

ce que Dieu ne se hâte pas trop de mettre un terme aux luttes de FÉglise. Faut-il en conclure que nous devons nous abstenir de demander la fin de ces cruelles épreuves? Non, nous pouvons et nous devons continuer à solliciter cette grâce. Mais dans Fintérèt de qui faut-il surtout la demander ? Dans Fintérèt des ennemis de FÉglise, et aussi de ses enfants infidèles : car, si la persécution est un bien pour FÉglise, elle est un grand malheur pour ses persécuteurs. « Il est inévitable qu’il y ait des scandales, a dit le Sauveur; malheur à l’homme par qui le scandale est donné ! » Malheur également à ceux qui, faute de fixer les yeux sur Jésus-Christ et de s’appuyer sur son bras, se laissent aveugler et renverser par le scandale! Si l’épreuve ranime ceux qui sont fidèles, elle fait tomber les autres.

Parmi les chrétiens qu’elle réveille, il* en est qui saisissent leurs armes et courent au combat; d’autres s’enfuient et se laissent vaincre. Aussi, n’est-il point de persécution qui n’ait à la fois ses martyrs et ses apostats. En ce moment même, à côté des vrais catholiques, dont les épreuves de FÉglise et les douleurs de son Chef raniment lç dévouement, combien ne voyons-nous pas de lâches et de traîtres qui, reniant Fhonneur de leur baptême, applaudissent à la force brutale et se liguent avec les bourreaux de leur mère!

C’est surtout dans l’intérêt de ces infortunés que FÉglise demande la fin de ces épreuves. C’est aussi afin de recouvrer toute sa liberté d’action; afin de pouvoir continuer son œuvre d’évangélisation, que la persécution entrave; afin de sauver l’âme des pauvres enfants que les persécuteurs livrent à des maîtres impies, bourreaux plus méchants que ceux d’Hérode,

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qui donnent à leurs victimes une mort cent fois plus cruelle que celle des saints Innocents.

Voilà des motifs bien suffisants pour unir nos prières à celles de l’Église et pour demander, avec elle, à Dieu qu’il convertisse ou qu’il confonde ses persécuteurs, qu’il éloigne les luttes et qu’il dispose nos jours dans la paix. Ce ne serait aimer ni l’Église, ni les âmes, ni Jésus, que de ne pas demander le triomphe complet de l’Église, la sanctification de toutes les âmes, le parfait avènement du règne de Jésus-Christ, sur la terre comme au ciel. Mais, tout en faisant cette prière, tout en espérant qu’elle sera exaucée, nous ne devons pas fixer à Dieu les temps ni les moments.

Le divin Chef de l’Église, dont l’existence mortelle a été un long martyre, n’a complètement échappé à la fureur de ses ennemis que quarante jours avant de monter au ciel. Lui seul peut dire dans quelle mesure et à quelle époque il lui plaira de faire partager ce parfait repos à son Épouse. C’est là un mystère de la Providence, dont les Apôtres eux- mêmes n’ont pu obtenir l’éclaircissement, et qui exercera la foi des chrétiens jusqu’à l’heure fixée par Dieu le Père.

Mais il n’en est pas ainsi de la question générale des destinées de l’Église militante. C’est là un problème tout résolu pour notre foi, et dont il ne nous reste plus qu’à faire passer la solution dans notre conduite ; car il s’applique à chaque chrétien, aussi bien qu’à l’Église entière. Dans ce sens, nous pouvons dire que l’Église c’est nous, puisque nous sommes réellement ses membres. Il appartient donc à chacun de nous de réaliser dans sa mesure la pensée de Dieu sur son Église, et d’atteindre le but qu’il se propose en la livrant aux cruelles épreuves de l’heure présente.

Cette pensée, nous l’avons compris, se résume en un seul mot : l’Église est militante; et, par conséquent, la lutte est tout à la fois sa destinée, sa gloire et son intérêt ici-bas.

Il suit de là évidemment que la destinée, la gloire et le suprême intérêt de l’enfant de l’Église, du vrai catholique, est d’être militant comme sa mère.

Les épreuves amères que nous subissons auront porté pour nous un fruit infiniment doux, si elles nous pénètrent de cette conviction et nous inspirent la résolution de la mettre en pratique.

Ce serait en vérité bien mal comprendre les desseins de Dieu et notre propre intérêt, que de nous borner à gémir sur ce qu’il y a de criminel dans les persécutions que les ennemis de l’Église lui font endurer. Que dirait-on du soldat qui, dans la mêlée, s’occuperait uniquement de censurer les manœuvres de l’eiinemi ? Les crimes de nos persécuteurs sont leur affaire ; et le jugement de ces crimes est l’affaire de Dieu. Notre affaire à nous est de combattre, et de faire sortir la gloire de l’Église des attaques qu’on lui livre ; notre affaire, c’est d’exécuter, chacun à notre poste, le plan de notre divin Chef. Ce n’est pas par la méchanceté, c’est encore moins par la force de nos ennemis que ce plan peut échouer, en ce qui nous concerne ; c’est uniquement par notre infidélité ou notre lâcheté. Soyons militants, et nous serons certainement triomphants. Pourvu que nous ne déposions pas les armes, la violence des attaques, loin de nous renverser, ne peut que nous assurer, comme à Jésus-Christ et à l’Église, un accroissement de gloire et de bonheur.

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Pie IX nous rappelait cette vérité dans un magnifique langage, lorsque le 26 février 1872 il s’écriait : « Pour obtenir la gloire du ciel, il est hors de doute que nous devons l’acquérir en ce monde; et nous ne pourrons ceindre notre front de la couronne de la bienheureuse éternité, si nous n’avons vaillamment combattu sur cette terre : Non coronabitur, nisi qui légitimé certaverit.

« Mais, grâce à Dieu, nous pouvons dire qu’aujourd’hui les moyens de combattre sont tellement multipliés, qu’il semble que Dieu veuille nous rendre plus facile la voie qui conduit au Paradis. Il n’y a pas de jour, il n’y a pas d’heure, et je dirais presque il n’y a pas un instant, où il ne faille combattre pour soutenir les droits de la vérité et de la justice ! il n’y a pas un moment où les principaux ennemis de la famille humaine ne se montrent avec toute leur férocité, pour soutenir leurs faux droits et nous fouler aux pieds par la violence, la fraude et les supercheries. Ces principaux ennemis, vous les connaissez déjà : ce sont le démon, le monde et la chair. La chair, qui infecte le monde par ses vices et ses concupiscences, et se répand comme un poison tellement violent, que nous devons craindre que Dieu ne dise encore une fois : Spiritus meus non permanebit in homine, ou au moins, dirai-je, moi : In multis hominibus, quia caro sunt .

« A la chair s’unit lé* monde, qui n’est pas satisfait de ce que nous voyons de nos propres yeux, de ce que font ceux qui ont le pouvoir d’agir, et dit à ceux qui

ont ce pouvoir qu’il faut aller encore plus loin ; que tout ce que l’on a fait jusqu’ici ne suffit pas; qu’il faut avancer sur la voie de l’impiété, attaquer les choses les plus saintes : la foi, les principes héréditaires de la piété et de la religion ; et qu’il faut se servir de tous les moyens, soit en tournant les choses saintes en ridicule, soit en s’emparant de l’instruction de la jeunesse pour la corrompre. En un mot, le monde pousse à aller toujours en avant, comme si l’on n’avait pas déjà trop fait.

« Quant au démon, il semble qu’il excite plus que jamais la chair et le monde.

« Il me semble voir renouvelé de nos jours ce qui arriva, il y a bien des siècles, du vivant du solitaire de Hus, Job le patient. Un des points les plus difficiles de l’Écriture sainte, et qui oblige notre esprit à se prosterner humblement jusqu’à terre, c’est ce dialogue entre Dieu et le démon.

« Le démon parcourait le monde et se promenait alors sur toute la terre; et lorsque Dieu lui demanda ce qu’il faisait et d’où il venait, il répondit ; Circuivi terrant et perambulavi eam, et Dieu (quel dialogue incompréhensible!) et Dieu ajouta : « As-tu vu Job, cet « homme juste, et combien il est attaché à son devoir ; « quel respect il a pour Dieu, et avec quelle sollici- « tude il élève saintement sa famille? »

« Le démon effronté répondit insolemment : « Mais, « est- ce par hasard que Job t’aimerait gratuitement? « Ne l’as- tu pas comblé de biens, de terres, de bes- « tiaux; ne lui as- tu pas donné une famille nom- « breuse? Enlève-lui tout cela,*et tu verras si Job ne « cessera pas de t’aimer. » Dieu donna alors toute liberté à cet ennemi des hommes, qui est aussi le sien,

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de fondre sur cette âme bénie, et d’enlever à Job tout ce qu’il possédait. Un violent tourbillon renversa alors la maison de Job, et écrasa sous les ruines de l’édifice tous les enfants de cet homme juste ; les voleurs enlevèrent tout le bétail, et tout fut perdu : de sorte que, de riche qu’il était, Job devint pauvre et misérable. Le dialogue recommença ; mais comme Job, même au sein de la misère, restait toujours fidèle à Dieu, le démon se présenta de nouvêau, et Dieu lui dit : « Tu « as tout ce que tu as voulu, et cependant Job est « encore juste ; Job me sert encore. » — « Peau pour peau, » ajouta le démon ; et vous n’ignorez pas ce que Dieu lui peïmit encore. Vous savez commçnt Job, étendu par terre, couché sur un fumier et tout couvert de plaies, ne cessa de louer Dieu.

« Si je ne me trompe, mes enfants, le démon a aujourd’hui cette liberté de parcourir le monde et de frapper toutes les âmes. Il n’y a rien d’impossible que Dieu ait dit au démon : D’où viens-tu, et où vas-tu? Perambulavi terram et circuivi eam , répond le démon. Il n’y a rien d’impossible que Dieu lui ait dit : Mais astu vu tous ces bons cercles catholiques ; as- tu vu toutes ces âmes choisies et aimantes de la vertu, de la justice, de la foi, de la Religion sur toute la surface de la terre, en Italie, en Europe, et ailleurs? Et si tu les as vues, as-tu bien compris que, même gémissant sous le poids de l’oppression, du sarcasme et de la tyrannie, elles me craignent encore, m’aiment encore, fréquentent encore les églises, m’adressent encore des autels leurs supplications, et me prient de lever la main pour les secourir, afin qu’elles puissent enfin respirer l’air du repos et de la paix?

« Eh bien, si après toutes les misères qu’endura Job,

Dieu s’est ressouvenu de lui, et lui a tout restitué, et même beaucoup plus qu’il n’avait perdu ; si Job recouvra de plus grands biens, s’il fut ensuite père d’une plus belle et plus nombreuse famille ; s’il mourut tranquille et heureux, comblé de bénédictions; oh! fasse le Seigneur que tout cela se vérifie aussi pour nous ; et, lorsque la justice divine sera apaisée, puissions-nous encore jouir de la paix et de la tranquillité ; puisse le prêtre, l’homme de l’ordre, parcourir tranquillement les rues de la capitale du Catholicisme sans craindre les insultes, ni les menaces de la mort. Voilà ce que je désire. En tout cas, je vois que le Seigneur a voulu se comparer lui-même au vanneur, lorsqu’il a dit qu’il tient en main le van qui sépare la paille du grain ; et le jour viendra où les impies, ceux qui font de l’iniquité leur gloire, seront là mêlés parmi la paille, non pas pour être consumés par le feu, mais pour brûler pendant toute l’éternité. Ce jour viendra : et Dieu appellera ses âmes choisies; puissiez-vous tous vous trouver de ce nombre, et avoir une place dans ses greniers, c’est-à-dire être placés dans le Ciel pour le bénir pendant tous les siècles !

« Je désire le premier triomphe, mais je désire beaucoup plus encore le second, parce qu’il est plus sûr et plus beau; parce qu’il est éternel, et qu’il nous permettra de louer Dieu pour toujours. »

Cette nécessité d’être chrétiens militants est commune sans doute aux chrétiens de tous les âges, mais elle devient beaucoup plus urgente aux époques de persécution.

Ce mot doit alors plus que jamais devenir le mot de passe de l’armée catholique. Il devient alors tout à la fois plus lumineux et plus consolant. Il exprime le but

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des épreuves et le moyen d’en hâter la cessation : la gloire que Dieu attend de nous et celle que nous devons acquérir pour nous-mêmes ; le devoir commun des prêtres, des religieux, des simples fidèles; la grâce la plus précieuse que nous puissions demander pour les différents ordres de la société chrétienne.

Ce sont les prêtres surtout qui doivent être militants. Un clergé bourgeois ne suffirait pas évidemment aux nécessités présentes de l’Église. C’est sans doute une chose respectable qu’un honnête bourgeois qui, possesseur incontesté de son champ et de sa demeure, cultive son héritage, se livre à ses affaires et s’asseoit tranquillement, le soir, au coin de son foyer ou à l’ombre de sa vigne. Ces mœurs paisibles pouvaient convenir aux ministres de l’Église, lorsque dans les princes elle ne voyait que des protecteurs bienveillants et dans les peuples que des sujets soumis. Mais aujourd’hui, qu’elle est entourée d’ennemis furieux et qu’elle est attaquée sans cesse sur tous les points, ce sont des soldats qu’il lui faut. Avec la houlette qui guide les brebis, les pasteurs doivent toujours avoir en main une arme pour repousser les animaux malfaisants. Il n’est pas une cité, il n’est presque pas une paroisse qui ne renferme des infidèles baptisés, plus éloignés de la foi que les sauvages auxquels Jésus-Christ n’a jamais été annoncé.

Il ne s’agit donc plus de cultiver l’héritage du divin Sauveur : il faut lui conquérir les âmes qui lui ont été

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arrachées. Le triomphe de l’Église et le salut de la société ne sont possibles qu’autant que les membres de la tribu sacerdotale l’achèteront par leur dévouement, par leurs sacrifices, par leur esprit militant.

Mais ces conquêtes ne sauraient être l’œuvre exclusive du clergé : il faut que les simples fidèles prennent part à la lutte, et deviennent militants à leur tour. La cité de Dieu traverse l’une de ces crises terribles qui nécessitent le concours de tous les citoyens. Lorsque les ennemis donnent l’assaut à la citadelle, tout ce qui a un peu de patriotisme au cœur doit courir aux remparts.

Comment, d’ailleurs, sans le concours des laïques, le clergé pourra- t-il gagner les âmes qui le fuient? Comment convaincre ceux qui ne veulent pas l’écouter? Comment pénètrera-t-il au sein de ces masses auxquelles l’impiété a inspiré contre lui les préventions les plus haineuses? La gloire de ramener ces pauvres égarés est réservée, surtout, aux volontaires de l’armée sainte, aux hommes d’QEuvres, aux chrétiens qui appartiennent au monde par leurs fonctions et leurs travaux, tandis qu’ils rivalisent avec le sacerdoce par l’esprit apostolique. Oui, c’est aujourd’hui le plus doux espoir de l’Église. Saintes phalanges du zèle, bataillons de toutes armes, militaires au cœur sacerdotal, nobles jeunes gens qui se font les compagnons des pauvres ouvriers, magistrats, négociants, hommes d’étude qui se réunissent sous le drapeau de la charité, chrétiens militants en un mot : voilà ceux qui, unis au clergé et soumis à la direction des pasteurs de l’Église, sauveront la société de la catastrophe que l’impiété lui prépare.

Cependant, pour assurer le succès de cette œuvre

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de salut, il y a encore une condition à remplir : à la milice qui parle et à la milice qui agit, il faut joindre la milice qui prie et qui s’immole; car c’est par la prière et le sacrifice, plus encore que par la parole et l’açtion, que Jésus-Christ a sauvé le monde.

Telle est la tâche du troisième ordre de la société chrétienne, de cet ordre mixte qui se compose à la fois de prêtres et de laïques, mais qui se distingue des uns et des autres par une consécration plus entière au service divin, nous voulons parler de l’Ordre religieux.

Pour remplir celte lâche qui leur est commune à tous, il faut évidemment que les religieux soient militants : quelle que soit d’ailleurs leur vocation, quel que soit leur habit, quelles que soient leurs règles et leurs fonctions, il est indispensable qu’ils se ressemblent par ce côté. Également dévoués à l’Église leuf* mère, il faut qu’ils s’oublient eux-mêmes pour songer uniquement à ses nécessités, à ses dangers, à ses éternels intérêts. Tous doivent considérer comme s’adressant à eux les paroles brûlantes par lesquelles sainte Thérèse indique, à ses filles, la défense de l’Église comme le but premier et le suprême devoir de leur vocation.

« Ayant appris les troubles de France et les ravages qu’y faisaient les hérétiques, j’en fus si vivement touchée que, comme si j’eusse pu quelque chose, je pleurais en la présence de Dieu et le priais de remédier à un si grand mal. Il me semblait que j’aurais donné mille vies, pour sauver une seule des âmes qui se perdent en ce grand royaume. Mais voyant que je n’étais qu’une femme, je crus, comme je le crois encore, que, puisqu’il a tant d’ennemis et si peu d’amis, je devais travailler de tout mon pouvoir à ce que ces

derniers lussent bons... Je sais que, pour les âmes qui sont déjà perdues, il n’y a plus de remède; mais je souhaiterais qu’au moins il ne s’en perdît pas davantage. O mes filles, aidez-moi à prier Notije-Seigneur de vouloir remédier à un aussi grand mal. C’est pour ce sujet que nous sommes ici assemblées ; c’est l’objet de notre vocation, le juste sujet de nos larmes ; c’est à quoi nous devons nous occuper; c’est où doivent tendre tous nos désirs ; c’est ce que nous devons demander sans cesse à Dieu... Que si, dans l’étroite clôture où nous sommes, nous pouvons par nos prières contribuer en quelque chose à ce grand dessein, nous aurons combattu aussi pour Dieu, et je m'estimerai avoir bien employé les travaux que j’ai soufferts pour cette sainte maison. »

Oui certainement, elle a combattu et très utilement combattu pour Dieu et pour l’Église, cette femme magnanime ; et, en héritières fidèles de son esprit et de ses vertus, ses filles combattent encore à son exemple. Mais elles ne sont pas seules dans ce combat; toutes les âmes religieuses qui aspirent à l’honneur d’être appelées Épouses de Jésus-Christ doivent s’appliquer la parole que le divin Sauveur adressa à sainte Thérèse : « Désormais, comme épouse dévouée, vous aurez soin de mes intérêts et de mon honneur. »

Puissent tous les prêtres, tous les religieux, tous les catholiques, s’animer de cet esprit militant; et, enrôlés dans notre sainte Ligue, sous le drapeau du Cœur de Jésus, combattre ensemble le bon combat!

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